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Le déploiement de milliers de soldats salvadoriens en Haïti, sans doute plus qu'une opération de sauvetage
information fournie par AFP 30/10/2026 à 01:24

Une image satellite montre des récentes installations près de l'aéroport de Port-au-Prince, le 29 octobre 2026 ( 2026 Planet Labs PBC / Handout )

Une image satellite montre des récentes installations près de l'aéroport de Port-au-Prince, le 29 octobre 2026 ( 2026 Planet Labs PBC / Handout )

En une semaine, le Salvador a envoyé au moins 2.000 militaires en Haïti pour, selon son gouvernement, retrouver des soldats portés disparus après une attaque de gangs. Mais l'ampleur de ce déploiement semble montrer qu'il s'agit d'une mission bien plus vaste.

L'arrivée rapide, massive et discrète de ces militaires, en dehors des cadres internationaux existants mais avec le soutien des États-Unis, risque de désorganiser la lutte contre la violence armée en Haïti, confiée par l'ONU à une Force de répression des gangs (FRG).

Le 18 octobre, quatre soldats salvadoriens intégrés à la FRG ont disparu dans un quartier de la capitale Port-au-Prince, très largement contrôlée par des bandes criminelles.

"Tout ce que nous voulons", c'est que ces quatre militaires "rentrent chez eux", a affirmé jeudi soir sur X le président salvadorien Nayib Bukele, vidéo d'hélicoptères militaires à l'appui.

"Nous allons donner une leçon aux gangs qui font souffrir le peuple haïtien", a-t-il ajouté. "Nous sommes venus en Haïti pour combattre les criminels."

"Avec 2.000 soldats, chiffre qui pourrait augmenter dans les prochains jours, cela n'a rien d'une opération de recherche", affirme à l'AFP Jake Johnston, un expert américain spécialiste d'Haïti.

L'opacité qui a entouré l'arrivée du contingent ne fait que renforcer le flou sur ses objectifs réels.

Vols charter et nouvelles structures

Il a fallu attendre cinq jours pour avoir une confirmation par le gouvernement salvadorien de l'ampleur du déploiement et de l'accord des autorités haïtiennes, qui évoquent une "coopération sécuritaire".

Et, alors que "tous les signes pointent vers un soutien américain", selon Jake Johnston, Washington est muré dans le silence.

L'aéroport de Port-au-Prince, le 28 octobre 2026 ( AFP / Clarens SIFFROY )

L'aéroport de Port-au-Prince, le 28 octobre 2026 ( AFP / Clarens SIFFROY )

Le Pentagone se borne à confirmer auprès de l'AFP l'envoi d'au moins deux avions militaires à Port-au-Prince la semaine dernière pour du soutien logistique. Le département d'État, lui, reste muet.

Une vingtaine de vols charter entre San Salvador et Port-au-Prince ont pourtant été recensés par l'AFP du 22 au 29 octobre, selon les données des plateformes de suivi de vols FlightRadar24 et AirNav Radar. Aucun des appareils impliqués n'avait enregistré de passage par San Salvador au cours des douze mois précédents.

Et sur la même période, dix structures — qui pourraient être des tentes — ont été installées sur la base militaire internationale de l'aéroport Toussaint-Louverture de Port-au-Prince, selon l'analyse d'images satellites par l'AFP.

Risques pour les civils

Pourquoi Nayib Bukele se lance-t-il dans une opération aussi complexe et coûteuse en Haïti, où aucune solution sécuritaire n'a fonctionné depuis des années ?

Il a "intérêt à exporter et vendre" son "modèle", estime Jake Johnston, chercheur au CEPR, un cercle de réflexion situé à Washington.

C'est avec ce "modèle", basé sur l'instauration d'un état d'exception, le recours aux incarcérations massives, mais aussi à des arrestations arbitraires et des actes de torture selon des défenseurs des droits humains, qu'il se targue d'avoir drastiquement réduit la criminalité au Salvador.

Mais reproduire l'entreprise en Haïti est risqué.

Des militaires salvadoriens dans le 15 septembre 2026 dans la capitale San Salvador ( AFP / MARVIN RECINOS )

Des militaires salvadoriens dans le 15 septembre 2026 dans la capitale San Salvador ( AFP / MARVIN RECINOS )

Dans la lutte contre les gangs, l'arrivée des soldats salvadoriens vient s'ajouter à la présence de la police haïtienne, de son armée, d'une "task force" composée de mercenaires étrangers et des quelque 2.000 agents de la FRG.

"Vous avez désormais cinq forces séparées sans réel commandement unifié", s'inquiète Diego Da Rin, analyste du Crisis Group. Sur le terrain, "certaines de ces forces collaborent" mais "ce n'est pas très orthodoxe", souligne-t-il auprès de l'AFP.

Jake Johnston estime lui qu'entre les lenteurs de déploiement de la FRG et la rapidité de celui des Salvadoriens, ces derniers vont prendre l'ascendant sur la FRG, dont le mandat des Nations unies expire dans cinq mois.

Et cela l'inquiète, car les soldats salvadoriens semblent arriver sans objectif précis ni connaissance du terrain.

"Vous pouvez tuer beaucoup de monde, mais est-ce que cela va vraiment changer les dynamiques qui continuent de conduire à de la violence et de l'insécurité en Haïti", alerte-t-il, craignant "d'immenses risques pour les civils."

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