Aller au contenu principal
Fermer

Forum

CAC 40
8 097,60 Pts
-0,08% 

FR0003500008 PX1

Euronext Paris données temps réel
Politique d'exécution
  • ouverture

    8 122,60

  • clôture veille

    8 103,84

  • + haut

    8 147,90

  • + bas

    8 089,81

  • +haut 1er janvier

    8 642,23

  • +bas 1er janvier

    7 996,59

  • volume

    476 M€

  • dernier échange

    04.03.26 / 10:02:45

  • + Alerte

  • + Liste

Retour au sujet CAC 40

CAC 40 : La Forteresse et le Mirage

04 mars 2026 08:24

Bonjour à tous !

Il y a des moments dans l'Histoire où le fracas des bombes ne parvient pas à couvrir le silence assourdissant de l'ignorance. Le 28 février 2026 restera sans doute l'un de ces moments. En frappant l'Iran, en éliminant son Guide suprême, Washington et Tel-Aviv pensaient décapiter un serpent. Ils n'ont fait que réveiller l'Hydre. Car il y a dans cette séquence géopolitique une triple illusion qu'il convient de disséquer avec la patience du chirurgien et la rigueur de l'historien. L'illusion de la puissance absolue. L'illusion de la victoire rapide. Et l'illusion, peut-être la plus dangereuse de toutes, de croire que l'adversaire partage votre définition du mot « victoire ».

Commençons par le sommet de l'iceberg, celui que les chaînes d'information en continu vous servent en boucle : les frappes, les images satellites, les communiqués triomphants. Puis plongeons ensemble dans la partie immergée, celle où se jouent véritablement les destins des peuples et des empires.

Que nous enseigne l'Histoire avec une constance presque lassante ? Que chaque empire ayant cherché à imposer sa volonté par la force brute a fini par se consumer de l'intérieur. Les Romains, Charlemagne, Napoléon, l'Empire britannique, le Japon impérial, l'Allemagne nazie, l'URSS... Tous ont cru que la projection de puissance militaire pouvait se substituer à la diplomatie, au commerce, à la compréhension de l'autre. Aucun de ces empires n'a survécu intact. Et pourtant, comme pris dans une boucle temporelle, les mêmes erreurs se répètent avec une régularité qui ferait pâlir d'envie le métronome le plus précis.

Souvenez-vous : en 2019, lors de son discours sur l'état de l'Union, Trump lui-même déclarait que les grandes nations ne mènent pas de guerres sans fin. Sept ans plus tard, le voilà embarqué dans ce qui pourrait devenir la plus longue et la plus coûteuse de toutes. Comment en est-on arrivé là ? Par le même mécanisme qui a conduit au Vietnam, à l'Irak, à la Libye, à l'Afghanistan et à l'Ukraine : une caste de stratèges non élus, enracinée dans l'appareil d'État comme le lierre sur un mur de pierre, qui survit à chaque alternance politique et pousse inlassablement à l'escalade. Ils sont les véritables intouchables de la politique étrangère américaine. Les présidents passent, ils restent. Et ils murmurent toujours la même promesse séduisante : ce sera rapide, ce sera propre, le peuple nous accueillera en libérateur.

On se souvient de cette phrase terrible prononcée par Madeleine Albright face au général Colin Powell en 1993 : à quoi bon disposer de cette superbe armée si on ne peut pas s'en servir ? Powell, qui connaissait le prix du sang versé, en fut stupéfait. Mais c'est précisément cette mentalité, cette ivresse de la puissance disponible, qui transforme les démocraties en machines à fabriquer des guerres. Le marteau cherche toujours un clou.

Or le clou iranien n'est pas un clou. C'est une montagne. Littéralement.

Et c'est ici que la géographie entre en scène, non comme un décor de théâtre mais comme le personnage principal de cette tragédie annoncée. L'Iran n'est pas l'Irak. Il faut le répéter car cette confusion est au cœur de l'erreur stratégique en cours. L'Irak, c'était 433 000 kilomètres carrés de plaines relativement accessibles depuis les ports du Golfe persique. L'Iran, c'est 1 648 000 kilomètres carrés de forteresse naturelle, soit trois fois la superficie de l'Irak, avec une population de 89 millions d'âmes, soit trois fois celle de l'Irak au moment de l'invasion de 2003. Mais les chiffres, aussi éloquents soient-ils, ne racontent qu'une partie de l'histoire.

