Les Échos ce vendredi en fin de journée : Alors qu'à la fin du premier semestre, l'action Air Liquide figurait dans la première moitié du tableau des meilleurs scores du Cac 40 après avoir atteint un record historique à 187,12 €, le 16 mai, la fin d'année est nettement plus difficile. Sur six mois, le titre pointe au 35 éme rang de l'indice avec un repli d'un peu plus de 10 %.
Baytown mis en pause
Entamé depuis la fin de l'été, le recul s'est encore accentué ces dernières semaines, notamment après l'annonce par ExxonMobil de la mise en pause de son grand projet de production d'hydrogène bas carbone à Baytown, au Texas, à cause d'une insuffisance de clients potentiels. Or, Air Liquide devait engager 850 millions de dollars, soit le plus gros investissement industriel de son histoire, pour construire une plateforme destinée à alimenter en oxygène bas carbone le pétrolier américain. 275 millions de dollars avaient même été déjà débloqués.
«Nous sommes toujours très prudents dans les termes de nos contrats. Le coût est totalement couvert par le client. L'impact sera nul sur le compte de résultat», rassure François Jackow, le directeur général du groupe, qui précise que le projet n'est pas abandonné et qu'il pourrait redémarrer si le gouvernement japonais, qui a lancé un appel d'offre pour importer de l'ammoniac bas carbone destiné à diminuer les émissions de CO2 de ses centrales électriques, choisissait de se fournir chez ExxonMobil. Le verdict est attendu à la fin du mois de mars.
Carnet de commande toujours rempli
Toutefois ce projet texan pesait lourd dans le portefeuille d'opportunités d'investissement d'Air Liquide et il est probable qu'il devra en être sorti, sauf évolution favorable du dossier dans les prochaines semaines.
«Nous avons un pipeline de projets très rempli dans la transition énergétique, même si c'est en légère baisse et, dans l'électronique où nous profitons de notre position de leader sur un marché dynamique. Nous enregistrons également la progression de contrats plus traditionnels dans la grande industrie », explique François Jackow, qui vante «la diversification géographique et sectorielle d'Air Liquide, plus que jamais essentielle dans le contexte actuel».
Ainsi, dans la décarbonation, si les Etats-Unis appuient sur le frein, la Chine accélère et l'Europe continue sur sa lancée avec de nouvelles réglementations imposant de l'hydrogène bas carbone pour le raffinage et le captage du CO2 dans la production cimentière. Outre-Atlantique, si la transition énergétique n'est plus une priorité du pays, d'autres débouchés prennent le relais. «Nous commençons à voir des projets d'investissement dans le cadre de la relocalisation d'industries manufacturières, dans la sidérurgie, les matériaux de base. Un nouveau marché est également en train d'émerger pour le refroidissement des câbles supraconducteurs qui alimentent les data centers».
Dans ce contexte comment expliquer cette mauvaise passe boursière? «Après la publication du troisième trimestre, l'objectif de cours des analystes a atteint un record historique à 197 € et, sur 20 analystes qui suivent la valeur, 16 sont à l'achat, 2 conseillent de conserver et 2 sont à la vente. Il y a donc une vraie déconnexion entre le cours de Bourse et la perception des professionnels qui nous suivent», souligne le directeur général.
Désaffection sectorielle
Une explication pourrait être à chercher du côté d'une désaffection sectorielle. Si Air Liquide affiche une petite hausse de 1,8% depuis le début de l'année, ses deux grands concurrents sont encore moins bien lotis. L'américain Air Products recule de 14,5% et, si Linde est stable depuis le début de l'année, son cours a plongé de 19% entre septembre et début décembre avant de reprendre du poil de la bête ces derniers jours. «Air Liquide est une valeur défensive mais aussi une valeur de rebond.», que l'activité frémira aux Etats-Unis, qui est son premier marché, le groupe en profitera immédiatement en utilisant mieux sa base installée.
Reste aussi que, historiquement, l'action Air Liquide fait mieux que le Cac 40 quand les marchés sont difficiles. A l'inverse, quand l'indice dépasse les 7-8% de hausse, ce qui est le cas cette année, le titre a du mal à tenir la cadence, par exemple en 2021, il n'avait progressé que de 14,2%, contre 28,9% pour le marché. Enfin avec un PER 2025 de plus de 28 fois en mai quand l'action était à son zénith, la société était devenue une valeur chère. C'est moins le cas aujourd'hui.