La vague pro-marché en Amérique latine pourrait se poursuivre ce week-end avec l'élection présidentielle colombienne. Après Javier Milei en Argentine en 2023 et José Antonio Kast au Chili en 2025, le candidat indépendant de droite Abelardo de la Espriella est donné largement en tête sur les marchés prédictifs, dans un scrutin qui pourrait confirmer le retour d'une partie de la région vers une politique économique plus orthodoxe.
Après quatre années de présidence Petro marquées par la défiance des investisseurs envers l'énergie, les entreprises domestiques et la stabilité réglementaire, le vote offre un catalyseur crédible pour un marché encore traité avec une forte décote. L'enjeu ne se limite donc pas à une alternance politique, mais à un possible re-rating du marché colombien si les investisseurs commencent à réduire la prime de risque appliquée au pays.
Un marché déjà remonté, mais encore très loin d'être cher
Malgré un rebond marqué depuis deux ans, avec une hausse de près de 160% depuis janvier 2024, le marché colombien reste parmi les moins chers de l'univers émergent. Le MSCI Colombia s'échange autour de 10 fois ses bénéfices, contre environ 12 fois pour le Brésil et 14 à 15 fois pour le Chili, le Pérou et le Mexique.
Le ratio de CAPE, ou Shiller PE, met également en perspective une valorisation parmi les plus faibles des grands marchés suivis, à seulement 14 fois la moyenne décennale des bénéfices ajustés de l'inflation. Cette faible valorisation rend le scrutin particulièrement intéressant pour les investisseurs, car une amélioration du sentiment politique pourrait amplifier le re-rating déjà observé sur plusieurs marchés latino-américains ces dernières années.
Le scrutin pourrait changer la perception du risque colombien
Selon Reuters, le dernier sondage AtlasIntel place Iván Cepeda, candidat de gauche soutenu par le camp Petro, à 38,7% des intentions de vote au premier tour, devant Abelardo de la Espriella, candidat de droite pro-marché, à 37,3%. Mais le même sondage donne le candidat indépendant de droite vainqueur au second tour face à Cepeda, avec 50% contre 41,3%.
Le site de marchés prédictifs Polymarket donne par ailleurs Abelardo de la Espriella gagnant avec une probabilité implicite de 73%, contre 26% pour Iván Cepeda Castro et seulement 2,1% pour Paloma Valencia, avec une dynamique extrêmement favorable depuis avril.
Abelardo de la Espriella promet une rupture avec les précédentes administrations, y compris de droite, à travers son programme "Patria Milagro", qui combine choc sécuritaire, réduction de l'Etat et relance de l'investissement privé. Sur le plan sécuritaire, sa priorité est de reprendre le contrôle territorial avec un "Plan Colombia 2.0", mettant fin aux négociations de paix avec les groupes armés et rétablissant une doctrine de fermeté contre les organisations narcoguérilleras. Sur le plan économique, le candidat promet une croissance annuelle de 7%, une réduction des dépenses publiques et des impôts pour les entreprises, ainsi qu'une simplification administrative. Il défend aussi une ligne nettement favorable au secteur énergétique, avec le soutien au fracking, la relance de nouveaux contrats pétroliers et une priorité donnée à la souveraineté énergétique plutôt qu'à la transition verte.
Pour les actions colombiennes, l'élection d'un candidat pro-marché pourrait agir à deux niveaux. À court terme, elle pourrait d'abord provoquer une expansion des multiples de valorisation à mesure que le sentiment s'améliore. À moyen et long terme, le second levier viendrait d'une croissance plus forte des bénéfices des entreprises, grâce à une politique plus favorable à l'investissement privé, sur le plan réglementaire comme fiscal.
Une option régionale sous-estimée avec le Venezuela
Au-delà de l'élection, la Colombie dispose aussi d'une option stratégique unique avec une éventuelle normalisation graduelle de la situation au Venezuela sous l'impulsion des Etats-Unis. Une amélioration du contexte politique et économique vénézuélien pourrait créer un relais de croissance pour la Colombie, en raison des liens commerciaux historiques, d'une très longue frontière commune et du potentiel de reconstruction des chaînes logistiques régionales.
Au-delà du cas colombien, le scrutin s'inscrit dans une séquence plus large pour les marchés latino-américains. Si la Colombie élit à son tour un candidat pro-marché, l'attention des investisseurs devrait rapidement se déplacer vers le Brésil, où les élections d'octobre représentent le prochain grand test politique de la région. Comme expliqué le mois dernier, le marché brésilien présente lui aussi une combinaison intéressante entre valorisation encore modérée, potentiel de détente de la prime de risque et catalyseur électoral identifiable. Une victoire de la droite en Colombie pourrait donc confirmer que le virage pro-marché latino-américain reste en cours, avant un rendez-vous brésilien potentiellement plus décisif pour le re-rating de la région.
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