Matéis Mouflet, analyste de marchés chez XTB France, estime que la Banque centrale européenne (BCE) a adopté jeudi un ton plus prudent que ce à quoi s'attendait le marché, citant une intensification des risques inflationnistes mais aussi la possibilité que le resserrement des conditions de crédit en cours freine la croissance.
L'institut de Francfort a, comme prévu, laissé jeudi ses taux directeurs inchangés après deux hausses cette année, sans exclure une nouvelle hausse des coûts d'emprunt en décembre. Trois sources ont déclaré à Reuters qu'une pause devrait intervenir ensuite.
1/ Que retenez-vous des annonces de la BCE ?
La BCE a maintenu ses taux comme prévu, avec un taux de dépôt à 2,50%, mais sur un ton plus prudent que ce que le marché attendait. Elle se trouve prise entre deux forces : un choc énergétique qui dure et pousse l'inflation à la hausse, et des conditions de financement qui se durcissent et freinent déjà l'activité.
Christine Lagarde a reconnu qu'une hausse avait été discutée. Elle a cependant insisté sur la stabilité de l'inflation sous-jacente et sur l'absence de réaction des salaires. Le marché y a lu un message plutôt accommodant, ce qui a fait baisser l'euro.
2/ Christine Lagarde quittera ses fonctions en février, que pensez-vous de cette décision ?
Ce départ ne change pas la politique monétaire à court terme : les décisions sont collégiales, et Christine Lagarde présidera encore la réunion de décembre.
Le calendrier, lui, n'est pas neutre. En partant en février, elle permet à la France d'Emmanuel Macron de peser sur le choix de son successeur avant la présidentielle, plutôt que de laisser ce choix au prochain gouvernement.
Le vrai sujet est le candidat retenu. Les profils favoris comme Knot, Hernández de Cos ou Nagel n'ont pas la même lecture de l'inflation ni des écarts de taux entre pays. Changer de président au moment où la dette française met la zone euro sous tension ajoute une incertitude que l'euro commence à intégrer.
3/ La BCE constate un resserrement du crédit, sans annoncer de mesure concrète. Quelles sont vos perspectives ?
Le resserrement est réel : les banques durcissent leurs critères pour les entreprises comme pour le crédit à la consommation, et la demande de prêts recule partout. En temps normal, la BCE ne pilote que les taux courts. Les taux longs, eux, sont fixés par le marché, et le marché fait aujourd'hui payer un risque France, avec une OAT autour de 5%.
La BCE se retrouve donc bloquée. Une hausse de taux aggraverait la tension sur la dette française. Une intervention ciblée via le TPI (Instrument de protection de la transmission, NDLR) suppose des conditions que la France ne remplit pas clairement. Mon scénario central est une BCE en pause plus longtemps que ne l'anticipe le marché, et une solution qui devra venir de Paris plutôt que de Francfort.
(Propos recueillis par Diana Mandiá, édité par Augustin Turpin)

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