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IA et monde physique : les convictions de Pictet AM
information fournie par Zonebourse 15/09/2026 à 11:27
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La course à l'IA a aussi des répercussions sur le marché obligataire. Pour financer leurs investissements massifs, les géants technologiques américains devraient lever 250 MdsUSD via des émissions obligataires d'ici la fin de l'année. (Crédits: Freepik / rawpixel.com)

La course à l'IA a aussi des répercussions sur le marché obligataire. Pour financer leurs investissements massifs, les géants technologiques américains devraient lever 250 MdsUSD via des émissions obligataires d'ici la fin de l'année. (Crédits: Freepik / rawpixel.com)

Malgré les tensions sur les taux et les déséquilibres financiers américains, le gestionnaire reste confiant quant au potentiel des valeurs technologiques. Mais l'essor de l'IA déplace désormais les enjeux vers le monde physique : énergie, réseaux électriques et infrastructures deviennent des actifs stratégiques, tandis que les besoins de financement des géants de la Tech pourraient rebattre les cartes sur le marché obligataire.

65%. Ce chiffre illustre à lui seul le poids de l'économie américaine : il représente en effet la part des profits des pays de l'OCDE captée par les Etats-Unis. Une proportion en hausse de plus de 50% depuis fin 2022 et qui confirme indéniablement l'hégémonie américaine. "On voit que les grands acteurs économiques étatsuniens sont positionnés tout au long de la chaîne de valeur de l'IA, des algorithmes à la robotique, en passant par les infrastructures et l'énergie", souligne Christophe Dembik, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet AM.

Ainsi, malgré les déséquilibres financiers américains et la remontée des rendements obligataires, Pictet AM se dit "très positif" quant aux actions américaines, notamment technologiques.

L'IA se heurte au mur de l'électricité

Paradoxalement, alors que les économies développées misent sur l'essor des services depuis plusieurs décennies, l'IA pourrait contribuer à inverser le mouvement en investissant le monde physique, estime Christophe Dembik.

Selon lui, le développement des capacités de calcul n'est désormais plus une question de capital, mais avant tout d'accès à l'énergie et aux réseaux électriques. Aux Etats-Unis, le raccordement d'un data center peut prendre entre cinq et huit ans, ce qui constitue un frein direct à l'augmentation rapide des capacités de calcul.

Cette contrainte a un effet direct : les anciennes friches industrielles déjà raccordées au réseau électrique suscitent désormais l'intérêt des investisseurs. "Aujourd'hui, une friche industrielle a certainement beaucoup plus de valeur qu'un data center", s'amuse Christophe Dembik, avec un brin d'ironie.

A ce titre, l'exemple d'Homer City est emblématique : fermée en 2023, cette ancienne centrale à charbon de Pennsylvanie a fait l'objet de 10 milliards de dollars d'investissements afin de répondre aux besoins énergétiques des centres de données. Plutôt que d'acheminer l'électricité jusqu'aux data centers, la logique pourrait donc progressivement s'inverser : ce sont eux qui viendraient s'installer là où l'énergie et les raccordements sont déjà disponibles.

"L'enjeu, c'est de trouver des friches industrielles qui sont déjà raccordées au réseau", résume le stratégiste. Pictet AM identifie d'ailleurs une carte à jouer du côté de l'Europe de l'Est, où l'on observe un rattrapage des investissements dans l'IA.

Des centaines de milliards de dette à financer

La course à l'IA a aussi des répercussions sur le marché obligataire. Pour financer leurs investissements massifs, les géants technologiques américains devraient lever 250 MdsUSD via des émissions obligataires d'ici la fin de l'année, puis 440 MdsUSD l'année prochaine, évalue le gestionnaire. Un afflux de papier qui pourrait alimenter les tensions déjà fortes sur les marchés de taux.

Cela pose aussi un nouvel arbitrage aux investisseurs institutionnels : pourquoi détenir de la dette souveraine longue, jugée de plus en plus risquée, lorsque les hyperscalers proposent des obligations de bonne qualité ?

Pictet AM reste ainsi prudent sur les obligations souveraines longues des économies développées et privilégie depuis plusieurs années les maturités comprises entre trois et cinq ans, hors Suisse.

Un seuil d'alerte : 5,5% sur le 10 ans américain

La remontée des taux américains ne remet cependant pas encore en question le scénario favorable de Pictet sur les valeurs technologiques. La hausse des rendements longs reflète aussi, en partie, des perspectives de croissance meilleures qu'anticipé.

Pour que l'obligataire commence véritablement à menacer la Tech américaine, il faudrait, selon Christophe Dembik, que le rendement du Treasury à dix ans atteigne environ 5,5%. "On est encore très, très loin des zones à risque sur le marché obligataire ayant un effet d'entraînement négatif sur les actions technologiques", estime-t-il.

Le message de Pictet reste donc offensif : les valeurs technologiques américaines demeurent "incontournables", mais les investisseurs doivent désormais regarder au-delà des fabricants de puces. Energie, réseaux électriques, infrastructures et matières premières pourraient constituer les prochains grands bénéficiaires de la révolution de l'IA.

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