Bonjour à tous !
I/ Arrêtez de poser la mauvaise question
"Mais enfin, c'est absurde ! Les actions montent alors que l'économie va mal !"
Combien de fois ai-je lu cette complainte ? Cette question révèle une incompréhension fondamentale des mécanismes qui gouvernent les marchés depuis quarante ans.
Reformulons : où les capitaux vont-ils se réfugier quand la peur s'installe ?
La réponse a radicalement changé. Et c'est ce changement que nos commentateurs semblent incapables d'intégrer.
II/ Le monde d'avant : 1987 ou la belle époque des obligations d'état
Le 19 octobre 1987, "Black Monday", le Dow Jones chute de 22,6% en une séance. Que font les investisseurs ? Ils se ruent sur les obligations du Trésor américain.
Résultat : le marché obligataire gagne 8% en une semaine. Les rendements à 2 ans chutent de 117 points de base en trois jours. Réaction pavlovienne : "Les actions baissent ? Direction les obligations d'État !"
C'était la vague de confiance dans le public, une ère où les gouvernements étaient perçus comme des ancres de stabilité.
III/ Le basculement : Quand l'état devient le problème
La dette souveraine de l'OCDE a triplé depuis 2007, dépassant 100 000 milliards de dollars. Les gouvernements empruntent 25 000 milliards par an contre 9 000 avant 2008. Les intérêts sur la dette US dépassent le budget de la défense. En 2024, le service de la dette atteint 3,3% du PIB dans les pays développés.
Et 45% de cette dette arrive à maturité d'ici 2027, à refinancer à des taux bien plus élevés.
Résultat : les obligations d'État ne sont plus des actifs "sans risque". Un papier présenté à Jackson Hole en 2024 l'a formalisé : les investisseurs traitent maintenant les bons du Trésor comme de la dette corporate.
IV/ La preuve par les faits : avril 2025
Lors de la correction d'avril 2025, les investisseurs ont d'abord acheté des obligations. Le rendement à 10 ans tombe à 3,86% le 4 avril.
Mais ensuite, le marché obligataire a décroché à son tour. Le rendement à 10 ans bondit à 4,5% le 9 avril. Le 30 ans fait +54 points de base en trois jours, sa plus forte hausse depuis 1982.
Pour la première fois, actions ET obligations chutaient simultanément. Les investisseurs fuyaient les deux pour aller vers l'or (records au-dessus de 3 200$) et, une fois la poussière retombée, vers les actions d'entreprises solides.
V/ L'Allemagne : le cas d'école
Le DAX franchit les 25 000 points en janvier 2026, après 34 records en 2025. Pendant ce temps, l'économie allemande s'est contractée de 0,2% en 2024.
Explication : les profits du DAX n'ont augmenté que de 4%. Mais les investisseurs sont prêts à payer plus cher pour détenir des actifs privés plutôt que de la dette publique. Le PER du DAX passe de 11 début 2024 à 15 mi-2025.
VI/ La logique des flux de capitaux
1987-2008 : Vague de Confiance dans le Public
* États perçus comme solvables
* En cas de tension, les capitaux fuient les actions vers les obligations
* Les actions baissent, les obligations montent
2008-Aujourd'hui : Vague de Confiance dans le Privé
* États surendettés, promesses de remboursement douteuses
* Banques centrales se retirent de l'obligataire (de 29% en 2021 à 19% en 2024)
* En cas de tension, les capitaux fuient les obligations vers les actions
* Les obligations stagnent, les actions montent
C'est mathématique : 100 000 milliards de dette souveraine douteuse d'un côté, des entreprises générant des profits réels de l'autre. Où placez-vous votre argent ?
VII/ Non, ce n'est pas une bulle irrationnelle
En 1999, les rendements obligataires à 10 ans tournaient autour de 6,5-7,25%. Les investisseurs avaient une vraie alternative aux actions.
Aujourd'hui ? Les rendements réels sont à peine positifs, voire négatifs. Le risque de restructuration de dette n'a jamais été aussi élevé depuis l'après-guerre.
Le PER du S&P 500 à 25 semble élevé. Mais comparé à quoi ? À des obligations dont 45% doivent être refinancées d'ici 2027 à des taux punitifs ?
Les actions ne sont pas "chères" dans l'absolu. Elles sont simplement moins risquées que l'alternative.
VIII/ Ce que cela signifie
Si vous comprenez ce mécanisme, vous comprenez pourquoi :
1- Les marchés actions peuvent monter même si la croissance ralentit
2- Une récession ne signifie plus automatiquement une chute boursière
3- Les obligations d'État ne sont plus le refuge qu'elles étaient
4- La corrélation traditionnelle actions/obligations s'est brisée
Les flux vers les ETF en 2025 ont battu tous les records : 1 500 milliards aux USA. Les investisseurs votent avec leur argent.
IX/ Conclusion
La vraie question n'est pas : "Pourquoi les actions montent-elles ?"
La vraie question est : "Où d'autre voulez-vous que les capitaux aillent ?"
Dans un monde où les États sont surendettés et où la dette souveraine n'est plus "sans risque", les entreprises privées rentables deviennent le dernier refuge de la valeur.
La confiance a basculé du public vers le privé. Et tant que les gouvernements continueront à emprunter sans limite, cette tendance perdurera.
Les marchés ne mentent pas. Ils vous disent simplement où se trouve désormais la confiance... Alors écoutez-les !
Bien à vous