Guerre au Moyen-Orient : va-t-on connaître une crise inflationniste comme celle liée à la guerre en Ukraine ?
La hausse du prix du pétrole liée au conflit en cours au Moyen-Orient fait ressurgir le spectre d’une crise inflationniste comme celle connue à cause de la guerre en Ukraine. Mais les scénarios de 2022 et 2026 sont-ils vraiment comparables ? Éléments de réponse.
Un conflit impliquant un pays pétrolier qui aboutit à une envolée des prix des hydrocarbures, puis à une hausse des prix à la pompe et, au final, à une inflation généralisée. La guerre au Moyen-Orient semble être en mesure de reproduire ce scénario aux ressorts quasi mécaniques. Celui-ci paraît d’autant plus connu qu’il semble avoir déjà été observé au printemps 2022, après le déclenchement de la guerre en Ukraine. Mais, en réalité, les situations ne sont pas tout à fait comparables.
Un prix du baril pour le moment moins élevé
Il y a quatre ans, quelques semaines après le début de l’offensive russe, le prix du baril de Brent, la référence en Europe, avait effectivement dépassé les 120 dollars, contre moins de 90 dollars durant l’hiver 2021-2022. En cette fin d’hiver 2026, il est passé de moins de 70 à 100 dollars.
Il y a donc certes eu une hausse, mais celle-ci aboutit à des niveaux moins élevés. C’est entre autres parce qu’elle s’est appliquée à des niveaux qui étaient plus bas avant le conflit, en lien avec une production de pétrole largement supérieure à la demande.
Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste au cabinet d’audit BDO, note également qu’en matière d’énergie, la situation spécifique de l’Europe est différente de celle de 2022. À l’époque, celle-ci était « largement dépendante » des hydrocarbures russes, alors qu’elle l’est beaucoup moins vis-à-vis du pétrole transitant par le détroit d’Ormuz, surtout destiné aux pays asiatiques. Résultat : « Il n’y a pas de rupture d’approvisionnement comme on avait pu en avoir en 2022 avec la fermeture des gazoducs russes », rappelle un conseiller du ministère de l’Économie et des Finances. L’Europe a aussi diversifié ses sources d’énergie et mise un peu plus sur l’électricité qu’auparavant.
Une inflation générale qui devrait rester mesurée
Comme en 2022, cette envolée du prix du baril, réelle mais moins brutale, a fait mécaniquement augmenter les prix à la pompe. Alors que le litre de gazole se vendait 1,73 € le 3 mars dernier, il s’écoule aujourd’hui à environ 2 €. Le conflit pèse donc bel et bien sur les automobilistes qui ne peuvent pas rouler à l’électrique.
Comme toute hausse du prix de l’énergie, cette envolée aura également des conséquences sur le reste de l’économie. Mais, là encore, difficile de comparer avec la situation de 2022, où l’inflation avait des causes plus nombreuses. « En 2022, il y avait trois crises : le problème de capacité de production électrique, avec un parc nucléaire qui était en grande partie en maintenance, la guerre en Ukraine, et la reprise post-Covid qui provoquait des tensions, avec une offre qui redémarrait moins vite que la demande », résume le conseiller de Bercy. Or de nombreux éléments de ce cocktail ne sont pas présents en 2026, ce qui suggère que l’inflation devrait ne jamais atteindre les 6,3 % mesurés en France début 2023.
Des réponses nécessairement différentes
Conséquence de cette inflation qui devrait rester contenue, la Banque centrale européenne pourrait ne pas avoir à relever brutalement ses taux directeurs, ceux qui, en influant sur les taux auxquels les banques se prêtent entre elles, influent sur ceux qu’elles accordent aux ménages et aux entreprises. De quoi ne pas trop nuire aux investissements alors qu’en 2022, la BCE avait relevé son taux de référence de 0 à 4,5 % entre juillet 2022 et septembre 2023.
« Je pense que la BCE va adopter une posture attentiste, puisque l’Europe n’est en effet pas touchée au cœur comme elle l’a été par la guerre en Ukraine », estime Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste au cabinet d’audit BDO. François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France et membre du conseil des gouverneurs de la BCE, a ainsi récemment fait savoir qu’il ne croyait pas nécessaire de « remonter les taux maintenant » . Même en 2022, la BCE avait d’ailleurs attendu plusieurs mois avant d’augmenter ses taux, alors même que l’inflation avant la guerre était beaucoup plus élevée (5,9 % en février 2022).
La réponse à l’inflation apportée au niveau national devrait elle aussi être modérée. Différents ministres ont en effet déjà fait valoir qu’ils considéraient que l’État n’avait plus les moyens de mettre en place une « ristourne » généralisée sur les prix du carburant, comme cela avait été le cas après l’éclatement de la guerre en Ukraine.
Des risques subsistent
Si elle n’est pas favorable, la situation reste donc moins critique que celle du printemps 2022. En l’état actuel des choses en tout cas. Car, si le conflit se prolonge, les difficultés d’approvisionnement en pétrole de l’Asie, « la zone économique où il y a le plus de croissance », pourrait y aboutir à un ralentissement économique, ce qui aurait des conséquences mondiales.
Une nouvelle propagation du conflit au Moyen-Orient à d’autres pays pourrait également contribuer à une crise plus importante. Par ailleurs, « beaucoup de choses vont dépendre de la durée du conflit », rappelle François Villeroy de Galhau. Un paramètre qui est entre les mains de Donald Trump et de Benyamin Netanyahou.