Stablecoins euro : pourquoi l'Europe perd face à l'USDT, et comment elle veut riposter
Face à la domination écrasante de l'USDT et de l'USDC, l'Europe cherche à relancer ses stablecoins en euros. Dans leurs propositions pour réviser MiCA, les autorités françaises reconnaissent que certaines règles européennes freinent leur développement. Assouplissement réglementaire, restrictions sur les stablecoins non conformes et soutien à l'innovation : voici comment Paris entend réduire la dépendance au dollar.
Face à l'USDT, les stablecoins en euros restent marginaux
Le dollar domine largement le marché des stablecoins. Le Tether (USDT) affiche à ce jour une capitalisation d'environ 183 milliards de dollars, contre 72,2 milliards pour l'USDC de Circle. Face à ces géants, les stablecoins en euros restent marginaux.
Dans leur contribution commune à la révision de MiCA, publiée ce mercredi, le Trésor, l'AMF, la Banque de France et l'ACPR reconnaissent que cette domination expose les Européens au risque de change et soulève des enjeux de souveraineté monétaire.
Les autorités admettent également que les stablecoins en dollars occupent une place centrale dans le trading et la liquidité des marchés crypto. Pour les concurrencer, les stablecoins en euros devront d'abord atteindre une adoption et une liquidité suffisantes.
Pourquoi MiCA pourrait freiner les stablecoins en euros
Un premier paradoxe est que le règlement MiCA pourrait décourager certains émetteurs internationaux de lancer des stablecoins en euros. Actuellement, un stablecoin libellé dans une devise européenne est considéré comme proposé dans l'Union, même lorsqu'il est émis à l'étranger. Les autorités françaises souhaitent limiter cette application aux tokens effectivement commercialisés ou utilisés via des prestataires européens.
L'autre frein identifié concerne les exigences de réserves bancaires. Paris envisage de remplacer les quotas minimaux de dépôts par des obligations de liquidité quotidienne et hebdomadaire, afin d'améliorer la rentabilité des émetteurs sans compromettre les remboursements.
Comment la France veut riposter face au dollar
Les propositions françaises reposent sur plusieurs mesures. D'abord, interdire explicitement aux plateformes agréées de fournir des services sur des stablecoins non conformes à MiCA, ce qui pourrait notamment limiter l'accès à l'USDT. Les stablecoins en dollars conformes, comme l'USDC, resteraient toutefois accessibles.
Paris souhaite également encadrer plutôt qu'interdire la rémunération indirecte des stablecoins par les plateformes, tout en maintenant l'interdiction des intérêts versés directement par les émetteurs. Le document cite notamment le GENIUS Act américain.
Les autorités proposent aussi de réglementer la multi-émission, permettant à un stablecoin d'être émis simultanément en Europe et à l'étranger. Elles réclament des garanties sur les réserves, les remboursements et la coopération entre régulateurs.
Enfin, elles envisagent de supprimer la catégorie des Asset-Referenced Tokens (ART), restée sans émetteur agréé, pour simplifier MiCA.
Une stratégie qui ne garantit pas le succès de l'euro
Toutefois, restreindre les stablecoins non conformes ne garantit pas que les investisseurs se tourneront vers l'euro plutôt que vers l'USDC. Les autorités reconnaissent d'ailleurs que les stablecoins ne devraient pas devenir un moyen de paiement grand public dominant en Europe dans les cinq prochaines années.
Le véritable enjeu se situe plutôt dans les paiements internationaux, la finance tokénisée et la gestion de trésorerie des entreprises. Autant de marchés où l'euro devra gagner sa place face au dollar.
Sources : Réponse des autorités françaises à la consultation MiCA
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