Bonjour à tous !
L'Occident refuse encore de comprendre ce qui se déroule sous ses yeux car il est prisonnier de sa propre propagande. Nos dirigeants ont sincèrement cru que les sanctions allaient isoler la Russie, effondrer son économie, terrifier la Chine, et ramener le monde sous la domination financière américaine et européenne. Le résultat ? Ils ont accéléré l'émergence d'un ordre géopolitique entièrement nouveau, et ce, juste sous leur nez.
Le président russe se rendra ouvertement en Inde pour le sommet des BRICS les 12 et 13 septembre, aux côtés du président chinois et du Premier ministre indien. Le message est limpide : la Russie n'est nullement isolée. Le Kremlin a confirmé la rencontre, et des entretiens bilatéraux avec Pékin sont déjà prévus en marge. Ce n'est plus une alliance de coulisses, ce n'est plus une chuchoterie diplomatique. Le président russe ne se cache pas. La Chine ne se cache pas. Les BRICS ne prétendent plus n'être qu'un forum de discussion économique. Ils deviennent le noyau d'un ordre mondial concurrent.
Ce que les néoconservateurs n'ont jamais saisi est une loi aussi simple qu'implacable : la puissance a horreur du vide. Du moment où Washington a commencé à transformer SWIFT en arme, à geler les réserves étrangères, à sanctionner des nations entières, et à menacer de sanctions secondaires quiconque refuserait de s'aligner, le reste du monde s'est silencieusement mis à préparer ses alternatives. On ne peut confisquer les réserves russes, menacer Pékin quotidiennement, étrangler Téhéran, faire pression sur New Delhi, et s'attendre ensuite à ce que ces pays continuent indéfiniment de faire confiance à un système financier piloté depuis l'Ouest.
Les BRICS représentent désormais plus de 40% de la population mondiale, et leur expansion se poursuit. L'Iran a rejoint le bloc. Les Emirats arabes unis aussi. L'Egypte, l'Ethiopie, l'Indonésie. L'Arabie saoudite approfondit chaque jour davantage sa coopération. La file d'attente devant la porte raconte à elle seule la direction de l'Histoire.
Pendant ce temps, que se passe-t-il chez nous ? L'Europe se désindustrialise en temps réel. L'Allemagne s'enfonce dans la contraction. Les USA croulent sous une dette abyssale tout en finançant des guerres sans fin qu'ils n'ont plus les moyens de mener. Et tandis que l'Occident s'épuise, la Russie et la Chine multiplient leurs échanges bilatéraux, signent des accords énergétiques de long terme, commercent de plus en plus en dehors du dollar, et bâtissent des infrastructures qui maillent l'Eurasie pour les décennies à venir. Le président russe a lui-même qualifié les relations russo-chinoises de niveau de confiance et de coordination stratégique sans précédent.
L'arrogance qui suinte de Washington et de Bruxelles a aveuglé nos élites face à un motif historique qui se répète pourtant inlassablement. Tout empire à monnaie de réserve finit par se sur-étendre militairement et financièrement. L'Espagne en a fait l'expérience. La Grande-Bretagne aussi. Rome avant elles. L'erreur est toujours la même : l'on finit par croire que le système ne peut fonctionner sans soi. Et pendant qu'on se persuade de sa propre indispensabilité, le reste du monde tisse patiemment sa toile alternative.
Voilà ce que représentent véritablement les BRICS. Non pas une simple alliance anti-occidentale, mais une rébellion contre un système financier perçu comme politiquement instrumentalisé et structurellement instable. Le régime des sanctions a accéléré la fragmentation de l'économie mondiale bien plus vite que ne l'avait anticipé Washington. En cherchant à séparer Moscou et Pékin par la peur, on les a soudées par la nécessité. Les solutions à la crise X créent la crise Y, encore et toujours.
La symbolique du président russe se tenant ouvertement aux côtés de ses homologues chinois et indien à New Delhi pèse lourd, car elle met en scène une confiance tranquille. L'homme que nos dirigeants prétendaient devoir bientôt voir isolé est en train de co-architecturer un bloc parallèle qui s'étend de l'énergie aux matières premières, du commerce à la finance, de l'industrie aux infrastructures. Le monde se redivise en sphères concurrentes, et la classe politique occidentale semble incapable d'accepter cette réalité.
Talleyrand disait qu'on peut faire beaucoup de choses avec des baïonnettes, sauf s'asseoir dessus. Nos dirigeants ont oublié cette sagesse élémentaire. Pendant qu'ils s'égosillent à hurler à la lune, le monde, lui, avance sans eux.
Bien à vous