Mary Trump à propos de son oncle Donald : « Ses relations avec les femmes sont comme des transactions. Et ses épouses font le même calcul »
À l’heure où Donald Trump truste l’attention médiatique mondiale, rencontrons avec une femme qui le connaît depuis toujours : sa nièce, Mary Trump.
Fille de Fred Trump Jr., le frère aîné du président des États-Unis, cette psychologue clinicienne et écrivaine new-yorkaise de 60 ans s’est retrouvée sous les projecteurs en 2020 avec son livre Trop et jamais assez, un récit familial remontant aux origines de celui qu’elle qualifie d’« homme le plus dangereux du monde ». Si l’on résume à l’extrême, sa thèse serait que tout chez Trump – de son narcissisme semi-délirant à son immense fortune – découle de sa relation avec son père, Fred Trump Sr., un « sociopathe hautement fonctionnel (…) convaincu de l’infériorité innée des femmes », qui a inculqué à ses enfants l’idée que « le besoin était synonyme d’humiliation ».
Simple coïncidence ou pas, le livre a été publié aux États-Unis en 2020 et s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires dès la première semaine, l’année de la défait de Trump face à Joe Biden lors de l’élection présidentielle. Peu après, il a coupé les ponts, déjà très ténus, avec sa nièce : « Nous ne communiquons plus que par l’intermédiaire de nos avocats, puisqu’il m’a intenté un procès en réclamant cent millions de dollars de dommages et intérêts. » Rencontre.
À propos de votre oncle Donald Trump, vous avez dit : « Il prenait ce qu’il voulait sans demander la permission. » Cela valait aussi pour les femmes ?
Oui, il le dit lui-même dans la Access Hollywood Tape [la fameuse vidéo enregistrée en 2005, publiée par le Washington Post en 2016, dans laquelle Trump déclare : « Quand on est une star, elles vous laissent faire. Vous pouvez tout faire… les attraper par la chatte. »]
D’après ce que vous savez de lui, est-il possible qu’il ait eu des rapports non consentis ?
Oui, et ce n’est pas un secret : il a été condamné pour abus sur la journaliste E. Jean Carroll [Trump, qui a toujours clamé son innocence, a depuis demandé à la Cour suprême de réexaminer l’affaire].
Des rapports avec des mineures ?
Il y a quelques jours, la radio NPR a révélé que le département de la Justice aurait retiré une cinquantaine de pages des dossiers Epstein, contenant des interrogatoires du FBI et des notes sur une conversation avec une femme qui aurait accusé Donald d’agression sexuelle alors qu’elle était mineure.
Pourquoi, selon vous, tant de réticence à rendre publics l’ensemble des dossiers Epstein ?
Ça me paraît évident. Pendant sa dernière campagne, Donald a promis que, s’il était réélu, il les divulguerait, et qu’on découvrirait alors que nombre de figures de premier plan du Parti démocrate étaient impliquées. Mais depuis qu’il est revenu au pouvoir, il se comporte comme quelqu’un qui a quelque chose à cacher. Je ne sais pas si ça signifie qu’il est coupable…
La vérité finira-t-elle par sortir ?
Je l’espère ! Franchement, je suis très étonnée que personne n’ait encore éprouvé le devoir moral de faire fuiter ces informations au New York Times.
La politique étrangère de Trump est-elle une façon de détourner l’attention de l’opinion publique ?
Oui, comme les prévisions électorales catastrophiques et l’économie qui s’effondre.
Dans son discours sur l’état de l’Union, il a pourtant affirmé que l’Amérique vivait un âge d’or.
Oui, mais les gens apprennent enfin à se fier davantage à leur portefeuille qu’à ses paroles. Même si lui fait tout pour semer la confusion : il a lâché l’ICE dans les rues, des citoyens américains sont morts, il a kidnappé un chef d’État, il essaie de démanteler l’OTAN et maintenant il attaque l’Iran. C’est la stratégie du chaos. Et il y a autre chose.
Quoi donc ?
