Bonjour à tous !
On nous avait promis que l'inflation était derrière nous. Que la bête avait été terrassée par la main ferme des banquiers centraux. Qu'il suffisait d'attendre sagement que les effets de la politique monétaire se diffusent dans l'organisme économique pour que la fièvre retombe. Et puis février est arrivé avec ses 0,7 % de hausse des prix de gros, soit plus du double des prévisions, la plus forte progression mensuelle depuis la mi-2025. L'IPP s'établit désormais à 3,4 % en rythme annuel, son plus haut niveau depuis environ un an. Autrement dit, la bête n'était pas morte. Elle hibernait.
Ce qu'il faut comprendre, c'est que l'Indice des Prix à la Production est un éclaireur. Il précède. Il annonce. Les coûts qu'il mesure sont ceux que subissent les fabricants, les transporteurs, les grossistes, bien avant que le produit ne finisse dans votre caddie. Ces acteurs absorbent le choc dans un premier temps, comme un barrage retient l'eau, mais quand la pression devient trop forte, tout déborde. Et ce que nous observons aujourd'hui n'est rien d'autre que la formation, en amont du circuit de distribution, d'une vague inflationniste qui n'a pas encore atteint le consommateur final.
Les prix des biens ont bondi de 1,1 %, la plus forte progression depuis 2023. L'alimentation flambe, certaines catégories comme les légumes affichant des pics significatifs. L'énergie repart à la hausse avec l'essence et les carburants en tête de cortège. Les services ne sont pas en reste avec 0,5 % de progression mensuelle. Plusieurs mois consécutifs de hausses fermes, des mouvements brusques dans des secteurs comme l'hébergement. Cette inflation n'est pas un accident localisé, un soubresaut passager. Elle est généralisée. Ancrée. Systémique.
Et le plus savoureux dans tout cela ? Ce rapport ne reflète pas encore pleinement l'escalade géopolitique survenue fin février. Depuis, les prix du pétrole se sont envolés et les coûts énergétiques poursuivent leur ascension en mars. Or, l'énergie est le sang de l'économie. Quand le sang se raréfie ou se renchérit, c'est tout l'organisme qui souffre. Le transport devient plus cher, les coûts de production augmentent, et le prix des denrées alimentaires grimpe à mesure que les frais de distribution s'élèvent. C'est ainsi que l'inflation revient par vagues, comme la marée obéit à des forces que personne ne décrète. Elle débute au niveau de la production pour migrer ensuite vers les prix à la consommation. Même les économistes les plus conventionnels admettent désormais que l'impact se manifestera plus clairement dans les mois à venir. Ce que nous voyons aujourd'hui est donc probablement le point de départ plutôt que le sommet.
Qui se souvient des années 1970 ? Les chocs pétroliers n'ont pas seulement fait grimper le prix à la pompe. Ils ont restructuré des économies entières, balayé des gouvernements, engendré une décennie de stagflation que toutes les recettes keynésiennes du monde n'ont pas su endiguer. Car voilà le piège dans lequel nous sommes en train de retomber : les coûts augmentent alors que la croissance faiblit. Les décideurs politiques se retrouvent paralysés parce que la source de l'inflation n'est plus la politique monétaire mais la géopolitique, c'est-à-dire un domaine sur lequel leurs leviers habituels n'ont strictement aucune prise.
Les solutions à la crise de l'inflation par les taux ont créé la crise du ralentissement économique. Et le ralentissement, conjugué aux tensions géopolitiques, crée les conditions d'une résurgence inflationniste que les mêmes outils monétaires seront impuissants à combattre. La guerre et l'instabilité deviennent les forces dominantes. Les chocs énergétiques, les ruptures d'approvisionnement, les déplacements de capitaux génèrent une volatilité que les banques centrales ne peuvent maîtriser, quoi qu'en disent leurs communiqués rassurants. L'erreur récurrente des gouvernements est de croire qu'ils peuvent piloter l'économie avec un unique cadran, celui des taux d'intérêt, alors que le cockpit est en flammes et que personne ne contrôle la trajectoire.
Le cycle ne demande pas la permission. Il s'impose.
Bien à vous