Imaginez un pays ceint sur trois côtés par des murailles de pierre que nul architecte n'aurait pu concevoir. À l'ouest, la chaîne du Zagros s'étire sur 1 600 kilomètres, dressant des crêtes de 3 000 à 4 000 mètres entre la Mésopotamie et le plateau iranien. C'est un système de crêtes parallèles, une succession de mâchoires rocheuses qui avalent les armées conventionnelles comme l'océan avale les ruisseaux. Au nord, la chaîne de l'Alborz culmine au mont Damavand à 5 671 mètres, protégeant Téhéran et le cœur septentrional du pays avec l'autorité silencieuse d'une sentinelle de granit. Et au centre ? Deux des environnements les plus hostiles de la planète : le Dasht-e Kavir, ce grand désert de sel où une croûte trompeuse recouvre une boue profonde capable d'engloutir hommes et machines, et le Dasht-e Lut, le « désert du vide », où les températures de surface atteignent 70 degrés Celsius et où aucune forme de vie n'a jamais été recensée.

C'est d'ailleurs dans cette fournaise que l'opération Eagle Claw, tentative de sauvetage des otages américains en 1980, s'est soldée par un désastre : une tempête de sable provoqua la collision d'un hélicoptère et d'un avion-cargo, tuant huit militaires sans qu'un seul soldat iranien n'ait tiré le moindre coup de feu. La terre elle-même s'était chargée de la défense.

Les rares points d'accès au plateau iranien se comptent sur les doigts d'une main. La plaine du Khuzestan au sud-ouest offre une fenêtre d'environ 160 kilomètres, mais c'est un terrain marécageux que les Iraniens peuvent inonder pour bloquer toute progression blindée, exactement comme ils l'ont fait face à Saddam Hussein durant les huit années de la guerre Iran-Irak. La plaine côtière de la Caspienne au nord ne dépasse jamais 110 kilomètres de large. Quant aux cols de montagne, ils sont si étroits que la progression d'une armée se mesure en mètres plutôt qu'en kilomètres. Chaque défilé est un piège potentiel, chaque crête un point d'embuscade naturel.

L'Histoire le confirme avec une unanimité remarquable. Alexandre le Grand, le conquérant le plus accompli de l'Antiquité, ne parvint à soumettre la Perse qu'en cooptant ses élites locales, et dès sa mort, l'Iran recouvra son indépendance. Les Mongols, dernière puissance à avoir véritablement envahi le pays, durent soit déployer des dizaines de milliers de soldats en garnison permanente, soit, comme Alexandre avant eux, s'appuyer sur les structures locales. L'Empire ottoman pénétra le Zagros et poussa jusqu'à la Caspienne mais ne tenta jamais de s'aventurer dans le cœur persan. L'Empire britannique, la Russie tsariste puis soviétique : tous se heurtèrent à cette forteresse géologique et finirent par reculer. Et lors de la guerre Iran-Irak, malgré huit années de combat acharné, des centaines de milliers de morts et le soutien occidental massif à Bagdad, l'assaut mésopotamien contre le Zagros échoua. Pas une seule fois la ligne de crête ne fut franchie.

Les analystes militaires les plus sérieux estiment qu'un changement de régime par voie terrestre nécessiterait au minimum 500 000 soldats américains au sol. Et rappelons que la Turquie avait refusé l'accès à son territoire pour l'invasion de l'Irak en 2003. Elle ne l'accordera pas davantage pour l'Iran.

Alors la question qui brûle les lèvres de tout observateur lucide est la suivante : si le changement de régime n'a JAMAIS été accompli par la seule puissance aérienne, si l'invasion terrestre relève du suicide logistique, quel est exactement le plan ?

C'est ici que se situe le point de bascule philosophique de cette analyse, celui qui sépare la lecture superficielle des événements de leur compréhension profonde. Car ce que Washington et ses faucons n'ont pas intégré, ou refusent d'intégrer, c'est que la conception iranienne de la victoire est radicalement différente de la leur. Pour les États-Unis, gagner, c'est décapiter le régime, installer un pouvoir favorable, repartir en héros. C'est le scénario hollywoodien : une entrée fracassante, un climax pyrotechnique, un générique de fin. Pour l'Iran, gagner, c'est simplement survivre. Encaisser les coups, plier sans rompre, et attendre que l'adversaire s'épuise.

