Bonjour à tous,
Voici pour votre plus grand bonheur mon edito du jour !
I. Le symptôme révélateur
Il aura suffi d'un décret, d'une signature présidentielle apposée dans l'encre encore fraîche de ce mois de janvier, pour que s'effondre un pilier vieux de soixante-seize ans. Les États-Unis viennent de se retirer de l'Organisation Mondiale de la Santé. À première vue, une querelle budgétaire : 1,3 milliard de dollars annuels évaporés des caisses de Genève. Mais réduire ce séisme institutionnel à une affaire comptable serait confondre le thermomètre avec la fièvre.
Car la question qui brûle les lèvres de quiconque observe ce retrait dépasse de loin les colonnes de chiffres : peut-on déléguer des pouvoirs d'urgence à des bureaucrates que personne n'a élus ? Peut-on confier à des technocrates apatrides le soin de décréter quand nous devons nous confiner, nous inoculer, nous taire ? Ce n'est pas une bataille de contributions qui se joue ici. C'est un conflit de légitimité, celui qui oppose le demos incarné aux spectres administratifs de la gouvernance mondiale.
II. Le contrat social trahi
Remontons aux sources, là où les philosophes ont creusé les fondations de notre vivre-ensemble. Locke l'énonçait avec la clarté des Lumières naissantes : tout pouvoir légitime émane du consentement des gouvernés. Rousseau renchérissait : la volonté générale ne se délègue point, elle s'exprime ou elle meurt. Ces penseurs avaient compris que la souveraineté populaire est comme l'eau vive. Elle ne supporte pas d'être mise en bouteille trop longtemps sans perdre sa pureté.
Il existe un principe oublié, enseveli sous les strates de la complexification administrative : la subsidiarité. Les décisions doivent être prises au niveau le plus proche des citoyens concernés, là où le regard peut encore croiser celui du décideur, là où la sanction du vote conserve sa morsure. L'architecture post-1945 reposait sur un compromis tacite : nous vous concédons une délégation technique (coordonner, recommander, alerter) en échange de quoi vous respectez les frontières sacrées de la souveraineté nationale. Le mandataire ne devait jamais se prendre pour le mandant.
Ce pacte a volé en éclats.
III. La dérive technocratique
Comment en sommes-nous arrivés là ? Par le glissement imperceptible des missions, cette tectonique lente qui transforme les organes de coordination en officines de prescription. L'OMS fut créée pour harmoniser les standards sanitaires, partager les données épidémiologiques, coordonner les réponses aux fléaux traversant les frontières. Noble dessein. Mais la créature a grandi au-delà de son berceau.
Le projet de traité pandémique cristallise cette hubris. Des pouvoirs d'urgence permanents, inscrits dans le marbre d'un accord international, sans contrôle parlementaire national, sans mécanisme de révocation populaire. L'urgence érigée en mode de gouvernance pérenne. Carl Schmitt, le juriste sulfureux dont la lucidité glaçante éclaire les zones d'ombre du pouvoir, l'avait prophétisé : « Est souverain celui qui décide de l'état d'exception. » Or que proposent les architectes de Genève, sinon de s'arroger cette prérogative régalienne entre toutes, celle de décréter l'exception, de suspendre la normalité, de commander aux nations au nom d'une expertise autoproclamée ?
L'argument de l'urgence est le plus vieux cheval de Troie de l'histoire politique. Au nom de la peste, on a brûlé des quartiers entiers. Au nom du terrorisme, on a éventré les libertés civiles. Au nom d'un virus à la létalité finalement comparable à une grippe sévère, on a confiné des populations entières, détruit des tissus économiques, fracturé des liens sociaux dont certains ne se remettront jamais.
IV. L'impossible équation
Voici la thèse centrale, aussi tranchante qu'incontournable : la technocratie supranationale et la démocratie représentative sont logiquement incompatibles. Non pas difficiles à concilier. Incompatibles.
