par Timothy Gardner
Les Etats-Unis et l'Arabie saoudite ont conclu un accord dans le domaine du nucléaire civil, qui permettra au royaume saoudien d'enrichir de l'uranium et de construire des réacteurs nucléaires à l'aide de la technologie américaine sans avoir à se soumettre à d'éventuelles inspections inopinées de la part de l'Agence internationale de l'Energie atomique (AIEA).
Les deux pays négocient un tel accord depuis des années, dès le premier mandat de Donald Trump à la Maison blanche puis encore avec son successeur Joe Biden à la présidence des Etats-Unis.
Sa conclusion a toutefois été freinée notamment par les inquiétudes en termes de prolifération nucléaire, certaines organisations craignant que cela ne permette à terme à l'Arabie saoudite de se doter de l'arme atomique.
Contrairement au projet étudié sous le démocrate Joe Biden, l'accord conclu par l'administration républicaine de Donald Trump n'impose pas à l'Arabie saoudite de signer le "protocole additionnel" de l'AIEA permettant à l'agence onusienne d'effectuer des inspections inopinées sur des sites non déclarés comme relevant d'une activité nucléaire. L'objectif de ce protocole est de dissuader un pays de développer un programme nucléaire militaire clandestin.
Depuis que le prince héritier Mohammed ben Salmane dirige de fait le royaume, il a maintes fois déclaré que l'Arabie saoudite développerait un arsenal nucléaire si l'Iran, son rival régional, le faisait.
L'Iran a souscrit à ce protocole additionnel dans le cadre de l'accord de 2015 conclu avec les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'Onu et l'Allemagne pour encadrer son programme nucléaire en échange de la levée de sanctions internationales. Donald Trump a cependant retiré les Etats-Unis de cet accord au cours de son premier mandat, en 2018, et l'Iran a cessé de respecter le protocole additionnel cinq ans plus tard.
L'accord conclu entre les Etats-Unis et l'Arabie saoudite doit permettre à cette dernière d'enrichir de l'uranium et de retraiter des déchets nucléaires, deux activités susceptibles, selon leur degré, d'aboutir à la fabrication d'armes nucléaires.
Premier exportateur mondial de pétrole, l'Arabie saoudite a déclaré que cet accord s'inscrivait dans sa stratégie de diversification de ses ressources énergétiques et qu'il respectait les "normes les plus élevées" en matière de sécurité et de non-prolifération nucléaires. Elle avait prévenu de longue date que, faute d'un accord avec les Etats-Unis, elle pourrait se tourner vers la Chine ou la Russie, qui appliquent des normes différentes en termes de prolifération.
Donald Trump a déclaré que cet accord ne comportait aucune dimension militaire et était "entièrement" conditionné à la normalisation par l'Arabie saoudite de ses relations avec Israël dans le cadre des accords dits d'Abraham.
L'accord doit aussi être validé par le Congrès des Etats-Unis.
L'AIEA ne s'est pas exprimée dans l'immédiat.
(Timothy Gardner, avec Patricia Zengerle à Washington, Timour Azhari à Ryad, Ismail Shakil et Christian Martinez, version française Bertrand Boucey, édité Par Nicolas Delame)

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