* Une journée de grèves "historique", selon les syndicats
* L'acte I du bras de fer sur la réforme des retraites
* Transports et écoles "très fortement perturbés"
* Le gouvernement redoute des violences
* Les réponses du gouvernement attendues la semaine
prochaine
PARIS, 5 décembre (Reuters) - Un vaste mouvement de grèves
et manifestations dans les secteurs public et privé débute en
France jeudi contre le projet gouvernemental de réforme des
retraites, un nouvel acte social du quinquennat après les
"Gilets jaunes" dont l'exécutif redoute qu'il n'égale la lame de
fond de 1995.
Les syndicats, qui ne sont pas parvenus depuis 2017 à faire
plier Emmanuel Macron, espèrent s'imposer dans ce bras de fer
sur une réforme déterminante dont le principe est posé, mais qui
reste à écrire.
L'exécutif, confronté à une agrégation des mécontentements,
affiche sa fermeté sur l'objectif d'un système universel de
retraites par points supprimant les régimes spéciaux, mais se
ménage une marge de négociation, sur l'entrée en vigueur de la
réforme particulièrement, mais aussi la pénibilité et les droits
familiaux. et
Sa capacité d'action se mesurera à l'aune de la contestation
de jeudi et des jours, voire des semaines, qui suivent, avec la
menace d'une grève "illimitée" dans les transports à l'approche
des vacances de Noël. Le gouvernement prend aussi très au
sérieux le risque de violences, avec la mobilisation probable de
"gilets jaunes radicaux" et de "black blocs" dans la
manifestation parisienne ce jeudi.
Les perturbations annoncées seront d'ampleur,
particulièrement dans les transports et l'Education nationale.
Dix pour cent seulement des trains de la SNCF circuleront
jeudi, onze stations du métro parisien seront fermées, avec un
trafic "extrêmement perturbé" selon la RATP.
Les deux entreprises publiques encouragent via leurs réseaux
d'information les "mobilités alternatives" comme le covoiturage,
le vélo, les trottinettes et scooters électriques. Nombre de
personnes, notamment en Ile-de-France, ayant choisi de se
reporter sur la voiture, des difficultés de circulation sont à
craindre sur les routes. Des entreprises ont également opté pour
le télétravail.
Personnels des transports, enseignants, étudiants,
policiers, avocats, personnels hospitaliers, dans les
raffineries, les universités, la collecte des ordures... :
nombre de secteurs seront affectés.
"ÇA VA PÉTER TRÈS FORT"
Dans l'Education nationale, "plus du tiers des écoles seront
fermées jeudi", selon le SNUipp-FSU, syndicat majoritaire dans
les écoles primaires. Le ministère s'attend à 55% de grévistes
dans le premier degré, dont 78% à Paris. Dans le second degré,
"environ 50% des enseignants" seront en grève.
La CGT, FO, la FSU et Solidaires sont à l'origine de l'appel
à cette grève interprofessionnelle. La CFE-CGC a appelé à
manifester, la CFTC laisse ses syndicats libres de rallier le
mouvement. La CFDT, dont le soutien à la réforme gouvernementale
s'érode, ne se joint pas au mouvement mais sa branche Cheminots
a déposé un préavis de grève.
"Le 5 décembre, je pense que ça va péter très fort. Le corps
social refuse ce qui lui arrive et il y a beaucoup de
réfractaires au changement. Mais il faut passer par la colère
pour arriver à la phase d'acceptation. Il faudra tenir bon",
souligne un député de la majorité.
Le haut-commissaire aux Retraites Jean-Paul Delevoye livrera
les conclusions de ses discussions avec les partenaires sociaux
"le 9 ou le 10 décembre", notamment sur le mode de transition
des régimes spéciaux vers le système unique, le Premier
ministre, Edouard Philippe, dévoilant ensuite les grandes lignes
du projet de loi pour un examen au Parlement début 2020.
"On va vivre une forme d’affrontement assez puissant sur une
réforme (...) qui n’est encore inscrite nulle part", déplore le
secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, qui ne
participera pas au mouvement.
"En termes de tensions, de cohésion sociale, de sécessions
qui existent au sein de la société, c’est beaucoup plus fort
qu'en 1995", souligne-t-il dans un entretien à Reuters.
Le mouvement social de l'automne 1995 (24 novembre-15
décembre) contre le "plan Juppé" de refonte de la Sécurité
sociale, des retraites de la Fonction publique et des régimes
spéciaux (SNCF, RATP, EDF) fut le plus important depuis les
événements de Mai 68, drainant des millions de personnes dans
les rues. Alain Juppé, mentor d'Edouard Philippe, cédera sur les
retraites, pas sur la Sécurité sociale.
Selon un sondage Harris Interactive pour RTL et AEF Info
diffusé mercredi, 69% des Français soutiennent la grève et 70%
disent leur inquiétude face à la perspective d'un régime
universel de retraites par points.
(Sophie Louet, édité par Jean-Michel Bélot)
"Journée noire" de grèves en France contre la réforme des retraites
information fournie par Reuters 05/12/2019 à 05:00
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