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Budget 2027 : "Je serai le gardien du temple", assure Roland Lescure
information fournie par Zonebourse 07/10/2026 à 10:00

Ce 6 octobre, Roland Lescure fait consciencieusement le tour des tables du "Petit Riche", un troquet chic du 9e arrondissement de Paris, pour serrer une à une les mains des journalistes rassemblés à l'initiative de l'AJEF (Association des journalistes économiques et financiers). Voilà tout juste un an que le ministre de l'Economie a posé ses valises à Bercy. Avenant et accessible, on oublierait presque que l'homme traîne avec lui un épineux fardeau : une dette hexagonale de 3 600 milliards d'euros.

A quelques mois de la présidentielle de 2027, l'exercice du ministre est délicat : parvenir à convaincre les marchés de la capacité de la France à redresser ses finances publiques, alors que l'Assemblée nationale reste profondément divisée, que le gouvernement peut sauter à tout instant et que la situation sociale est explosive.

D'ailleurs, les marchés ne s'y trompent pas, comme en témoigne la récente envolée sur le compartiment obligataire, avec un rendement de la dette française à 10 ans qui est venu chatouiller les 5%, un niveau inédit depuis 2011. Dans ce contexte, le vote du dernier budget de la décennie macroniste s'annonce particulièrement acrobatique.

Présenté comme "ambitieux" (malgré un déficit cible de 5%), le budget 2027 doit marquer, selon Roland Lescure, le retour de la France sur le chemin de la consolidation budgétaire. "Et ce 5%, pour moi, il est non négociable", prévient d'emblée le ministre, doigt tendu vers le plafond.

Pour atteindre cet objectif, le gouvernement prévoit 54 MdsEUR d'efforts, dont 60% sur les dépenses et 40% sur les recettes. Quitte à faire fi des désaccords politiques qui s'expriment sur la quasi-totalité des mesures ? En réalité, le gouvernement ne s'interdira rien pour adopter son texte. "Tous les outils sont disponibles et donc on verra ce qu'on utilise pour faire adopter ce budget, mais on sera évidemment prêts à les utiliser tous", assure le ministre. Une référence à peine voilée au bazooka parlementaire, calibre 49.3...

Au-delà des guerres politiciennes, il reste aussi et surtout à convaincre les marchés du sérieux de la trajectoire budgétaire française. "A l'aune d'une élection présidentielle, les investisseurs s'interrogent quant aux programmes des uns et des autres, ainsi qu'à la capacité de la France à faire des efforts budgétaires sans majorité au Parlement", reconnaît le patron de Bercy. Et à ce titre, la pression des marchés a fait son petit effet, convertissant à son tour Marine Le Pen à l'orthodoxie financière, la dirigeante d'extrême droite a récemment plaidé pour la mise en place d'une règle d'or visant à mieux gérer les finances publiques.

Rassurer les marchés

Roland Lescure se veut rassurant : la signature de la France reste solide et malgré la pression des taux, et "les émissions de dette se passent très bien". Mais pourrait-il dire autre chose sans semer le chaos ? Pour le ministre, toute comparaison avec les épisodes de 2008-2009 ou de 2012 doit être écartée. Quant à une intervention exceptionnelle de la Banque centrale européenne ? "Pas à l'ordre du jour". D'ailleurs, les banques françaises figurent parmi "les plus solides d'Europe", assure-t-il. Et même si "les taux sont élevés [les intervenants] n'identifient pas de faiblesses de marché".

Pour Bercy, ce discours rassurant vise précisément à éviter que la hausse du coût de financement ne se transforme en véritable crise de confiance. "On insiste donc sur la consolidation financière et sur le sérieux, pour garder la signature de la France là où elle est aujourd'hui, à savoir une signature qui coûte un peu cher mais qui est encore appréciée par les investisseurs, et il ne faut vraiment pas que ça change. Et je serai le gardien du temple cette fois-ci comme je l'avais été un peu l'année dernière", poursuit l'économiste.

Qu'il semble loin, pourtant, ce temps où la France empruntait à 0% pendant la Covid-19, contre pratiquement 5% aujourd'hui. Le ministre refuse pourtant d'y voir un mouvement de défiance des marchés. "Aujourd'hui, on ne voit pas de vendeurs sur le marché", martèle Roland Lescure. Selon lui, le phénomène tient plutôt à une moindre appétence des acheteurs, qui privilégient notamment le Bund allemand à l'OAT française pour leurs opérations de couverture.