Pourquoi ? D'abord parce qu'il n'existe pas de demos mondial, pas de peuple planétaire conscient de lui-même, partageant une histoire commune, un récit fondateur, une langue du cœur. La démocratie présuppose un « nous » qui délibère sur son destin. Or ce « nous » s'arrête aux frontières de l'expérience partagée. Ensuite parce qu'aucun mécanisme de sanction électorale ne permet de congédier les mandarins de Genève. On ne peut pas « voter contre » Tedros Adhanom Ghebreyesus, cet homme qui n'est même pas médecin et qui préside pourtant aux destinées sanitaires de l'humanité. Enfin parce que l'asymétrie informationnelle transforme l'expertise en bouclier d'impunité. Critiquer l'OMS, c'est devenir « anti-science », comme si la science elle-même n'était pas, par essence, un processus de remise en question perpétuelle.
Le piège rhétorique se referme : contester la bureaucratie sanitaire mondiale, c'est vouloir la mort des enfants. Questionner les vaccins expérimentaux, c'est rejoindre les rangs de l'obscurantisme. Cette disqualification préalable de toute critique constitue le symptôme le plus alarmant de la dérive. Quand le pouvoir n'a plus besoin de se justifier, quand il lui suffit de pathologiser ses contradicteurs, nous avons quitté le terrain de la délibération démocratique pour entrer dans celui de la domination douce.
V. La fausse alternative
Les globalistes brandissent leur épouvantail favori : « Sans coordination mondiale, les pandémies nous décimeront ! » L'argument a l'apparence du bon sens. Il s'effondre pourtant à l'épreuve des faits.
Taïwan a ignoré les recommandations initiales de l'OMS, celles qui minimisaient la transmission interhumaine du virus, celles qui déconseillaient la fermeture des frontières avec la Chine, celles qui tardèrent à qualifier la pandémie. Résultat ? L'île a traversé la tempête avec une fraction des pertes subies par les pays « obéissants ». La Suède a refusé le confinement généralisé. Son bilan final ne diffère guère de celui de ses voisins disciplinés, mais son tissu social et économique est sorti moins meurtri.
Il y a dans ces exemples une leçon que les ingénieurs de systèmes connaissent bien : la redondance engendre la résilience. Des approches décentralisées, concurrentes, adaptées aux réalités locales, peuvent se révéler plus robustes qu'une autorité centrale unique dictant des protocoles uniformes. Quand un nœud du réseau défaille, les autres continuent de fonctionner. Quand l'oracle central se trompe, c'est l'humanité entière qui trébuche.
VI. Vers quelle alternative ?
Le retrait américain ouvre une brèche. Dans cette brèche, des formes nouvelles de coopération sanitaire peuvent s'engouffrer. Le bilatéralisme retrouvé, soit des accords entre nations souveraines, négociés d'égal à égal, résiliables si l'une des parties faillit à ses engagements. La subsidiarité restaurée, soit des organisations régionales (le CDC africain, l'Organisation Panaméricaine de la Santé) plus proches des réalités de terrain, plus sensibles aux spécificités culturelles et épidémiologiques.
Coopérer sans abdiquer. Coordonner sans s'asservir. Partager l'expertise sans renoncer à la décision souveraine. Ce chemin est plus escarpé que l'autoroute du globalisme technocratique. Il exige des peuples qu'ils assument le poids de leur liberté plutôt que de le déléguer à des tuteurs bienveillants.
Tocqueville avait anticipé ce choix il y a près de deux siècles. Il décrivait un « pouvoir immense et tutélaire » qui veillerait à notre bonheur, pourvu que nous acceptions d'en être les enfants perpétuels. Hayek traçait la « route de la servitude » pavée des meilleures intentions planificatrices. Huxley voyait dans l'individualisme non pas un vice à éradiquer mais la source même de l'innovation et de la liberté.
Conclusion
La question finale reste ouverte, suspendue au-dessus de nos têtes comme l'épée de Damoclès des choix civilisationnels : sommes-nous prêts à assumer le coût de notre liberté (l'incertitude, la responsabilité, le risque de l'erreur locale) ou préférons-nous la sécurité promise par des tuteurs non-élus, ces vizirs d'un empire sans empereur qui prétendent régir nos corps au nom d'une santé publique décrétée d'en haut ?
L'eau peut prendre toutes les formes, mais elle ne coule jamais vers le haut. Les peuples, tôt ou tard, réclament ce qui leur appartient. Le retrait américain n'est peut-être que le premier craquement d'une banquise que l'on croyait éternelle.
Bien à vous