( AFP / KAZUHIRO NOGI )
Nouveau coup dur pour l'industrie du jeu vidéo en France: l'éditeur Nacon a annoncé mercredi être en cessation de paiements et demander son placement en redressement judiciaire face aux difficultés financières de sa maison mère, BigBen Interactive.
"A ce jour, la société fait état d’actifs disponibles ne lui permettant pas de faire face à son passif exigible", a reconnu l'éditeur des jeux "Hell is Us" et "RoboCop: Rogue City" dans un communiqué.
Basé à Lesquin (Nord), le groupe Nacon réunit 16 studios de développement, dont les Français Spiders, Cyanide et Kylotonn, et revendique plus d'un millier de collaborateurs.
Il espère que cette procédure permettra "de pérenniser l’activité de la société, protéger les salariés et maintenir les emplois tout en renégociant avec ses créanciers dans un cadre serein et apaisé".
Les difficultés de Nacon, troisième éditeur français après Ubisoft et Pullup, sont liées à celle de sa maison-mère, BigBen Interactive, connue pour ses accessoires destinés aux jeux vidéo.
Cette dernière a annoncé mercredi ouvrir une procédure amiable de conciliation afin de faciliter les discussions avec ses créanciers financiers, alors qu'elle se trouve dans l'impossibilité de rembourser une échéance de prêt d'environ 43 millions d'euros depuis le 19 février.
BigBen, qui avait obtenu un accord de refinancement fin novembre, à fait face courant février à un "refus inattendu et tardif de son pool bancaire", a-t-il expliqué, le plaçant dans cette position difficile.
- Ventes décevantes -
Les cours de Bourse de BigBen et Nacon, suspendus depuis le 20 février au lendemain d'une chute de 25% sur les marchés, resteront à l'arrêt jusqu'à la décision du tribunal de commerce de Lille, ont fait savoir les deux entreprises. Celle-ci est attendue "au début du mois de mars", indique Nacon.
Ces trois dernières années, leur cotation s'est effondrée de près de 90%, portant la valorisation de Nacon à environ 28 millions d'euros et celle de BigBen à 9 millions d'euros.
L'éditeur français, qui vient de publier le titre "Styx: Blades of Greed" du studio Cyanide, doit sortir dans les prochaines semaines plusieurs jeux, dont "Greedfall 2", développé par Spiders, et "Dragonkin: The Banished", d'Eko Software.
Mais ces dernières années, il a été confronté à des ventes jugés décevantes sur certains de ses titres.
Sorti en 2023, son jeu "Le Seigneur des anneaux: Gollum" a par exemple fait figure de catastrophe industrielle, avec une moyenne de 33/100 sur le site d'agrégation d'avis Metacritic.
En septembre 2024, plusieurs employés des studios Spiders et Kylotonn avaient également fait grève pour dénoncer leurs conditions de travail, s'alarmant des risques de burn-out et d'une désorganisation des plannings.
- Secteur en reflux -
La mauvaise santé financière de Nacon a de quoi inquiéter le secteur du jeu vidéo et ses quelques 12.000 salariés, déjà confronté aux difficultés du géant Ubisoft.
Empêtré dans des difficultés financières, le navire amiral de la production française, qui emploie à lui seul entre un quart et un tiers de l'industrie tricolore, s'est lancé en janvier dans une vaste restructuration pour se relancer.
Celle-ci s'accompagne d'un plan de réduction des coûts de près de 200 millions d'euros en deux ans.
Ubisoft a ainsi annoncé un plan de départ volontaire qui pourrait concerner jusqu'à 200 personnes à son siège de Saint-Mandé (Ile-de-France), soit près de 5% de ses effectifs en France.
Ces annonces ont été suivies par une grève de trois jours qui a mobilisé plusieurs centaines de salariés au sein de ses différents studios français et à l'étranger.
En plein boom pendant les années Covid, le secteur du jeu vidéo, qui tiendra la semaine prochaine en France sa cérémonie annuelle de récompenses, les Pégases, traverse dans le monde une période de reflux depuis près de deux ans, marquée par des vagues de licenciements et des fermetures de studios.
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