La start-up d’intelligence artificielle Anthropic pourrait entrer en Bourse dès 2026. Mais l’entreprise se retrouve au cœur d’un bras de fer inédit avec le Pentagone… ( crédit photo : Getty Images )
Sommaire:
- Anthropic, l’ascension d’un acteur majeur de l’IA générative
- Éthique contre pragmatisme: le schisme du 27 février
- Wall Street: l'éthique comme nouvel avantage compétitif?
- Anthropic: «persona non grata» du gouvernement américain?
Anthropic, l’ascension d’un acteur majeur de l’IA générative
En quelques années, Anthropic s’est imposée comme l’acteur de référence de l’IA générative «sécurisée». Fondée par d’anciens cadres d’OpenAI, la société est à l’origine de Claude, un modèle plébiscité par les entreprises pour sa fiabilité.
Selon le Financial Times , l’entreprise préparerait activement son introduction en Bourse (IPO) pour 2026. Toutefois, ce chemin vers les marchés prend des airs de thriller géopolitique depuis que l’administration Trump a ordonné au Pentagone de cesser toute collaboration avec la firme, au profit de son grand rival, OpenAI.
Éthique contre pragmatisme: le schisme du 27 février
Le point de rupture est intervenu le 27 février dernier. Le président américain a ordonné aux agences fédérales de privilégier les technologies d’OpenAI, après qu’Anthropic a refusé de lever ses «garde-fous» numériques. Le Pentagone exigeait un accès sans restriction à Claude pour des usages militaires. Anthropic y a opposé une fin de non de recevoir, et évoqué ses principes fondateurs: interdiction de la surveillance de masse et refus de développer des armes autonomes sans supervision humaine.
Ce refus d’ouvrir la «boîte de Pandore» vise à éviter que la réalité ne rejoigne la fiction: en refusant de devenir le bras armé du gouvernement sans contrôle, Anthropic s‘éloigne du spectre d’un «Skynet» moderne, l’IA à l’origine de la guerre entre les hommes et les machines dans la franchise Terminator . Si OpenAI semble avoir remporté la bataille des contrats étatiques, Anthropic a gagné celle de l’opinion. Selon le site d’informations technologiques TechCrunch , les désinstallations de ChatGPT avaient bondi de 295% samedi 28 février. En face, l’usage de Claude progressait de 51% le même jour.
Dos au mur, le fondateur d’OpenAI, Sam Altman, a finalement reconnu que son entreprise n’aurait sans doute pas dû « se précipiter » en communiquant aussi rapidement sur cet accord. Le dirigeant américain a également indiqué qu’OpenAI avait choisi «d’apporter quelques modifications » au partenariat conclu avec le Pentagone. Le texte prévoit désormais plusieurs garde-fous, dont une clause stipulant que « le système d’IA ne doit en aucun cas être utilisé intentionnellement pour des opérations de surveillance intérieure visant des personnes ou des ressortissants américains ».
Wall Street: l'éthique comme nouvel avantage compétitif?
Paradoxalement, ce conflit avec le Pentagone pourrait finalement représenter une opportunité pour l’IPO d’Anthropic. La société décidera-t-elle de se poser comme un acteur mettant l’éthique et la sécurité de l’IA au cœur de sa stratégie? Cette stratégie pourrait séduire les investisseurs sensibles aux critères moraux de leurs investissements.
Dans le même temps, OpenAI accélère également ses préparatifs pour une introduction en Bourse fin 2026. La concomitance de ces deux opérations sonnerait le gong de départ d’une véritable «guerre de l’IA» sur les marchés financiers. En filigrane, ce duel boursier met aussi en scène une confrontation par procuration entre géants de la Tech: Microsoft, soutien indéfectible d’OpenAI, face au bloc composé de Google et Amazon, partenaires majeurs d’Anthropic.
Anthropic: «persona non grata» du gouvernement américain?
Sur le papier, le contrat avec le ministère de la Défense ne représentait que 200 millions de dollars. Une somme relativement modeste comparée au chiffre d’affaires d’Anthropic pour 2025, réévalué à près de 19 milliards de dollars le 4 mars selon Bloomberg.
Les enjeux dépassent cependant largement ce seul contrat, car le véritable risque est réglementaire. Selon plusieurs sources proches de l’administration américaine, Washington envisagerait désormais d’inscrire Anthropic sur la liste des sociétés représentant un « risque pour la supply chain ». Une décision inédite, puisque jusqu’ici seules des entités étrangères y figuraient. Une telle mesure obligerait normalement toutes les entreprises travaillant pour le gouvernement américain à rompre leurs liens avec Anthropic.
Anthropic a déjà annoncé son intention de contester cette mesure devant les tribunaux. 2026 pourrait ainsi marquer le début d’un affrontement judiciaire et financier d’ampleur entre les grands acteurs de l’intelligence artificielle.
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