Des pompiers à Saint-Jean-d'Illac, à une trentaine de kilomètres de Bordeaux, le 26 juillet 2026 ( AFP / ROMAIN PERROCHEAU )
Des milliers de pompiers, épaulés par des militaires, des agriculteurs et des riverains restés sur place malgré les évacuations, s'apprêtent à affronter pour la cinquième nuit consécutive dimanche un incendie hors norme et erratique, à une quinzaine de kilomètres de l'agglomération bordelaise.
Impuissants face à un brasier extraordinaire, ils s'acharnent sur son périmètre pour tenter de le priver de combustible mais redoutent la prochaine remontée des températures, ou pire, un nouvel "orage de feu", surtout la nuit quand l'action des moyens aériens est limitée.
À Saint-Jean-d'Illac, à 18 km du centre de Bordeaux, Georges Clivaz, tuyau d'arrosage en main, asperge la route attenante à sa propriété: "On fait ça pour ralentir l'avancée du feu, on veut sauver nos maisons, on n'a pas le choix", dit-il à l'AFP.
Les flammes ne sont plus qu'à quelques kilomètres, soit deux ou trois heures selon les pompiers, de son village, évacué vendredi, comme 220.000 personnes en Gironde, une opération d'une rare ampleur.
Emmanuel Macron présidera lundi à 10H00 une "cellule interministérielle de crise" au ministère de l'Intérieur consacrée aux incendies en France, selon l’Élysée, avant d'autres réunions sur les secteurs économiques touchés.
Au total, 115.000 hectares ont été parcourus par les incendies en France depuis le début de l'année, une situation "exceptionnelle", selon le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez interrogé sur France 2. "C'est 30 à 40 feux qui sont combattus simultanément" au quotidien, a-t-il ajouté, comptabilisant "plus de 13.000 départs de feu" en 2026.
En Gironde, les flammes ont ravagé 42.000 hectares depuis mercredi, un chiffre stable par rapport au dernier bilan mais le feu "poursuit sa progression", selon un point de la préfecture à 16h30.
Cet incendie pourrait rivaliser avec celui de 1949 (50.000 hectares ravagés dans les Landes de Gascogne), le plus important depuis la Seconde guerre mondiale.
Chaleur aggravante
Carte montrant les zones brûlées en Gironde et dans les Landes lors de plusieurs mégafeux en 2022, et les deux incendies en cours le 24 juillet 2026, selon les données Effis du 24 juillet à 14h45 ( AFP / Jean-Michel CORNU )
Le feu n'étant pas fixé, aucun retour des évacués n'est envisageable à ce stade, a prévenu la préfète Sophie Brocas lors d'une conférence de presse.
Météo-France prévoit une probable vague de chaleur depuis le Sud-Ouest à partir de mardi avec des maximales jusqu'à 40° et des vents un peu moins forts mais plus secs.
"C'est un facteur qui pourrait, j'utilise le conditionnel, aggraver le phénomène", a ajouté la préfète.
L'évacuation de Bordeaux "n'est pas à l'ordre du jour", a réaffirmé à la mi-journée son maire Thomas Cazenave, mais le seuil d'alerte aux particules fines y a été dépassé, tout comme dans trois autres départements voisins.
"On a les fumées, mais c'est tout", Bordeaux est "un refuge", a confié à l'AFP Carole Chalel, après avoir été évacuée de Marcheprime.
Des pompiers mobilisés sur un feu à Marcheprime, à l'ouest de Bordeaux, le 26 juillet 2026 ( AFP / Alain JOCARD )
Cette commune est située à proximité de l'A63 qui relie Bordeaux à l'Espagne, fermée sur 60 kilomètres, et des rails desservant le sud de la ville, sur lesquelles le trafic SNCF est interrompu. Dans l'après-midi, les flammes ont traversé les voies, selon la préfète.
À la demande des autorités, Vinci Autoroutes a par ailleurs annoncé la fermeture de l'A63 en direction de Bordeaux au niveau de la bifurcation avec l'A64. Les automobilistes sont invités à emprunter l'A64 puis l'A65 jusqu'à l'A62.fermeture
"Le front change en permanence de position. On ne peut pas lutter. On est comme David contre Goliath", explique le lieutenant-colonel Éric Brocardi, porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers.
Un "orage de feu", comme celui de samedi, génère "sa propre météo, avec une auto-combustion de tout ce qui passe sur son chemin", décrit-il.
"Ehpad à découvert"
Au total, 240 habitations ont été détruites en Gironde, selon la préfecture. Si aucune victime civile n'est à déplorer, plus de 75 sapeurs-pompiers ont été blessés, dont dix ont dû être évacués.
La CFDT Pompiers a, par ailleurs, dénoncé dimanche des personnels "envoyés au charbon" avec des protections respiratoires insuffisantes face aux gaz et particules cancérogènes des feux de forêt, réclamant la généralisation de nouvelles cagoules filtrantes. Selon le syndicat, au moins quatre pompiers ont été placés en caisson hyperbare après une intoxication au monoxyde de carbone.
Des centaines de personnes ont été évacuées en urgence de plusieurs établissements médico-sociaux.
Le président du département et patron du SDIS 33, Jean-Luc Gleyze a évoqué un Ehpad "à découvert" au Parc des expositions à Bordeaux.
Une "vague de solidarité", saluée par la préfète, a permis de libérer les pompiers volontaires dans les entreprises mais aussi à des agriculteurs et des particuliers bénévoles de prêter main-forte sur le terrain.
Afin de prévenir les actes malveillants dans les communes évacuées, l'Etat-major des armées a annoncé avoir mobilisé des patrouilles Sentinelle.
Dix-huit moyens aériens sont mobilisés et l'A400M - un avion militaire transformable pour lutter contre les feux déployé pour la première fois samedi - devait être de nouveau mobilisé dans l'après-midi.
Dans les Landes, l'incendie de Biscarrosse était dimanche "mieux contenu mais pas fixé", après avoir brûlé 3.600 hectares et 198 bâtiments. Quelque 8.000 personnes évacuées sur 30.000 ont été autorisées à rentrer chez elle, a indiqué le préfet des Landes Gilles Clavreul.
Un avion de transport militaire A400M de l'armée de l'Air et de l'Espace effectue son tout premier largage de produit retardant sur l'incendie de forêt près de Lacanau, dans le sud-ouest de la France, le 25 juillet 2026 ( POOL / Abdul Saboor )
Dans le Var, où 2.000 personnes ont été évacuées, l'incendie est "contenu" malgré des reprises attisées par le mistral, après avoir parcouru 4.500 hectares, selon les pompiers. D'autres feux sont en cours en Corse et dans les Hautes-Alpes.
Les forêts s'enflamment d'autant plus facilement que la végétation et les sols européens sont très secs depuis des mois, une sécheresse accentuée par le changement climatique et les récentes canicules exceptionnelles.

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