En tant que psychologue clinicienne, je me permets d’avancer l’hypothèse qu’il souffre de troubles psychiatriques graves jamais diagnostiqués, auxquels s’ajoute aujourd’hui un déclin physique et cognitif visible de tous : il s’endort en public, il confond les noms et s’emmêle les pinceaux, il ne marche plus droit, il a des bleus sur les mains et les membres gonflés.
D’ailleurs, un sondage Reuters-Ipsos indique que 61 % des Américains estiment que Trump est devenu mentalement « plus instable ».
Il paraît qu’il a récemment passé une IRM, et ce n’est pas le genre d’examen qu’on fait pour s’amuser.
Dans votre livre, vous racontez que son père, votre grand-père, a souffert d’Alzheimer en vieillissant.
Cela a commencé vers la fin de sa soixantaine avancée, et Donald aura 80 ans en juin. Ces derniers temps, quand je le vois à la télévision, il me rappelle Fred, désorienté dans le temps et dans l’espace.
Que deviendra le mouvement MAGA après Trump ?
Il survivra, mais il aura un problème de leadership. Donald n’a pas préparé d’héritier.
Même pas J.D. Vance ?
Mais non, personne ne l’aime.
Vous dites la même chose de votre oncle : dans votre livre, vous écrivez qu’« il n’a jamais été aimé ». Pourtant, ça n’a pas empêché son ascension.
Le fait est que Donald possède un type de charisme qui séduit des millions de personnes. Quand j’ai écrit qu’il n’avait jamais été aimé, je parlais de la sphère familiale.
Sa mère non plus ne l’aimait pas ?
Si elle l’aimait, elle n’a pas su le lui montrer.
Pourquoi ?
Elle a eu une enfance pauvre et difficile, elle avait probablement des traumatismes non résolus. Et puis sa santé était très fragile. Quand Donald avait deux ans et demi, elle a été hospitalisée pendant longtemps, elle a souffert terriblement et, une fois rentrée à la maison, elle était affaiblie, physiquement comme psychologiquement. Je crois que mon oncle s’est senti abandonné, et qu’il s’est défendu en devenant insensible. Moralité : je ne sais pas si elle l’aimait, mais lui, certainement, ne l’aimait pas.
Et ses sœurs, était-il proche d’elles ?
Maryanne le croyait. Avec mon père, c’était la plus intelligente des cinq enfants, et elle était convaincue d’être la seule personne que Donald écoutait. Mais elle a été vite détrompée : pendant son premier mandat, à un moment, il a organisé un voyage en Corée du Nord pour rencontrer Kim Jong-un. Maryanne lui a envoyé un message avec quelques recommandations, dont celle-ci : « Éloigne-toi un peu des réseaux sociaux. » Non seulement il ne lui a pas répondu, mais il a fait exactement l’inverse de ce qu’elle lui avait conseillé.
Et son autre sœur, Elizabeth ?
Il ne me semble pas qu’ils aient jamais eu une relation très forte. C’était peut-être la conséquence du sexisme extrême qui régnait dans la famille. Il y avait une séparation très nette entre les genres : les filles relevaient exclusivement de la mère, les garçons du père. Très peu d’interactions entre les uns et les autres. Et encore moins de sentiments.
Vous avez écrit : « Je n’ai jamais vu un homme de ma famille pleurer ni exprimer de l’affection. » Jamais, dans la vie de Donald Trump, le moindre moment d’humanité ?
Il faut vraiment que je me creuse la tête pour en trouver un !
Vous y arrivez ?
Quand j’avais 22 ans, il m’a demandé d’être sa plume pour son deuxième livre. J’ai passé des mois à ses côtés et, un jour, sans prévenir, il m’a demandé : « Comment va ta mère ? » J’ai été très frappée qu’il ait une pensée pour elle, sachant qu’elle a toujours été mal vue par la famille, même avant le divorce de mes parents. Mais cette sollicitude a été de courte durée. Il a aussitôt ajouté : « De toute façon, nous avons eu tort de lui verser une pension alimentaire après le divorce : ça ne l’a pas incitée à devenir autonome. »
Un autre souvenir ?
Quand j’étais petite, pendant les week-ends en famille, il jouait au ballon avec moi dans le jardin derrière la maison. Sauf qu’il voulait gagner à tout prix et lançait tellement fort qu’il me faisait mal.