Et cette patience n'est pas une posture. Elle est inscrite dans l'ADN civilisationnel d'un peuple qui existe depuis plus de 2 500 ans, qui a absorbé Alexandre, les Arabes, les Mongols, les Turcs et les Britanniques, et qui est toujours là. L'Iran ne cherche pas à envoyer des missiles balistiques sur New York ou Los Angeles. Il sait qu'il ne peut vaincre les États-Unis au sens conventionnel du terme. Mais il sait aussi qu'il n'a pas besoin de le faire.

Sa stratégie est celle de l'eau qui use la pierre. Elle repose sur plusieurs leviers d'une redoutable efficacité. D'abord, la disruption énergétique : l'Iran contrôle le détroit d'Ormuz, ce goulet de 35 kilomètres de large par lequel transitent quotidiennement près de 20 millions de barils de pétrole. Si les navires restent à quai, si les installations pétrolières des monarchies du Golfe sont ciblées, l'impact sur l'économie occidentale sera infiniment plus dévastateur que n'importe quelle frappe contre Israël. Ensuite, l'exploitation du calendrier politique américain : les élections de mi-mandat, les scandales intérieurs, la fracture au sein même de la base électorale de Trump, déjà visible lorsque des figures majeures du mouvement MAGA ont qualifié ces frappes de trahison des promesses anti-guerre. Enfin, et c'est peut-être le risque le plus sous-estimé, la dimension religieuse.

Car l'Iran n'était pas seulement un État. C'était le seul État au monde où les chi*ites gouvernaient. Le Guide suprême n'était pas qu'un chef politique, il était le chef spirituel d'une communauté qui ne connaît pas de frontières. Les chi*ites représentent 60 à 65 % de la population irakienne, 60 à 70 % de celle de Bahreïn, 27 à 35 % au Liban, 20 à 25 % au Koweït, et une minorité stratégiquement concentrée près des champs pétrolifères en Arabie saoudite. Le risque d'un soulèvement chiite transrégional contre les gouvernements sun*nites alliés de Washington n'est pas une hypothèse d'école. C'est une poudrière confessionnelle que l'Irak n'avait jamais représentée.

Et puis il y a le facteur chinois, celui que personne n'ose évoquer à voix haute. La Chine est le premier importateur mondial de pétrole. Un corridor ferroviaire relie directement l'Iran à l'Empire du Milieu. Si ce corridor venait à être endommagé, si l'approvisionnement énergétique chinois était menacé, la dimension du conflit changerait radicalement de nature. On passerait d'une opération régionale à une confrontation entre puissances nucléaires. Les solutions à la crise X...

Les modèles cycliques, que j'affectionne particulièrement, nous indiquent que nous sommes dans une phase de défiance envers les institutions étatiques et de confiance relative envers le secteur privé. Les guerres menées par les États dans ces périodes ne bénéficient jamais du soutien populaire nécessaire à leur pérennité. Le Vietnam en fut l'illustration parfaite. L'Irak aussi. L'Ukraine est en train de le confirmer. L'Iran sera le point d'orgue de cette démonstration.

Comprenez bien la mécanique à l'œuvre : le Congrès américain n'a pas déclaré la guerre depuis 1941. Toutes les interventions militaires depuis lors ont contourné l'institution parlementaire. Ce qui signifie que ces guerres sont menées non pas par la volonté du peuple, mais par celle d'une poignée de stratèges dont les noms ne figurent sur aucun bulletin de vote. Et c'est précisément parce qu'ils n'ont de comptes à rendre à personne qu'ils peuvent se permettre de brûler le trésor national dans des aventures dont le coût se retrouve inscrit dans la dette publique pour des générations. Nous payons encore les intérêts des deux guerres mondiales. Qu'en sera-t-il de celle-ci ?

Il y a quelque chose de profondément dostoïevskien dans cette situation. L'hubris de l'homme qui croit pouvoir soumettre la Nature, qu'elle soit géologique ou humaine. Le Grand Inquisiteur offrait la sécurité en échange de la liberté. Les architectes de cette guerre offrent la « démocratie » en échange de la destruction. Mais comme Dostoïevski le savait, et comme l'Histoire ne cesse de le confirmer, le peuple finit toujours par rejeter les faux prophètes. La question n'est jamais de savoir si, mais quand.

