par Karen Freifeld
Le gouvernement américain prévoit de dévoiler le mois prochain une nouvelle réglementation qui élargira les pouvoirs des États-Unis à freiner les exportations d'équipements de fabrication de semiconducteurs de certains pays étrangers vers des fabricants chinois de puces, selon deux sources au fait du dossier.
Toutefois, les expéditions en provenance des pays partenaires qui exportent des équipements essentiels à la fabrication de semiconducteurs - notamment le Japon, les Pays-Bas et la Corée du Sud - seront exclues, ce qui limitera l'impact de la mesure, ont déclaré les sources, qui n'ont pas été autorisées à parler aux médias et n'ont pas souhaité être identifiées.
Par conséquent, les fabricants d'équipements de semi-conducteurs tels que ASML ASML.AS et Tokyo Electron
8035.T ne seront pas affectés par les nouvelles règles.
Les actions de ces deux groupes ont fortement augmenté après le rapport de Reuters. ASML ASML.AS prend plus de 6% à Amsterdam vers 08h25 GMT, tandis que ses pairs ASMI ASMI.AS et BE Semiconductors BESI.AS gagnent entre 3% et 4,4%.
Les actions de Tokyo Electron ont clôturé en hausse de 7,41%.
Cette nouvelle réglementation serait une extension de la règle relative aux produits étrangers directs, qui stipule que si un produit est fabriqué à l'aide de la technologie américaine, le gouvernement a le pouvoir d'empêcher son exportation, même dans le cas de produits fabriqués dans un pays étranger.
Selon une des sources, la mesure interdirait à une demi-douzaine d'usine chinoises de recevoir des exportations de nombreux pays.
Israël, Taïwan, Singapour et la Malaisie figurent parmi les pays dont les exportations seraient affectées par la nouvelle réglementation.
Reuters n'a pas pu déterminer quelles entreprises chinoises seraient touchées.
Un porte-parole du département américain du Commerce, chargé de superviser les contrôles à l'exportation, s'est refusé à tout commentaire.
PRESSION SUR UNE INDUSTRIE EN PLEIN ESSOR
Les États-Unis ont imposé des contrôles à l'exportation sur les semiconducteurs et les équipements utilisées dans leur fabrication vers la Chine en 2022 et 2023, dans le but d'entraver les progrès en matière de supercalculateurs et d'intelligence artificielle qui pourraient profiter notamment à l'armée chinoise.
La règle renforcée reflète la volonté de Washington de maintenir la pression sur cette industrie chinoise en plein essor, sans pour autant contrarier ses partenaires commerciaux.
La réglementation relative aux produits étrangers directs est utilisée depuis plusieurs années pour cibler le géant chinois de la technologie Huawei et l'empêcher d'utiliser des technologies étrangères pour produire ses puces.
Une autre partie de ce dernier paquet de mesures réduira le seuil de la part de contenu d'origine américaine déterminant quand les biens étrangers doivent être contrôlés, ont déclaré les sources, ajoutant que cela comble une lacune dans la règle.
Un équipement, par exemple, pourrait être désigné comme relevant des contrôles à l'exportation simplement parce qu'une puce contenant une technologie américaine y est incorporée, ont-elles déclaré.
Les États-Unis prévoient également d'ajouter environ 120 entités chinoises à leur liste de commerce restreint, qui comprendra une demi-douzaine d'usines de fabrication de semiconducteurs, ainsi que des fabricants d'outils, des fournisseurs de logiciels d'automatisation de la conception électronique et des entreprises connexes.
La nouvelle règle envisagée n'est qu'à l'état de projet et pourrait être modifiée, mais l'objectif est de la publier sous une forme ou une autre le mois prochain, ont indiqué les sources.
Outre le Japon, les Pays-Bas et la Corée du Sud, le projet de règle exempte plus de 30 autres pays.
"L'efficacité des contrôles à l'exportation repose sur l'adhésion multilatérale", a déclaré un autre responsable américain qui n'a pas souhaité être identifié. "Nous travaillons continuellement avec des pays aux vues similaires pour atteindre nos objectifs communs en matière de sécurité nationale", a-t-il dit.
(Reportage Karen Freifeld, avec la contribution d'Alexandra Alper à Washington ; version française Diana Mandiá, édité par Augustin Turpin)

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