« Au cas où Trump se réveillerait avec une nouvelle idée… » : l’or dépasse les 5 000 dollars pour la première fois
L’or a dépassé dimanche la barre des 5 000 dollars pour la première fois de son histoire, profitant de son statut de valeur refuge face aux incertitudes géopolitiques, commerciales et monétaires suscitées par la présidence de Donald Trump. Le prix du métal jaune, stimulé par l’affaiblissement du dollar, progresse sans discontinuer depuis deux ans : l’once (31,1 g) valait un peu plus de 2 000 dollars en janvier 2024. Au milieu de la nuit, le métal jaune grimpait de 0,93 %, à 5 029,39 dollars l’once. Après s’être hissé à 5 111,07 dollars l’once, il s’achetait à 13h20, heure française, à 5 092,18 dollars (soit 4300,85 euros) l’once. « Nous prévoyons désormais que l’or atteindra 6 000 dollars l’once d’ici la fin de l’année, étant entendu qu’il s’agit probablement d’une estimation prudente et que le prix pourrait bien augmenter », ont déclaré les analystes de la Société Générale à l’agence Reuters. L’or a progressé d’environ 64 % en 2025, soit sa plus forte hausse annuelle depuis 1979, et de 18 % depuis le 1er janvier. Cette progression récente a été soutenue par les tensions autour du Groenland, dont le président américain a dit vouloir s’emparer, menaçant ses alliés européens de taxes douanières en cas d’opposition, avant de reculer. Le relatif apaisement cette semaine au Forum économique mondial de Davos (Suisse) n’a pas stoppé l’ascension de l’or. Les cours restent aussi sensibles aux évolutions géopolitiques en Ukraine, à Gaza ou en Iran. Les revirements fréquents de l’administration américaine créent un climat d’incertitude aux États-Unis, détournant les investisseurs du dollar et des obligations d’État, habituellement considérés comme des valeurs refuges concurrentes de l’or. Les investisseurs sont « réticents à abandonner » le précieux métal, « au cas où Donald Trump se réveillerait avec une nouvelle idée controversée », explique Dan Coatsworth, analyste chez AJ Bell. Les pressions et critiques du locataire de la Maison Blanche contre la Réserve fédérale (Fed) et son président, Jerome Powell, pour qu’ils abaissent davantage les taux directeurs américains renforcent ces réticences et alimentent la crainte d’une « Fed sous influence », ajoute Stephen Innes, de SPI Asset Management. L’argent également poussé à la hausse Jerome Powell a récemment révélé que le ministère de la Justice avait ouvert une procédure à son encontre, pouvant conduire à des poursuites pénales. Le patron de la banque centrale a dénoncé sans détour une tentative d’intimider l’institution parce qu’elle ne suit pas « les préconisations du président ».
Mais selon Neil Wilson, de Saxo Markets, « un facteur beaucoup plus important » soutient le cours de l’or ces derniers mois : « la dépréciation des devises et l’augmentation du niveau d’endettement » des États, « qui se traduisent par une soif insatiable » d’« actifs tangibles », attachés à une valeur concrète. En d’autres termes, les investisseurs cherchent à sécuriser leur patrimoine en se tournant vers des actifs réels, comme l’or, capables de préserver leur valeur sur le long terme. D’autres métaux précieux suivent l’envolée de l’or ces derniers mois, dont l’argent, qui a plus que doublé en valeur depuis octobre 2025. Également poussé par la demande industrielle dans le solaire et l’électronique, le métal argenté a dépassé pour la première fois les 100 dollars l’once vendredi. Dimanche, il atteignait comme l’or un niveau jamais vu. Il a atteint un niveau record dans la matinée à 110,1287 dollars l’once. Le prix de l’argent s’emballe en pleine euphorie spéculative, porté par « la peur de rater une opportunité », ou « FOMO » en anglais, mais aussi par « des rumeurs de pénurie d’approvisionnement », constate David Morrison, analyste chez Trade Nation. Les sociétés minières portées en bourse Portées par ces prix historiques, les actions des sociétés d’extraction ont bondi dans les échanges avant l’ouverture des Bourses ce lundi. Barrick Mining, Agnico Eagle Mines, Kinross Gold, Hecla Mining ou Coeur Mining ont vu leur titre bondir de 4 à 6,4 %, tandis que, pour l’argent, ceux d’Endeavour Silver, Silvercorp Metal ou Wheaton Precious Metals, gagnaient entre 4,3 % et près de 6 %.