D’importantes données sur l’inflation aux États-Unis et une réunion de la Banque centrale européenne (BCE) seront au cœur de l’attention cette semaine, alors que de fortes tensions sur les marchés obligataires ont propulsé les coûts d'emprunt à leurs plus hauts niveaux depuis plusieurs années, de Tokyo et Sydney à Londres et New York.
Tour d'horizon des perspectives de marchés dans les jours à venir:
1/ ÉBRANLÉS, MAIS PAS ENCORE BOULEVERSÉS
Les rendements obligataires ont fortement progressé dans plusieurs régions et sur différentes maturités, faisant grimper les coûts d’emprunt pour les États, les entreprises et les ménages, tout en mettant à l’épreuve les valorisations élevées des marchés actions.
Plusieurs facteurs sont en cause. La guerre au Moyen-Orient a fait grimper les prix de l’énergie, renforcé les anticipations d’inflation et incité les traders à se préparer à de nouvelles hausses de taux, propulsant les rendements à court terme aux États-Unis et dans la zone euro à leur plus haut niveau depuis plusieurs années.
Parallèlement, les rendements à 10 ans sont proches de seuils importants, tandis que la plupart des principaux rendements à 30 ans se situent autour de leurs plus hauts niveaux depuis bien plus d’une décennie, les opérateurs craignant que le financement des emprunts souverains massifs, pratiqués depuis des années, ne devienne de plus en plus difficile.
Les gouvernements surveillent la situation de près. Le mois dernier, dans l’espoir de faire baisser les rendements, le Trésor américain a annoncé qu’il allait au moins doubler le montant de ses opérations de rachat de dette à long terme. La première opération est prévue mercredi.
Mais si les niveaux atteints sont spectaculaires, les mouvements restent ordonnés, du moins pour l’instant.
2/ LE YEN EN LIGNE DE MIRE
Le Japon est au cœur de la crise mondiale de la dette, le rendement de ses obligations à 10 ans ayant dépassé 3% pour la première fois en trois décennies, suscitant de vives spéculations sur les marchés quant à l’impact potentiel d’un rapatriement massif de capitaux japonais investis sur les marchés obligataires américain, européen et australien.
Ce que les investisseurs veulent savoir, c’est si le fonds de pension japonais de 2.000 milliards de dollars, le GPIF, va réorienter une plus grande partie de ses capitaux vers les obligations nationales, au détriment des actions et de la dette étrangère.
Les finances publiques sont également au centre de l’attention, les demandes budgétaires des ministères japonais pour le prochain exercice fiscal se situant aux niveaux de la période de pandémie, tandis que la Banque du Japon pourrait s’orienter vers un rythme plus soutenu de hausses de taux, provoquant une flambée des taux à court terme.
Ce dernier facteur pourrait enfin donner un coup de pouce au yen japonais, longtemps malmené. La devise s’est raffermie de près de 3% entre mercredi et jeudi, à mesure que le sentiment des marchés s’inversait, un mouvement que l’on n’avait observé récemment que lorsque les autorités japonaises et américaines étaient intervenues conjointement sur les marchés. JPY=EBS
3/ SUIVI DES PRIX
Par ailleurs, aux États-Unis, les prochaines données sur l’inflation pourraient être déterminantes pour savoir si la Fed relèvera ses taux d’intérêt plus tard ce mois-ci.
Les données sur les prix à la production seront publiées jeudi, la veille de l’indice des prix à la consommation (IPC), très suivi par les marchés. Les économistes interrogés par Reuters anticipent une hausse de 0,4% de l'IPC en août.
L'inflation se maintient depuis plusieurs années au-dessus de l'objectif annuel de 2% fixé par la Fed, même si l'IPC du mois précédent n'avait affiché qu'une légère hausse.
Les marchés ont intégré une probabilité accrue de hausse des taux à la suite du discours du nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, lors de la conférence de Jackson Hole. Toutefois, les contrats à terme sur les Fed Funds suggèrent que les chances d’une hausse des taux lors de la réunion des 15 et 16 septembre sont à peu près équilibrées.
Le gouverneur de la Fed, Christopher Waller, a déclaré jeudi que si les prochaines données confirmaient un apaisement des pressions inflationnistes, il serait enclin à plaider en faveur d'un maintien des taux inchangés.
La publication, la semaine prochaine, des résultats trimestriels d’Oracle ORCL.N , géant de l’informatique, pourrait également ramener l’attention sur le secteur de l’IA.
4/ HAUSSE JEUDI, ET APRÈS ?
La BCE va très certainement relever ses taux de 25 points de base supplémentaires jeudi — une répétition de la décision prise en juin.
Les décideurs ne verront pas d’un bon œil le retour de l’inflation au-dessus de 3% dans un contexte de hausse des prix de l’énergie. Pour les traders, la question est donc de savoir ce qui va se passer ensuite.
Les responsables de la politique monétaire n’ont pas de boule de cristal et personne ne peut prédire combien de temps durera la guerre en Iran. Ils seront donc peu enclins à donner des indications sur la suite des événements.
Les marchés continuent de parier sur une nouvelle hausse d’ici décembre, puis sur une autre l’année prochaine. Mais les économistes estiment que la BCE en a terminé pour l’instant et que la forte hausse des rendements obligataires cet été a peut-être déjà fait une partie du travail à la place des décideurs.
Il faudra également prêter attention aux déclarations de la présidente de la BCE, Christine Lagarde, concernant les ventes d’euros par les États-Unis pour acheter des yens.
5/ SÉNÉGAL EN DIFFICULTÉ
Les grands marchés obligataires mondiaux ne sont pas les seuls à être en proie aux turbulences. Deux ans après avoir découvert une dette jusque-là inconnue de plus de 10 milliards de dollars, le Sénégal se résout désormais à l’inévitable : un plan de sauvetage du FMI.
En contrepartie, Dakar devra restructurer sa dette afin de la rendre soutenable à long terme. Une tâche moins simple qu’il n’y paraît, notamment pour un pays appartenant à une union monétaire — il suffit de demander à Athènes.
Dakar ne souhaite donc pas inclure la dette "locale" libellée en francs CFA ouest-africains, contractée auprès des banques régionales et des institutions multilatérales. Cela signifie que le reste de sa dette — en particulier les obligations d’État qu’il a émises sur les marchés internationaux des capitaux — devra supporter une part plus importante des efforts de restructuration.
Il faudra probablement plusieurs mois avant que tous les contours de l’opération soient connus, mais la semaine prochaine pourrait marquer une étape importante. Le conseil d’administration du FMI doit examiner son cadre d’analyse de la viabilité de la dette pour les pays à faible revenu, et une modification de ces règles pourrait rendre la situation du Sénégal encore plus difficile.
(Kevin Buckland à Tokyo, Lewis Krauskopf à New York, et Yoruk Bahceli, Samuel Indyk et Marc Jones à Londres ; Graphiques par Mayank Munjal, Harry Robertson, Rocky Swift et Marc Jones, compilé par Alun John ; version française Elena Smirnova, édité par Augustin Turpin)

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