Avait-il des amis ?
Il suivait souvent mon père et sa bande, mais, à ma connaissance, personne ne le supportait parce qu’il était arrogant et pénible.
Et avec les filles ?
Je n’ai qu’un seul souvenir à ce sujet. À un moment, il a tenté sa chance avec une fille du quartier, Annamaria. Vous savez comment il l’a abordée ?
Comment ?
En l’insultant. Il lui a dit quelque chose comme : « L’école que tu fréquentes est d’un niveau lamentable. Moi, j’aurais honte. » Naturellement, ça n’a pas été un franc succès.
« La seule qui lui ait jamais vraiment importé, c’est Ivanka »
La célébrité l’a-t-elle aidé avec les femmes ?
La célébrité, l’argent et la presse. Dans les années 1970 et 1980, les journaux rivalisaient de flatteries à son égard. Dans un article, on l’a même comparé à John F. Kennedy pour son charme. Franchement, il ne faut pas exagérer ! Mais, dans l’ensemble, les femmes semblaient l’apprécier.
Si vous deviez décrire son type idéal ?
Beaucoup plus jeune, jolie, et qui n’a pas grand-chose à raconter.
Il ne s’ennuie pas auprès de personnes comme ça ?
Pourquoi, vous pensez que Donald a beaucoup de choses à raconter ? Quoi qu’il en soit, il a toujours choisi des compagnes qui pouvaient lui être utiles d’une manière ou d’une autre, par exemple pour le mettre en valeur. Il vit ses relations comme des transactions : je te donne, tu me donnes. Et ses épouses font exactement le même calcul.
Commençons par la première, Ivana.
Je l’ai rencontrée quand j’avais 12 ans. Elle était plutôt froide : je n’ai jamais vu le moindre geste d’affection entre elle et mon oncle, mais tous deux se comportaient « en couple ». Elle était aussi assez impliquée dans les affaires familiales et cela ne semblait pas le déranger. D’une certaine façon, ils avaient l’air faits l’un pour l’autre. Jusqu’au jour où ils ne l’ont plus été.
Marla ?
Elle a été l’exception. Je l’aimais bien. Elle était très jeune lorsqu’elle s’est mise avec mon oncle, et très naïve. Elle ne savait pas dans quoi elle mettait les pieds.
Melania ?
Elle, en revanche, le savait parfaitement. Sinon, elle ne serait pas restée avec lui après qu’il l’a trompée alors que leur fils Barron était encore tout petit, ni après toutes les autres horreurs dont il s’est rendu coupable [Trump nie avoir eu une relation extraconjugale pendant son mariage, et la First Lady elle-même a rejeté ces accusations, les qualifiant de « ragots »].
Vous voulez dire quoi ?
Qu’il y a toujours un intérêt en jeu, dans toutes ses relations.
Même avec ses enfants ?
D’après ce que j’ai vu, la seule qui lui ait jamais vraiment importé, c’est Ivanka. Je garde ce souvenir de ses deux fils, Donald Jr. et Eric, en train de se battre par terre pendant qu’il les ignorait complètement. Alors qu’elle, il l’avait toujours dans les bras.
Il a un jour dit d’Ivanka : « Elle est si belle que, si ce n’était pas ma fille, j’essaierais probablement de sortir avec elle ».
Malheureusement, c’est vrai. Et il n’a pas davantage épargné Tiffany, la fille qu’il a eue avec Marla, avec ses commentaires répugnants. Quand elle avait un an, un interviewer lui a demandé : « Qu’a-t-elle pris de sa mère ? » Et lui a répondu : « Ses jambes, et en grandissant, on verra si elle prend aussi ses… », en désignant la poitrine de son épouse d’alors.
Au moins, ses enfants l’aiment-ils ?
Allons donc. Donald Jr. et Eric ont besoin de lui : ils ne survivraient pas sans son pouvoir ni sa fortune. Ivanka, elle, l’a lâché. Peut-être qu’après le 6 janvier, l’assaut du Capitole, elle a compris que si elle voulait fréquenter la haute société, elle devait prendre ses distances avec son père. Il n’y a pas la moindre trace d’amour dans la vie de mon oncle.