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CAC 40 : De la souris Algernon...

31 janv. 2026 14:31

Bonjour à tous !

On vous a menti. On vous a vendu ce roman comme une gentille fable de science-fiction sur un déficient mental qui devient génial. Rangez vos mouchoirs et vos bons sentiments. "Des fleurs pour Algernon" est une machine de guerre philosophique, un dispositif de torture intellectuelle d'une précision chirurgicale. Et le monde littéraire, dans son infinie médiocrité, a décidé de l'ignorer.

Daniel Keyes a accompli l'impossible : transformer une souris de laboratoire en Cassandre. Algernon n'est pas un personnage secondaire, encore moins un accessoire narratif attendrissant. Elle est le prophète silencieux, l'oracle à quatre pattes dont chaque frémissement annonce l'apocalypse à venir. Et Charlie Gordon, ce pauvre Charlie propulsé vers les sommets de l'intelligence humaine, ne peut que contempler son propre destin se dérouler sous ses yeux dans le pelage blanc de ce petit rongeur.

Voilà où réside le génie vertigineux de cette œuvre scandaleusement sous-estimée. La tragédie grecque classique repose sur l'ignorance du héros. Œdipe ne sait pas qu'il a tué son père. Antigone ne mesure pas les conséquences de son geste. Mais Charlie, lui, sait. Il observe Algernon échouer dans le labyrinthe qu'elle maîtrisait jadis et comprend, avec une lucidité atroce, que chaque étape franchie par l'animal est une prophétie écrite dans sa propre chair. Le labyrinthe qu'Algernon ne parvient plus à résoudre aujourd'hui, Charlie échouera à le traverser demain. Deux courbes identiques, décalées dans le temps. L'une annonce l'autre. Le miroir précède le reflet.

Keyes a comprimé toute la terreur de la prescience dans ce dispositif narratif d'une élégance monstrueuse. Car qu'y a-t-il de plus cruel que de voir venir sa propre chute ? Que de posséder suffisamment d'intelligence pour comprendre qu'on est en train de la perdre ? Charlie devient le spectateur impuissant de sa future déchéance, condamné à regarder Algernon tracer le chemin qu'il empruntera inexorablement.

Et nous, lecteurs, que faisons-nous ? Nous observons Charlie observer Algernon. Mise en abyme vertigineuse ! Nous sommes le troisième miroir dans cette galerie des glaces existentielle. Car ne sommes-nous pas tous, à notre échelle, des Charlie en puissance ? Ne voyons-nous pas autour de nous les signes avant-coureurs de notre propre déclin sans pouvoir y échapper ?

Lorsque Charlie demande qu'on mette des fleurs sur la tombe d'Algernon, il ne pleure pas une souris. Il fait le deuil anticipé de lui-même. Il enterre sa propre lumière avant qu'elle ne s'éteigne. Geste d'une beauté déchirante, testament d'un homme qui a touché les étoiles et sait qu'il retournera bientôt ramper dans la poussière.

Alors pourquoi ce chef-d'œuvre croupit-il dans l'oubli relatif des rayonnages « science-fiction » ? Parce qu'il dérange. Parce qu'il nous tend un miroir que nous refusons de regarder. Parce que la société préfère ses génies arrogants à ses prophètes lucides.
Lisez ce livre. Puis observez Algernon courir dans son labyrinthe. Et tremblez en réalisant que vous aussi, vous êtes dans le vôtre...

Bien à vous

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