Les marchés financiers ont retrouvé leur optimisme après plusieurs semaines difficiles : le Liban et Israël se sont mis d'accord sur un cessez-le-feu de dix jours, tandis que le président américain, Donald Trump, a réaffirmé que le conflit en Iran serait bientôt résolu et que les belligérants reprendraient probablement les négociations dès ce week-end.
Ce répit pourrait toutefois être mis à rude épreuve dans les prochains jours par une série de données qui, selon les prévisions, devraient révéler un ralentissement de l'activité économique et une pression croissante sur les prix.
À cela s'ajoute l'audition prévue devant la commission bancaire du Sénat américain du candidat désigné par la Maison blanche à la présidence de la Réserve fédérale (Fed), Kevin Warsh, dans un contexte marqué par des tensions entre l'administration Trump et la banque centrale au sujet de la politique monétaire.
Tour d'horizon des perspectives de marchés dans les jours à venir :
UNE SITUATION DÉLICATE
Les investisseurs en sauront davantage sur le choix de Donald Trump pour prendre la tête de la banque centrale américaine lorsque son candidat, Kevin Warsh, par ailleurs ancien gouverneur de l'institution, comparaîtra mardi devant le Sénat pour une audition.
Kevin Warsh arrivera à un moment délicat s'il veut répondre au souhait du locataire de la Maison blanche de baisser les taux d'intérêt, la flambée des prix de l'énergie provoquée par la guerre en Iran alimentant les craintes d'une crise inflationniste.
Ce conflit a déjà eu pour conséquence de bouleverser complètement les attentes du marché : les contrats à terme sur les "fed funds" sont passés de deux baisses de 0,25 point d'ici décembre à pratiquement aucune depuis fin février.
La comparution de Kevin Warsh suscitera donc un vif intérêt, d'autant plus que Donald Trump a ouvertement exprimé à plusieurs reprises sa frustration à l'égard de l'actuel président de la Fed, Jerome Powell, à qui il reproche de ne pas avoir davantage abaissé les taux d'intérêt.
Le président américain a intensifié sa campagne de pression cette même semaine, menaçant de démettre Jérôme Powell de ses fonctions au sein du Conseil des gouverneurs s'il ne quittait pas cet organe à l'expiration de son mandat de président, le 15 mai prochain.
Au programme d'une semaine chargée, il y aura également les résultats du constructeur de voitures électriques Tesla TSLA.O et les données sur les ventes au détail de mars, qui pourraient indiquer si la flambée des prix énergétiques pèse déjà sur les dépenses de consommation.
À MOITIÉ PLEIN OU À MOITIÉ VIDE ?
L'Iran reste le principal risque pour le marché alors que les États-Unis et le Pakistan évoquent les perspectives d'un accord visant à mettre fin au conflit et à rouvrir le détroit d'Ormuz, fermé de facto depuis le début de la guerre, fin février.
Les marchés d'actions, notamment aux États-Unis, misent sur une issue favorable et ont retrouvé leur optimisme : l'indice S&P 500 .SPX a rebondi pour atteindre des records et, malgré les inquiétudes concernant la forte dépendance du Japon vis-à-vis des importations d'énergie, l'indice Nikkei .N225 a également touché un sommet historique jeudi dernier.
Les opérateurs parient que la paix permettra un retour à la situation d'avant-guerre, où les bénéfices solides soutenaient les actions.
Les marchés pétroliers sont, eux, moins convaincus. Le Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, est passé sous la barre des 100 dollars le baril, mais de peu, et il reste 33% au-dessus des niveaux de fin février, avant l'opération américano-israélienne.
Ce qui est encore plus révélateur, les prix des cargaisons physiques pour livraison immédiate ont atteint des niveaux records, comme le baril de brut Forties de la mer du Nord (FOT-E) qui a brièvement frôlé les 150 dollars lundi.
Selon Fatih Birol, directeur de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), il faudra environ deux ans pour récupérer la production d'énergie perdue au Moyen-Orient à cause du conflit qui y sévit.
