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CAC 40 : De la mode du col blanc...

15 mai 2026 14:17

Bonjour à tous !

Pendant quarante ans, nous avons enseigné à nos enfants que la dignité passait par le diplôme. Que la réussite se mesurait à l'éloignement progressif des mains. Que l'avenir appartenait à ceux qui sauraient manipuler les symboles plutôt que la matière. Le col blanc était la promesse, le col bleu l'avertissement. Et voilà qu'au crépuscule de ce paradigme, l'intelligence artificielle, censée en être le couronnement, le retourne comme un gant.

Quelle ironie ! Jensen Huang, patron de NVIDIA, est monté sur l'estrade de Carnegie Mellon il y a quelques jours pour dire aux diplômés que l'avenir appartenait... aux électriciens. Aux plombiers. Aux charpentiers. Aux ouvriers du bâtiment. "C'est votre heure", leur a-t-il lancé, évoquant le "plus vaste déploiement d'infrastructures de l'histoire humaine". Pour qu'une IA tourne, il faut des câbles, des transformateurs, du béton armé, des bras pour les poser. Beaucoup de bras. Le cabinet JLL estime à 2,1 millions le nombre de postes qualifiés qui resteront vacants aux Etats-Unis d'ici 2030, pour mille milliards de dollars d'activité perdue chaque année selon le Département de l'Education américaine. Sur les chantiers de data centers, l'ouvrier gagne désormais 32% de plus qu'ailleurs. Les meilleurs électriciens dépassent les six chiffres. Pendant ce temps, le diplômé moyen rembourse encore sa dette étudiante en exerçant un métier qu'il aurait pu prendre sans jamais voir un amphi.

Comment en est-on arrivé là ? Par la conjonction de deux mépris. Le mépris pour la main, d'abord, hérité d'une lecture maladroite de l'élévation sociale, qui a fait du travail manuel une voie de relégation et du baccalauréat un seuil sacré. Le mépris pour le réel, ensuite, distillé pendant des décennies par cette religion de l'économie de la connaissance qui voulait nous faire croire que la prospérité pouvait être servie depuis un open space climatisé pendant que l'usine partait en Chine. Le tertiaire devait être notre destin. Il a fini par devenir notre piège.

Puis le réel a repris ses droits. Pandémie. Guerre en Ukraine. Tensions sino-américaines. Chocs énergétiques. Chacun de ces séismes a rappelé qu'une nation incapable de fabriquer son acier, ses puces et ses transformateurs n'est pas souveraine, elle est précaire. Le CHIPS Act a déclenché 630 milliards d'investissements en cinq ans. Les hyperscalers ont englouti 410 milliards de dollars en 2025 dans la seule construction de data centers. Larry Fink, à Davos, a chiffré le déficit américain à 600 000 ouvriers d'usine et 500 000 ouvriers du bâtiment. La machine s'est remise à tourner sans que la main-d'œuvre suive. Comment pourrait-il en être autrement, après quarante ans de désinvestissement sur les formations techniques ?

Le plus piquant est que l'intelligence artificielle, supposée libérer l'humanité du labeur, est elle-même devenue dépendante de la main qui pose. Elle dévore l'électricité comme un foyer affamé dévorerait du bois sec. Elle exige des bâtiments, des nappes de fibres, des systèmes de refroidissement, des chaînes d'approvisionnement remontées de leurs longs voyages outre-mer. Et chaque watt qu'elle consomme appelle un électricien, un soudeur, un installateur. Pendant ce temps, ce qu'elle promet de remplacer en priorité, ce sont précisément les tâches cognitives répétitives qui faisaient tourner les bureaux du tertiaire occidental. La pyramide s'inverse en silence. Dario Amodei, qui dirige Anthropic, parle de la disparition possible de la moitié des postes d'entrée du col blanc dans les cinq ans. JPMorgan évoque un "jobless recovery" qui frapperait les cadres aussi durement qu'a été frappée la classe ouvrière des années 1980.

L'Histoire bégaie rarement aussi cruellement. La promesse faite aux enfants des Trente Glorieuses tenait dans une équation simple : étudie, et tu monteras d'un cran social. Cette équation est désormais brisée. La France n'échappe pas au phénomène. La dernière note de la Direction Générale du Trésor publiée en novembre dernier reconnaît noir sur blanc que la réforme de l'apprentissage de 2018, censée nourrir l'industrie et l'artisanat, a en réalité gonflé... le supérieur. Soixante-deux pour cent des apprentis français sont aujourd'hui dans l'enseignement supérieur. Quinze milliards d'euros par an pour un résultat qui ressemble étrangement à du déguisement statistique. France Travail compte 213 000 projets de recrutement dans le bâtiment, avec un taux de difficulté à recruter de 72,7%. Du jamais vu, ou plutôt du déjà vu, mais sous un autre habit.

Voici donc où mène la réindustrialisation forcée par la géopolitique : à un retournement civilisationnel dont nous ne mesurons pas encore l'ampleur. Le centre de gravité économique se déplace de la chaise de bureau vers l'établi. Du symbole vers la matière. Du diplôme vers le savoir-faire. Ce déplacement ne se fera pas sans drame social, car des cohortes entières ont été éduquées dans la promesse inverse. Les solutions à la crise X créent la crise Y, comme toujours.

Et si la grande revanche du siècle qui s'ouvre était celle du tangible sur le virtuel ? Celle du bras sur le clic ? Celle de l'ouvrier qui soude une centrale atomique sur l'analyste qui produit une note Excel qu'une machine reproduira en trois secondes ? La main, qu'on avait reléguée à l'arrière-plan, revient au centre de la scène. Et avec elle, la souveraineté qu'on avait crue résolue dans la mondialisation.

Le diplôme a longtemps été le sésame. Le voilà bientôt boomerang.

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