Le négativisme ambiant
Sans s’attarder des heures sur les raisons de la baisse d’hier qui – si tout va bien restera cosmétique – il faut quand même se souvenir que les intervenants se posent des questions sur les valorisations de la techno depuis deux semaines, que des grands noms de la finances ont officiellement annoncé qu’ils vendaient tout le secteur et en plus de tout ça, on commence à se demander si les taux vont baisser en décembre, comme on l’a prévu depuis la fin de l’été. Cette probable baisse des taux reste probable à 50%. En gros la réunion de la FED se jouera à pile ou face. Hier il y avait des membres de la FED qui parlaient et qui semblaient plutôt en faveur d’une baisse. Articulant leur argumentaire sur le fait que « si le marché de l’emploi est vraiment aussi mer°dique qu’on le dit, l’inflation devrait se calmer d’elle-même – et donc, il n’y a pas de problème à baisser les taux. La réflexion est logique, d’autant que la Maison Blanche est en train de couper les tarifs douaniers sur les biens de première nécessité pour contrer la grogne des Américains et l’inflation.
On va donc dire que si tout va bien, Nvidia va publier des chiffres en ligne et que l’on n’aura pas trop peur de l’avenir et que, de l’autre côté, les taux vont baisser, ce qui devrait aider le marché. C’est un peu le scénario que nous sommes en droit d’attendre. Pourtant, le négativisme ambiant reste tout de même très fort. Les indicateurs montrent que les gens ont peur – ce qui est souvent présenté comme un signal d’achat – et il ne se passe pas un jour sans qu’on nous montre des chiffres qui font froid dans le dos ou que l’on aborde le sujet du Private Credit qui semble être devenu un axe d’investissement très à la mode. Et en même temps, un axe d’investissement qui fait très peur et qui s’est peut-être un peu trop démocratisé. Et encore, je vous passe le marché immobilier qui semble prêt à se casser la gue°ule et le niveau d’endettement des investisseurs qui est à des niveaux historiques.
Équilibre instable
Ce matin du 18 novembre les marchés sont dans une situation que l’on va qualifier d’équilibre instable. Loin de moi l’idée d’être négatif, je suis parfaitement conscient qu’il suffit que Nvidia pulvérise les attentes demain et le discours sera différent, mais il est vrai que lorsque l’on sonde le marché dans son ensemble, il est facile d’entendre et de trouver des discours qui préviennent que ça va pas bien se passer. Mais attention, ça ne veut pas dire que dès demain, il faut tout vendre, se mettre short et acheter des puts dans tous les sens, vous n’êtes pas Michael Burry, mais en revanche ça veut dire que tout est cher, que les niveaux de valorisations sont élevés et que, lorsque l’on regarde certains indices sectoriels, ça commence à craquer – mais comme c’est moins « populaire » que l’IA, on n’y prend pas garde.
Pour faire simple, à l’heure actuelle, il faut savoir raison garder, et être conscient qu’il peut se passer quelque chose à tout moment qui aurait le pouvoir de changer la donne. Peut-être pas aujourd’hui, ni demain, mais je crois qu’il est important de varier l’intensité du mode ultra-bullish-forever et passer en mode méfiance. Les rotations de secteur qui sont en cours actuellement, démontrent clairement que la fonction « risk on» a été mise sur pause momentanément. La journée d’hier aura donc été une journée de test, histoire de voir si les marchés sont capables de rester calmes, même si les signaux d’alerte se multiplient et les deux prochaines séances vont faire monter l’intensité et jeudi soir, on y verra plus clair. On sera pas forcément de bonne humeur, mais on y verra plus clair.
En Asie
Ce matin en Asie on s’est pas levé du bon pied, plus précisément en mode : « et si Wall Street nous claquait dans les mains ?” Les traders ont balancé la tech comme si Nvidia allait annoncer l’apocalypse demain. Le Nikkei plonge de 3%, Hg Kg recule de 1.5% et la Chine abandonne 0.5%. Au Japon, on a les obligations d’État qui s’effondrent, les rendements qui explosent, et tout le monde se demande comment Takaichi va financer son plan de dépenses XXL sans vendre un rein. Le 30 ans japonais tutoie les records, le 20 ans aussi — ça sent la panique chez les porteurs de JGB qui découvrent le risque comme un touriste découvre le wasabi en trop grosse quantité. Et comme si ça ne suffisait pas, l’économie nippone s’est contractée au troisième trimestre… ce qui pousse Tokyo à envisager encore plus de dépenses et même des baisses d’impôts.
Résultat : confiance en baisse, dette qui inquiète, et un marché qui se demande si c’est bien raisonnable de financer du key°nésia°nisme à crédit façon open bar. La tech asiatique se fait cisailler dans tous les sens, le Kospi en plongée avec les fabricants de semi’s en panique pour demain et Softbank. Alors Softbank, eux, depuis le début du mois, c’est le bain de sang. 31% de baisse depuis qu’ils ont vendu Nvidia et signé un contrat avec OpenAI…et ce matin c’est 7,5% de plus à la baisse. Le pétrole est à 59.42$, on s’accroche et l’or est en plongée à 4’010$. C’est marrant parce que ce truc qui est censé être une valeur refuge, est en train de baisser comme le Bitcoin, un jour faudra quand même qu’on m’explique le rationnel. Le Bitcoin justement, parlons-en… Il a cassé les 90’000$ à la baisse et franchement, c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres. Et pour terminer, le rendement du 10 ans est à 4.11%.