Si les négociations ne parviennent pas à rouvrir le détroit d'Ormuz, les prix de l'énergie resteront élevés, obligeant les banques centrales à maintenir une politique monétaire restrictive qui pourrait nuire aux bénéfices des entreprises.
UN PRINTEMPS SOMBRE
Les données de cette semaine donneront un premier aperçu de la manière dont les entreprises du monde entier font face à la guerre.
Les indices PMI de mars ont déjà révélé une forte hausse des coûts des intrants et un ralentissement de l'activité économique mondiale, conséquence de la volatilité des marchés de l'énergie, des perturbations dans les chaînes d'approvisionnement et du rythme effréné de l'actualité.
Même si la flambée des prix du pétrole s'est modérée, atténuant la menace d'une crise inflationniste mondiale, celle-ci n'a pas complètement disparu.
Les résultats du premier trimestre, en particulier en Europe, un continent très dépendant des importations d'énergie, montrent que les compagnies aériennes, les détaillants et les fabricants sont confrontés à une profonde incertitude qui pourrait peser sur leurs bénéfices.
Les États-Unis, exportateurs nets d'énergie, sont relativement protégés mais pas à l'abri des effets de la hausse des prix du carburant. Les investisseurs examineront de près les composantes "prix" et "emploi" des prochains indices des directeurs d'achat (PMI) à la recherche de signes de tension.
Les chiffres de l'inflation au Japon, en Grande-Bretagne, en Nouvelle-Zélande et au Canada ne devraient pas non plus présenter un tableau très réjouissant.
L'ASIE EN RESSENT LES EFFETS
La politique monétaire des banques centrales des pays asiatiques subira également les effets de la guerre.
La Chine fixera lundi son taux directeur mais les analystes s'attendent à ce que la banque centrale maintienne son taux de référence inchangé jusqu'à la fin de l'année, alors que l'économie montre des signes de vigueur.
Si la croissance devrait ralentir à mesure que les effets de la crise au Moyen-Orient pèseront sur les bénéfices des entreprises et la demande extérieure, la deuxième économie mondiale se porte toujours mieux que beaucoup d'autres.
La Banque d'Indonésie, qui se réunit le 22 avril, doit défendre une roupie qui s'est récemment dépréciée pour atteindre des niveaux historiquement bas.
Le gouverneur de la banque centrale a récemment déclaré qu'un réajustement de la politique monétaire était nécessaire pour soutenir la stabilité des marchés financiers.
La banque centrale des Philippines, qui se réunit quant à elle le 23 avril, a mis en garde contre des "effets de contagion" après que l'inflation s'est accélérée en mars et a dépassé la fourchette cible.
UN TAUX DIRECTEUR À 40%
La Banque centrale de Turquie tiendra mercredi l'une de ses réunions de politique monétaire les plus importantes, qui constituera un test décisif de son engagement en faveur d'une politique monétaire orthodoxe.
Compte tenu de son énorme dépendance vis-à-vis des importations d'énergie, le pays a été l'un des plus durement touchés par les répercussions économiques de la guerre en Iran.
La Turquie a dépensé près de 50 milliards de dollars de ses réserves pour maintenir la stabilité de la livre le mois dernier et a vu sa perspective de crédit abaissée par Fitch, qui a cité l'aggravation des risques liés au conflit.
La perspective d'un cessez-le-feu durable fera sans aucun doute partie des discussions mais, avec une inflation qui, selon les économistes, devrait encore avoisiner les 30% à la fin de l'année, des courtiers tels que JPMorgan et Bank of America prévoient une hausse des taux de 300 points de base, pour atteindre le niveau écrasant de 40%.
(Lewis Krauskopf à New York, Gregor Stuart Hunter à Singapore et Amanda Cooper, Alun John et Marc Jones à Londres, infographies Mayank Munjal, compilation par Samuel Indyk, version française Diana Mandia, édité par Blandine Hénault)

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