N'importe quel investisseur, du particulier au fonds géant, est tenté de faire mieux que son voisin. C'est très humain. Mais est-ce vraiment nécessaire ?
Battre le marché, c'est faire mieux qu'un indice de référence comme le CAC 40 ou le Nasdaq sur une période donnée. L'ambition paraît raisonnable : si des milliers d'analystes passent leurs journées à éplucher des bilans et à modéliser des flux de trésorerie, c'est bien pour dégager un avantage sur celui qui se contente d'acheter l'indice. En théorie. En pratique, les chiffres sont nettement moins encourageants.
Chaque année, S&P Dow Jones Indices publie son étude SPIVA, qui compare les fonds gérés activement à leurs indices de référence. Le constat est remarquablement constant : plus l'horizon s'allonge, plus la proportion de gérants battus par leur indice augmente. Sur dix ans, elle dépasse 80% dans de nombreuses catégories et atteint parfois 90%. Sur vingt ans, les survivants capables d'une surperformance nette durable deviennent rares.
Pourquoi cette hécatombe ? Trois mécanismes se combinent
Le premier est mathématique.
Pris dans leur ensemble, les investisseurs ne peuvent pas faire mieux que le marché qu'ils composent : avant frais, la surperformance des uns est compensée par la sous-performance des autres. Après frais de gestion, commissions et coûts de transaction, le bilan devient mécaniquement moins favorable.
Le deuxième, c'est la concurrence.
Les marchés concentrent une masse extraordinaire de cerveaux, de capitaux et de technologie. Dès qu'une information exploitable apparaît, des milliers d'acteurs cherchent à en tirer parti, et les occasions évidentes disparaissent vite. Les marchés ne sont pas parfaitement efficaces. Ils peuvent surestimer une mode ou sous-estimer une rupture. Mais repérer ces erreurs avant tout le monde, avec assez de conviction pour en profiter, reste difficile.
Le troisième nous concerne directement : la psychologie.
L'investisseur a un penchant naturel à faire l'inverse de ce qu'il devrait. Il achète après la hausse, quand l'enthousiasme est au sommet, et vend dans la baisse, quand la peur l'emporte. Parmi tous ces biais, l'un est particulièrement dangereux : l'appât du gain. C'est lui qui pousse à concentrer son portefeuille sur la valeur du moment, à courir après une hausse déjà avancée ou à emprunter pour amplifier ses positions. L'envie de gagner plus, et surtout plus vite, fait prendre des risques qu'on n'accepterait pas la tête froide. C'est souvent ainsi qu'un bon investisseur se transforme en mauvais spéculateur.
Cela ne veut pas dire que personne n'y parvient. Certains battent le marché durablement, et pas seulement par chance : Warren Buffett comme Peter Lynch sont difficiles à expliquer par le hasard. Il en existe d'autres, bien sûr. Mais beaucoup moins qu'on ne l'imagine. Et surtout, très difficiles à identifier à l'avance.
Il en faut (parfois) peu pour être heureux
Il faut surtout garder une idée simple à l'esprit : faire la performance du marché, c'est déjà très bien. Historiquement, un grand indice actions peut permettre, sur longue période, de grosso modo doubler un capital en une dizaine d'années. Prenons 10 000 EUR placés en 2016 dans un ETF CAC 40 dividendes réinvestis, logé dans un PEA et facturant 0,25% de frais. Dix ans plus tard, cela représente environ 18 100 EUR de pouvoir d'achat en euros de 2016, après prélèvements sociaux et inflation, soit un gain réel proche de 80%. Sur un Livret A, le pouvoir d'achat tombe à environ 9 350 EUR, soit une perte réelle de l'ordre de 6,5%. Ce n'est évidemment ni une promesse ni une mécanique régulière. Mais cela rappelle une évidence parfois oubliée : il n'est pas nécessaire de battre le marché pour obtenir un très bon résultat.
La plupart des investisseurs pourraient s'en contenter et dormir tranquilles. S'ils ne le font pas, c'est rarement par besoin mais plutôt par envie de faire mieux et plus vite. C'est précisément là que les ennuis commencent.
La bonne question n'est donc peut-être pas : "Comment battre le marché ?", mais plutôt : "De quoi ai-je réellement besoin ?". Quel rendement suffit à atteindre mes objectifs ? Quel niveau de stress suis-je prêt à supporter ? Combien de temps ai-je envie de consacrer à mes placements ? Ces questions comptent souvent davantage que le dernier point de performance.
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