* Les majors renouent avec la rémunération des actionnaires
* Shell et Total en vedette après des résultats solides en
2017
* Exxon à la traîne, déception sur la production et les
résultats
* Graphique sur la production et les cashflow comparés :
* http://tmsnrt.rs/2nGfmte
par Ron Bousso
LONDRES, 12 février (Reuters) - Après plusieurs années au
régime sec, les majors pétrolières veulent à nouveau séduire
leurs actionnaires avec des promesses de croissance et
d'amélioration de la rémunération.
Royal Dutch Shell RDSa.L et Total TOTF.PA font la course
en tête grâce à de solides prévisions de croissance après trois
années difficiles tandis qu'Exxon Mobil XOM.N , la plus grande
compagnie pétrolière cotée, est à la peine en raison de
perspectives décevantes annoncées.
Les grands acteurs du secteur, qui ont sabré leurs dépenses
et réduit leurs coûts en réponse au plongeon de 75% des cours du
pétrole entre la mi-2014 et le début 2016, peuvent désormais
dégager des flux de trésorerie avec un baril à 55 dollars
équivalents à ceux qu'ils réalisaient avec un baril autour de
100 dollars il y a quelques années.
Ils sont d'autant plus confiants de pouvoir améliorer une
rémunération déjà attractive pour les actionnaires que les
prévisionnistes s'attendent à ce que le baril se maintienne
au-dessous de 60 dollars jusqu'en 2020.
Total a adressé le signal le plus clair en annonçant un plan
prévoyant un relèvement de 10% de son dividende, cinq milliards
de dollars de rachats d'actions d'ici 2020 et la fin de la
décote sur le dividende et de son paiement en actions, une
politique mise en place dans la période de vaches maigres.
Les analystes de Bernstein ont salué ce programme de Total,
qui a fait état la semaine dernière d'un bond de 28% de ses
profits au quatrième trimestre, estimant que la compagnie était
"la nouvelle référence en matière de retour aux actionnaires" et
relevant leur recommandation sur la valeur à "surperformance".
"Les compagnies américaines ont clairement déçu alors que
Total a réconforté tout le monde, de même que Shell, en dépit de
chiffres un peu moins bons qu'attendu", a dit Alasdair McKinnon,
gérant chez "The Scottish Investment Trust".
RETOUR DES RACHATS D'ACTIONS
La norvégienne Statoil STL.OL et l'américaine Chevron
CVX.N ont aussi annoncé un relèvement de leur dividende la
semaine dernière tandis que BP BP.L avait pris les devants en
renouant avec les rachats d'actions dès le quatrième trimestre
2017.
Shell, dont les profits et les flux de trésorerie ont
dépassé ceux d'Exxon l'année dernière, prévoit de racheter pour
25 milliards de dollars de ses propres actions après avoir
renoncé à sa politique de décote du dividende en novembre.
Des analystes soulignent qu'Exxon fait exception après que
la chute de sa production et de ses flux de trésorerie au
quatrième trimestre ont suscité l'inquiétude des investisseurs
sur sa stratégie.
L'action Exxon a nettement sous-performé celles de ses
principaux concurrents au cours des deux dernières années,
reflétant de moins bonnes perspectives.
"Toutes les majors sont bon marché en ce moment mais Exxon
n'est peut être pas la meilleure qui soit; nous préférons
Shell.", a dit McKinnon.
L'action Shell a surperformé celle de ses principaux
concurrents, offrant un rendement total pour les actionnaires de
90% sur les deux dernières années, a souligné Simon Gergel,
responsable des investissements sur les actions britanniques
chez Allianz Global Investors.
"Nous sommes encouragés par le programme de réduction des
coûts de la compagnie et par le potentiel de transformation de
ses flux de trésorerie à venir", a-t-il ajouté.
COURSE AUX ACQUISITIONS
Après trois années passées à faire des économies en
supprimant des postes, en réduisant les budgets d'exploration et
en tirant parti de nouvelles technologies pour renforcer
l'efficacité, les dirigeants des compagnies ont remis la
croissance en tête de leurs priorités.
"La priorité du conseil d'administration est de maintenir
notre croissance ambitieuse et de continuer à créer de la valeur
pour les actionnaires", a déclaré le directeur général de Total,
Patrick Pouyanné, lors de la présentation des résultats 2017,
jeudi dernier.
Lors d'une rencontre avec des analystes la semaine dernière,
le directeur général de Shell, Ben van Beurden, et la directrice
financière, Jessica Uhl, ont répété à neuf reprises que leur
objectif était de faire de la compagnie anglo-néerlandaise un
"investissement de classe internationale."
Ben van Beurden a publiquement déclaré qu'il voulait défier
la domination financière d'Exxon sur le secteur même si la
capitalisation bousière du géant américain demeure sensiblement
plus élevée que celle de Shell.
Pour atteindre cet objectif, Shell a fait le pari sans doute
le plus audacieux dans la phase de récession du secteur en
acquérant son concurrent BG Group en 2016 pour 54 milliards de
dollars, devenant ainsi le premier négociant mondial de gaz
naturel liquéfié (GNL) et l'un des premiers producteurs de
pétrole au Brésil.
Mais Shell n'a pas été le seul à profiter du marasme pour
prendre le contrôle de concurrents mis à mal par la chute des
cours.
Total a acheté Maersk Oil pour 7,5 milliards de dollars et
les actifs d'Engie ENGIE.PA dans le GNL pour 1,5 milliards de
dollars l'année dernière, tandis que BP a effectué une série
d'investissements en Afrique et en Norvège et qu'Exxon a
nettement renforcé ses positions dans le pétrole de schiste aux
Etats-Unis avec une acquisition de six milliards de dollars.
Biraj Borkhataria, analyste chez RBC Capital Markets, estime
que Shell a le plus important potentiel de restitution de cash
aux actionnaires mais que Total le talonne après ses résultats
et ses annonces sur le dividende.
"Total est clairement le gagnant jusqu'à présent, selon
nous, avec la combinaison d'une hausse du dividende et de
rachats d'actions qui est plus proche de Shell en termes de
rendement total mais avec plus de croissance dans l'amont et
moins de volatilité dans les publications (de résultats)",
a-t-il relevé dans une note de recherche.
Le rendement pour les actionnaires de Shell est attendu à
8,2% en 2019 contre 6,7% pour Total, 5,9% pour BP et 5,2% pour
Statoil mais seulement 4,7% pour Exxon et 4,2% pour Chevron,
selon Biraj Borkhataria.
"Au total, cela a été une année solide pour les majors. La
trésorerie est en hausse, la production est en hausse et elles
ont l'air assez confiantes, c'est ce que j'aime", a dit James
Laing, gérant actions chez Aberdeen Asset Management.
(avec Bate Felix à Paris et Nerijus Adomaitis à Oslo, Marc
Joanny pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)
Retour en grâce des pétrolières, Total et Shell en vue
information fournie par Reuters 12/02/2018 à 12:27
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