Le constructeur français Renault va produire en France, avec le groupe belge John Cockerill, un robot terrestre capable d'évacuer des blessés, de transporter du matériel et de mener des missions de combat dans des zones dangereuses ( AFP / JULIEN DE ROSA )
Nouvelle incursion de l'industrie automobile dans la défense : le constructeur français Renault va produire en France, avec le groupe belge John Cockerill, un robot terrestre capable d'évacuer des blessés, de transporter du matériel et de mener des missions de combat dans des zones dangereuses.
Ce véhicule baptisé Forefront Concept, qui peut se décliner en versions civile et militaire, devrait être testé dans les prochaines semaines par des forces armées françaises et sera produit dans une usine Renault en France qui n'a pas été déterminée, selon une source du groupe.
Ce robot de la taille d'une petite voiture citadine peut servir à évacuer des blessés et transporter du matériel au front, à mener des missions de combat et de lutte antidrones, mais aussi à surveiller et protéger des sites industriels sensibles, comme les centrales nucléaires, explique mardi à l'AFP Jean-Luc Maurange, directeur général de John Cockerill.
Le véhicule peut également être équipé d'une tourelle téléopérée dotée d'une capacité de tir et d'un système de détection et de lutte contre les drones, selon Jean-Luc Maurange.
Les drones terrestres prennent une place croissante dans les conflits modernes, en particulier en Ukraine, face à l'élargissement des "kill zones", ces zones de combat surveillées en permanence par des drones aériens, où soldats et véhicules blindés sont particulièrement exposés et ont de moins en moins de chances de survivre.
Les robots permettent d'y acheminer du matériel ou d'évacuer des blessés sans exposer davantage les soldats.
Le marché ukrainien, c'est ce qui "vient immédiatement à l'idée" pour cet engin, mais le Moyen-Orient, où les besoins en déminage restent importants après les conflits récents, constitue également un débouché potentiel, selon Jean-Luc Maurange.
Forefront Concept est équipé de quatre roues motrices, quatre roues directrices et deux moteurs électriques.
Il dispose de "grandes capacités de franchissement", a expliqué à l'AFP une source chez Renault Group. Il est "silencieux et doté d'un rayon d'action d'environ 400 kilomètres", et capable de transporter une tonne de charge utile.
Le constructeur automobile, qui produit la plateforme, réutilise pour ce véhicule 70 % de composants déjà éprouvés. John Cockerill, spécialisé dans les équipements militaires, se charge de la téléopération et de l'autonomie.
Prix "divisé par dix"
Véhicule blindé Fenris de John Cockerill présenté au salon de défense Eurosatory à Villepinte, près de Paris, le 16 juin 2026 ( AFP / JULIEN DE ROSA )
"On avait lancé le développement complet de ce drone en prenant en compte les besoins des armées (...), un développement assez sophistiqué, assez long et plutôt cher", raconte Jean-Luc Maurange à l'AFP.
"Cela nous a amenés à reconsidérer complètement l'approche" en se tournant vers les éléments "déjà existants sur la partie de mobilité et qui sont déjà produits en nombre" au moment où l'État français a demandé au constructeur automobile de s'intéresser à la défense, ajoute-t-il.
Cette démarche doit permettre de "diviser par dix" le coût de ce drone, selon Jean-Luc Maurange.
Du fait de l'importance des drones dans la guerre en Ukraine, et consciente du retard français en la matière, la Direction générale de l'armement (DGA) avait contacté Renault en juillet 2024 pour mobiliser des industriels civils et produire des drones, en masse et à bas coût.
Il s'agit d'un troisième projet de drones pour Renault.
Chorus, drone destiné aux frappes en profondeur qui s'inspire du Flamingo ukrainien, développé en partenariat avec Turgis Gaillard annoncé en janvier, sera fabriqué sur un site de Renault au Mans avec une capacité de plusieurs centaines d'appareils par mois.
Il sera équipé d'un moteur thermique et non d'un turboréacteur, pour en réduire drastiquement le coût.
Annoncé en juin, le partenariat entre Renault et Thales prévoit d'industrialiser la munition téléopérée Toutatis, un drone kamikaze de courte portée dont le développement a nécessité une simplification de la conception avec notamment le remplacement du carbone par du plastique.
L'objectif: 1.000 exemplaires par mois dès 2027.
Les acteurs du secteur automobile sont de plus en plus sollicités dans la défense.
L'équipementier allemand Schaeffler aide le groupe français Delair à produire des drones en série, l'équipementier français Forvia prévoit d'assembler des drones intercepteurs en France et en Allemagne, et Valeo doit fabriquer à partir de 2027 des moteurs électriques pour les drones de la start-up française Harmattan AI.

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