Un trader vu de dos (Crédits: Adobe Stock)
Le 16 octobre 2026
Semaine « chamboule-tout » sur l'ensemble des places financières mondiales. Les taux d'intérêt se sont nettement détendus, alors que la menace inflationniste n'a jamais été aussi forte, notamment aux Etats-Unis. De leur côté, les valeurs technologiques ont vivement corrigé, alors que les indices traditionnels Dow Jones et Eurostoxx 50 ont retrouvé une forme qu'on ne leur avait pas connue depuis des mois. Même le CAC 40 a repris de belles couleurs, faisant fi de la confusion la plus complète persistant sur la capacité de la France à maîtriser ses déficits publics.
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Le principal mystère de la semaine passée réside dans la forte correction intervenue sur le segment des valeurs technologiques sur toutes les places mondiales, concomitamment à une nette détente des rendements sur les emprunts d'État. Le phénomène a été particulièrement fort outre-Atlantique, avec un Nasdaq 100 ayant connu une de ses pires semaines depuis cet été, alors que le taux des bons du Trésor américain est revenu aux abords des 5%. Une détente d'autant plus étonnante que l'indice des prix à la production (IPP) américain pour septembre, considéré comme un indicateur avancé des tensions inflationnistes à venir, est ressorti à un niveau supérieur aux attentes.
Cette inversion des tendances est déroutante, mais elle s'explique par la montée des inquiétudes sur la capacité de l'IA à soutenir le rythme des dépenses effrénées consacrées à la construction de centres de données et aux infrastructures du cloud. De nombreux experts s'interrogent aussi sur la capacité des sociétés du secteur à se financer dans un contexte de forte progression des taux d'intérêt. Certains acteurs de la filière, comme l'opérateur de centres de données CoreWeave, sont désormais contraints de solliciter le marché à des taux supérieurs à 10%. Face à ces tensions extrêmes, les détenteurs de capitaux ont préféré se dégager des valeurs de la « tech » pour revenir sur des placements plus traditionnels, dont les fonds d'État américains ayant retrouvé leur rôle traditionnel d'actifs refuges. Un certain phénomène de détente s'est également produit sur le marché de la dette européenne, mais dans de moins fortes proportions.
Les inquiétudes qui planent sur le secteur de la « tech » expliquent, elles aussi, le retour en grâce de l'ensemble des indices de valeurs traditionnelles, comme le Dow Jones qui avait connu, de début août à fin septembre, deux mois consécutifs de forte baisse. Les investisseurs, rassurés par la résilience de l'économie américaine, sont revenus sur les valeurs de consommation, comme la célèbre marque de vêtements de sport Nike ou les magasins de bricolage et d'équipements de la maison Home Depot. Les valeurs liées à l'énergie et les banques, qui viennent de publier de bons résultats, ont bénéficié du même regain d'intérêt. De la même manière, les valeurs françaises, qui ont été très attaquées dès la rentrée de septembre, en raison de l'aggravation de nos déficits publics, ont repris de la hauteur durant la semaine. C'est le cas des acteurs du secteur de la consommation, comme Pernod Ricard, L'Oréal, EssilorLuxottica, Danone, Orange et Carrefour. Pareil pour Dassault Systèmes, Capgemini, Saint-Gobain ou Engie, revenus à des niveaux de valorisation très attractifs au regard des comparables européens.
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Dans ce contexte, nos portefeuilles ont bien résisté. L'Offensif, très orienté vers le secteur de la technologie européenne, est parvenu à limiter les dégâts, en raison du renforcement de la part des liquidités autour de 50% de l'actif. Depuis le début de l'année, ce portefeuille affiche malgré tout une très belle performance, avec un gain de 23,3%. D'un côté, les valeurs technologiques néerlandaises et allemandes ont moins souffert que les françaises. De l'autre, celles orientées vers la production d'énergie pétrolière et électrique ont contribué à maintenir la performance. Le Défensif, également peu exposé au risque de marché, n'a en revanche pas pleinement profité du rebond du CAC 40 observé depuis le début de la semaine. Sa performance est meilleure que celle du CAC 40 toujours en baisse depuis le début de l'année, mais avec un gain limité à 3,8% sur cette période, il souffre de la composition de son actif orienté vers de grandes valeurs de croissance pénalisées par les faibles perspectives de progression de l'activité mondiale.
Nos deux sélections d'ETF Monde et de fonds ISR/PEA tiennent toujours la corde, avec des gains respectifs de 6,7% et 5,9% depuis le 1er janvier. L'écart de performance entre le CAC 40 et notre Sélection Monde, largement diversifiée au niveau international, est significatif. Nos derniers arbitrages, ayant consisté à alléger la part l'ETF Amundi PEA Émergent, ainsi que ceux orientés vers les banques et l'assurance européennes, et bien sûr de l'ETF Amundi CAC 40, ont permis de sauver la performance.
Quelle stratégie pour les semaines à venir ? Le récent retour des investisseurs sur les actifs dits « refuge », comme les emprunts d'État, ne constitue pas une tendance de fond. Il ne s'agit que d'un mouvement tactique inspiré par la crainte suscitée par la baisse de la « tech ». Notre sentiment est que nous sommes confrontés à de profondes tensions sur les dettes publiques, dont le montant atteignait déjà à la fin de l'année dernière 35.000 milliards de dollars pour l'ensemble des pays développés. Ces derniers ne sont désormais pas loin de consacrer près de 10% de leurs recettes au versement des intérêts. Avec en prime, des tensions inflationnistes attisées par l'absence de perspectives de règlement du conflit au Moyen-Orient et en Ukraine, il paraît difficile de miser sur une détente prochaine des taux d'intérêt. Surtout à l'heure où les États sont en concurrence avec les géants de la « tech » qui ne manquent pas d'arguments pour séduire le marché. Les plus gros acteurs du secteur disposent de « cash-flow » énormes et personne ne pense sérieusement que le développement de l'IA soit une lubie sans lendemain. Nous maintenons donc un biais très prudent sur l'ensemble des portefeuilles. Les choses pourraient évoluer plus positivement avec la publication progressive des résultats des plus grandes sociétés de la cote. Le récent relèvement des prévisions bénéficiaires de Schneider Electric pour 2026, portées par le dynamisme des centres de données, montre que les grands groupes français savent trouver la croissance là où elle se trouve. Quant aux perspectives de l'IA, les bénéfices records de TSMC, le géant taïwanais des puces électroniques, parlent d'eux-mêmes : 763 milliards de dollars taïwanais, en hausse de 68,7%.
Bonne lecture et bon week-end à tous,
Roland Laskine
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