Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez à Madrid le 2 octobre 2026 ( AFP / JAVIER SORIANO )
Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a convoqué lundi des élections anticipées pour le 29 novembre, un pari pour reprendre l’initiative politique et se maintenir au pouvoir après le rejet par les députés de ses mesures pour mettre un terme à la crise du logement.
"J’ai décidé de convoquer dès ce (lundi) matin un Conseil des ministres extraordinaire afin de dissoudre les chambres et de convoquer des élections législatives qui se tiendront le dimanche 29 novembre", a déclaré Pedro Sánchez lors d'une allocution solennelle prononcée depuis le palais de la Moncloa, sa résidence officielle.
"Pour mener en profondeur les réformes en suspens dont nous avons besoin (...), nous devons nous mobiliser et obtenir que le Parlement nous accorde une majorité bien plus large, progressiste, grâce à laquelle nous pourrons faire plier les élites, conquérir de nouveaux progrès sociaux et continuer à transformer l’Espagne", a ajouté le dirigeant socialiste, qui a déjà annoncé plusieurs fois son intention de se présenter de nouveau aux législatives.
Sa décision ouvre une nouvelle page politique en Espagne, où les prochaines élections législatives étaient initialement attendues à la mi-2027.
Les sondages d’opinion les plus récents placent le principal parti conservateur d’opposition, le Parti populaire (PP), devant les socialistes, mais le PP n’obtiendrait pas la majorité absolue et pourrait être contraint de négocier avec l’extrême droite de Vox, actuellement troisième force politique du pays.
"Reconstruction nationale"
"Si huit années n'ont pas suffi, pourquoi vouloir quatre ans de plus?", a réagi lundi le chef du PP Alberto Nunez Feijóo, dont le parti réclamait régulièrement la convocation d'élections anticipées, se réjouissant que les Espagnols puissent "enfin" se prononcer.
"Ce qui est en jeu lors des prochaines élections n’est plus la simple alternance. C’est la nécessité impérieuse d’engager une reconstruction nationale", a-t-il ajouté, évoquant un "choix entre la corruption et la décence, entre la décadence et la prospérité, entre un gouvernement qui aspire seulement à survivre et un pays qui pense à son avenir".
L’annonce surprise du dirigeant socialiste, au pouvoir depuis 2018, intervient après le dur revers politique essuyé vendredi au Congrès, qui a de nouveau mis en lumière les difficultés de son gouvernement de coalition minoritaire à faire adopter ses initiatives législatives.
Mais ce dernier accroc législatif offre aussi paradoxalement au Premier ministre affaibli par les affaires touchant ses proches et les critiques sur sa gestion de la crise migratoire de Ceuta une occasion pour tenter de capitaliser sur la colère née chez les électeurs de gauche contre les partis de droite qui ont rejeté ces mesures.
L'expulsion il y a une dizaine de jours de Maricarmen Abascal, une femme de 87 ans contrainte de quitter le logement qu'elle occupait depuis 70 ans après son rachat par un fonds souhaitant en augmenter le loyer de 275%, a déclenché en Espagne un vaste mouvement de protestations.
"Aujourd'hui débute une campagne électorale qui va être profondément marquée par le logement, cela va être la question centrale", a réagi à la mi-journée Alicia del Rio, une des porte-parole du syndicat des locataires de Madrid. "Cette vague d’indignation est irrésistible et nous n’allons pas nous arrêter", a-t-elle poursuivi, relançant un appel à la grève générale déjà porté lors de manifestations qui ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes en Espagne samedi.
Symbole de la crise
Après l'expulsion de Maricarmen Abascal, devenue le symbole des difficultés d'accès au logement qui frappent l'Espagne depuis des années, des centaines de personnes ont organisé depuis une petite dizaine de jours un campement en plein coeur de Madrid, sur la Puerta del Sol, pour faire pression en faveur de réformes.
Des centaines de manifestants campent le 2 octobre 2026 sur la Puerta del Sol, en plein cœur de Madrid ( AFP / Oscar DEL POZO )
Le rejet des propositions du gouvernement, qui prévoyaient notamment de suspendre jusqu'en 2030 les expulsions de personnes vulnérables, des mesures contre les fonds dits "vautour", ou le renouvellement automatique des contrats de location, a indigné les défenseurs du droit au logement.
Après huit ans au pouvoir, Pedro Sánchez apparaît aujourd'hui affaibli par des scandales de corruption impliquant des personnes de son entourage proche, parmi lesquelles sa femme et des collaborateurs très proches de son Parti socialiste.
Le chef des conservateurs (PP) Alberto Núñez Feijóo, le 2 octobre à Madrid ( AFP / JAVIER SORIANO )
Par ailleurs, le dirigeant essuie de nombreuses critiques pour sa gestion de la crise dans l'enclave nord-africaine de Ceuta, où des milliers de migrants venus du Maroc ont fait irruption fin juillet, et où le roi Felipe VI doit se rendre dans huit jours.
La situation à cette frontière terrestre européenne avec l’Afrique s’est progressivement détériorée, de nombreux migrants dormant encore dans des camps improvisés, ce qui a provoqué des tensions et des manifestations presque quotidiennes de la population locale qui réclame un retour à la normale.

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