Alors que nous dit la terre d'Iran à ceux qui savent écouter ? Elle dit ce que disent toutes les forteresses naturelles depuis l'aube des temps : vous pouvez frapper mes murs, mais vous ne pouvez pas les abattre. Vous pouvez tuer mes gardiens, mais d'autres prendront leur place. Vous pouvez brûler mes champs, mais la montagne ne brûle pas. L'Iran n'est pas un problème militaire. C'est un problème civilisationnel. Et les problèmes civilisationnels ne se règlent pas avec des bombes à guidage laser.

Quatre-vingt-cinq écolières seraient mortes dans les frappes du 28 février. Leurs parents accueilleront-ils les forces occidentales avec des fleurs et des confettis ? Posez-vous sincèrement la question. Car c'est dans cette question que réside la totalité de l'illusion : croire que la destruction engendre la gratitude, que la peur engendre l'obéissance, que la force engendre la paix. Tout est dans tout, et inversement. La violence semée aujourd'hui germe en haine demain, et la haine est la seule culture qui pousse aussi bien dans le désert que dans la montagne.

Je termine par une image. Imaginez un homme debout face à l'océan, les poings serrés, hurlant à la marée de reculer. L'océan ne l'entend pas. L'océan ne recule pas. L'océan n'a pas besoin de gagner. Il a juste besoin d'être là. L'Iran est cet océan. La Perse est là depuis vingt-cinq siècles. Elle sera encore là dans vingt-cinq siècles. La seule question est : combien de vies, combien de milliards, combien de libertés civiques seront sacrifiés sur l'autel de cette illusion avant que le réel ne reprenne ses droits ?

Les grandes nations ne mènent pas de guerres sans fin. Celles qui le font cessent d'être grandes.

Bien à vous

8 réponses

  • 08:47

    Et avant l'océan il y avait quoi? RIEN...
    et le Rien ne peut donner naissance à quelque chose...

    L'Iran et la Perse n'ont aucune puissance...que celle que notre esprit veut leur donner...
    Or c'est avec l'esprit que tout se crée....
    notre temps n'est pas le temps réel...


  • 09:01

    Houlala la journée commence fort !
    Si tôt dans la journée ???


  • 09:06

    https://www.youtube.com/watch?v=YkiHO_s8UPs


  • 09:15

    Ce qui mettra a terre ce régime a pour nom l'eau,l'Iran fait face a un déficit hydrique qui entraineras l'effondrement de ce régime.Mais se sera sur un temps long.


  • 09:18

    Pourquoi l'Iran fait-il partie de l'axe communiste international. Les états communistes ont compris qu'ils n'allaient pas introduite les sociétés occidentales avec la doctrine communiste. En adossant l'Iran , un vecteur d'entrée plus insidieux s'ouvre à eux : la religion. peu importe que cette religion ne soit pas "d'état" dans les pays communistes, la religion musulmane ouvre le champs des possibles avec la forte immigration des pays concernés. Il faut être aveugle pour ne pas se rendre compte que ce changement a lieu en France comme partout en Europe avec des partis de gauche qui soutiennent implicitement et/ou ouvertement l'IRAN et reconnaissent la palestine.


  • 09:20

    dis donc, ça efface bien sur ta file, difficile d'aborder une thèse contradictoire dans ces conditions, si mon exposé n'est pas conforme celui de symph0 ne l'est pas davantage


  • 09:23

    je disais donc, que symph0 décrit les EU comme les méchants impérialistes qui ne comprennent rien à rien. Quand moi j'y vois un impérialisme des temps modernes de la part de Chine CDN Iran Russie qui a décider d'étendre son influence avec le vecteur religieux


  • 09:31

    Hyphnos
    09:23
    je disais donc, que symph0 décrit les EU comme les méchants impérialistes qui ne comprennent rien à rien. Quand moi j'y vois un impérialisme des temps modernes de la part de Chine CDN Iran Russie qui a décider d'étendre son influence avec le vecteur religieux



    @Hyphnos La Chine a obtenue que l'Iran laisse passer son pétrole.....
    ils ne disent rien mais ils agissent


Signaler le message

Fermer

Qui a recommandé ce message ?

Fermer
Retour au sujet CAC 40

8 réponses

Mes listes

Cette liste ne contient aucune valeur.
Chargement...