Tenir les 5,4% en 2026 avant 5% en 2027

Pour l'année en cours, Bercy maintient son objectif d'un déficit public à 5,4% du PIB, malgré un dérapage de 0,4 point. En cause, principalement : des recettes moins importantes qu'espéré en raison de la conjoncture et, dans une moindre mesure, une charge de la dette plus lourde. "L'objectif c'est 5,4%. Je pense qu'on peut le tenir et qu'on va le tenir", affirme Roland Lescure.

Quant à 2027, le ministre entend privilégier les économies plutôt que de nouvelles hausses d'impôts, qui risqueraient, selon lui, de peser sur la croissance. Pas question pour autant de reproduire les cures d'austérité imposées à certains pays européens lors des précédentes crises financières. Les pistes évoquées sont d'une autre ampleur : gel du point d'indice des fonctionnaires, sous-indexation d'une partie des retraites ou encore réduction des dépenses de l'Etat. Suffiront elles ?

Les retraités vont passer à la caisse

Le sujet des retraites est politiquement inflammable et plusieurs gouvernements s'y sont déjà cassé les dents. Mais Roland Lescure semble déterminé : alors qu'un quart de la population française est aujourd'hui retraitée, les dépenses de santé et de retraite représentent 80% de la hausse des dépenses observée ces dernières années, assure-t-il.

Selon lui, l'effort ne peut donc pas reposer sur les seuls actifs. Il défend notamment une sous-indexation des pensions. Autre idée ? L'introduction d'une dose de capitalisation obligatoire, en complément du système de retraite actuel. L'idée serait notamment d'utiliser une partie de l'effort demandé aux retraités pour financer un dispositif dont bénéficieraient les générations plus jeunes.

CIR et pacte Dutreil : pas touche

"Tout le monde doit contribuer", insiste-t-il. Tout le monde ? Vraiment ? En réalité, certains dispositifs fiscaux devraient échapper à l'oeil de Bercy, à savoir le crédit d'impôt recherche (CIR) et le pacte Dutreil.

Le premier reste, à ses yeux, un élément important de l'attractivité de la France auprès des groupes internationaux. Quant au second, il juge nécessaire de le préserver pour faciliter la transmission des entreprises familiales et éviter leur départ à l'étranger. "Je donnerai un avis négatif à toute modification de ces niches", prévient-il.

Le ministre se montre en revanche plus ouvert sur le dispositif d'apport-cession prévu à l'article 150-0 B ter, dont il juge la rédaction actuelle "perfectible". Bercy veut notamment fermer la porte aux montages permettant d'effacer artificiellement des plus-values, sans pour autant pénaliser les transmissions familiales présentées comme "légitimes".

Faire travailler l'épargne française

Réduire les dépenses ne signifie pas, pour Bercy, renoncer à investir. Avec leur importante épargne, les Français disposent d'un réservoir de financement que Roland Lescure aimerait davantage orienter vers la défense, la transition écologique ou encore la robotisation.

Une piste inspirée des travaux de l'économiste Philippe Aghion est notamment à l'étude. Elle n'est pas encore suffisamment mûre pour figurer dans le projet de budget initial, mais pourrait faire son apparition au cours des débats parlementaires.

En matière de défense, Roland Lescure se félicite par ailleurs du réveil allemand. "Il était temps que l'Allemagne s'y mette", lance-t-il. À une condition toutefois : que cet argent profite à une industrie "Made in Europe". Malgré les tensions autour de certains programmes, à commencer par le SCAF, le ministre estime que la relation franco-allemande s'est améliorée.

Moody's en ligne de mire

Dans l'immédiat, Bercy garde aussi un oeil sur les agences de notation. Interrogé sur Moody's, Roland Lescure se dit "sérieux et confiant", tout en reconnaissant que l'adoption du budget pèsera dans l'appréciation de la trajectoire française. Il se garde toutefois de donner trop d'importance à leur verdict, comparant les décisions des agences à "la météo du jour, voire même parfois la météo de la veille". En réalité, ce sont surtout les marchés qu'il faudra convaincre. Tant que les investisseurs continueront d'acheter la dette française à des conditions soutenables, la France conservera des marges de manoeuvre. Pour combien de temps ?

1 commentaire

  • 11:30

    " gardien du temple" n'est pas le terme exact mais je reste poli !


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