Les actifs français subissent une pression croissante en raison des inquiétudes liées aux finances publiques et à la fragmentation politique, tandis que l'approche de l'élection présidentielle de l'année prochaine ajoute encore à la volatilité.
Tour d'horizon de plusieurs indicateurs clés qui commencent à envoyer des signaux d'alerte :
LE "SPREAD" S'AMPLIFIE
Le "spread", ou l'écart entre les rendements des obligations d'État françaises et allemandes à 10 ans DE10FR10=RR , qui mesure la prime de risque associée à la dette française, a atteint cette semaine les 114,06 points de base (pdb), son plus haut niveau depuis juin 2012.
La rapidité avec laquelle ce spread s'est creusé a surpris les marchés. Fin août seulement, Barclays avait déclaré qu'il était peu probable que les 100 points de base soient dépassés cette année et que cela constituerait un scénario "catastrophique" pour la deuxième économie de la zone euro.
"Lorsque l'on évoque la dette élevée, les déficits importants et les défis auxquels sont confrontées les banques centrales en matière de politique monétaire dans certains pays, la France est probablement l'un des plus exposés", a déclaré John Thornton, responsable des titres à revenu fixe chez Keyridge Asset Management.
Le stratège, qui maintient une position "sous-pondérée" sur les obligations françaises, a indiqué qu'il pourrait réduire encore davantage son exposition, ajoutant que le spread pourrait atteindre 200 pdb, même si ce niveau entraînerait probablement des achats de titres en raison des rendements élevés qu'il offrent.
La Banque centrale européenne (BCE) dispose d'outils pour empêcher que les rendements souverains d'un membre de la zone euro ne s'envolent, même si les analystes estiment qu'il est peu probable que Francfort doive y recourir dans le cas de la France.
PRÉOCCUPATIONS FUTURES
Les marchés expriment également leurs inquiétudes par le biais des contrats à terme FOATc1 sur les obligations françaises, les OAT. Ces contrats sont très liquides et permettent aux opérateurs de prendre une position longue ou courte.
"Certains investisseurs se positionnent clairement en prévision de nouvelles tensions spécifiques à la France", souligne Théophile Legrand, stratège chez Natixis, notamment en vendant à découvert - c'est-à-dire en pariant contre - des contrats à terme sur les OAT.
Il ajoute toutefois que la majeure partie de la récente baisse des prix des OAT reflète la vague de ventes d'obligations à l'échelle mondiale.
L'élection présidentielle de 2027 constitue en outre un risque imminent pour la dette souveraine, selon les analystes, qui évoquent les risques d'un second tour opposant Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national (RN), et Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France insoumise (LFI).
Une autre source d'inquiétude réside dans la possibilité de nouvelles dégradations de la note de crédit de la France. L'agence de notation Scope a dégradé la note de la France vendredi dernier et Moody’s pourrait lui emboîter le pas fin octobre.
ACTIONS ET BANQUES À LA TRAÎNE
Le CAC 40 .FCHI , l'indice vedette de la Bourse de Paris, a perdu 0,8% depuis le début de l'année et reste à la traîne par rapport à l'indice paneuropéen, le Stoxx 600 .STOXX , qui a progressé d'environ 8%.
La croissance économique est également plus faible : l'OCDE prévoit en effet une expansion de seulement 0,4% pour la France en 2026, contre 1% pour l'ensemble de la zone euro.
L'incertitude politique et le niveau élevé de la dette publique pèsent particulièrement sur les actions des banques françaises
Crédit Agricole CAGR.PA n'a progressé que de 3,9% cette année et Société Générale SOGN.PA 6,3%. BNP Paribas BNPP.PA a quant à elle perdu de son élan ces derniers mois, mais a tout de même enregistré une hausse de plus de 23%, plus en ligne avec celle de l'indice bancaire européen STOXX .SX7P (+20%).
Les émissions d'obligations d'entreprises françaises ont font également l'objet d'une certaine attention.
"Nous avons constaté que les entreprises axées sur le marché national ont un peu peiné : les petites banques et les assureurs ont sous-performé", note Alex Temple, gestionnaire de portefeuille chez Allspring Global Investments.
RISQUES ACCRUS SUR LE CRÉDIT
Le coût de l'assurance de la dette souveraine française contre le risque de défaut a atteint son plus haut niveau depuis près d'une décennie, montrent les données de LSEG.
Les "credit default swaps" (CDS) ont progressé pour la plupart des États, mais la vitesse à laquelle ils ont augmenté pour la France est bien supérieure à celle observée ailleurs.
Les CDS français à cinq ans s'échangent autour de 52 pdb, leur plus haut niveau depuis avril 2017. Bien qu'ils soient encore loin des records supérieurs à 110 points de base atteints en 2012, ce niveau est le double de celui d'il y a six mois.
Au cours des trois derniers mois seulement, les CDS français ont progressé de 25 pdb, tandis que les CDS italiens ont augmenté d'environ 13, contre une évolution très limitée en Allemagne.
Les CDS des banques françaises, telles que BNP Paribas
BNPP.PA , Société Générale SOGN.PA ou Crédit Agricole
CAGR.PA , ont pour leur part touché des niveaux jamais vus depuis avril 2025, tandis qu'un indice plus large des CDS bancaires européens n'en est qu'à son plus haut niveau depuis trois mois.
MOROSITÉ DE L'EURO
La faiblesse de l'euro pourrait en outre aggraver les problèmes budgétaires du gouvernement, en rendant les biens importés et l'énergie plus chers.
L'euro est passé sous la barre des 1,14 dollar pour atteindre son plus bas niveau face à la devise américaine depuis trois mois.
Les rendements obligataires de la zone euro ont augmenté, alors que les opérateurs anticipent actuellement au moins trois hausses de taux d'ici avril, ce qui, en théorie, soutient la monnaie tant que les investisseurs ne s'inquiètent pas pour la croissance.
Des relèvements moins nombreux que prévu pourraient toutefois affaiblir davantage l'euro.
"Trois hausses à partir de maintenant semblent peut-être un peu agressives (...) La banque centrale ne devrait pas prendre le risque de resserrer sa politique monétaire dans une économie qui manque cruellement de dynamisme", dit Brock Weimer, analyste en stratégie d'investissement chez Edward Jones.
(Reportage Harry Robertson, Amanda Cooper et Niket Nishant ; version française Diana Mandia, édité par Benoit Van Overstraeten)

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