Pédagogie : penny stocks, le mirage des actions à "petits prix"
information fournie par Zonebourse 09/01/2026 à 11:48
Au sens littéral, une penny stock désigne une action qui s'échange pour quelques pennies (centimes). Cependant, la définition financière va bien au-delà du simple prix affiché. Une penny stock est avant tout le titre d'une entreprise à très faible capitalisation boursière (souvent appelée micro-cap ou nano-cap ).
Ce sont des sociétés qui échappent aux radars de l'investissement classique, parce que leur rapport risque-potentiel est extrêmement défavorable. Généralement, on peut ranger les entreprises concernées en deux grandes catégories :
- Les anges déchus : des entreprises autrefois solides qui, suite à des difficultés financières, des scandales ou une faillite imminente, ont vu leur cours s'effondrer.
- Les tickets de loterie : des petites sociétés (biotechs, exploration minière, technologiques) qui n'ont pas de revenus ou de résultats stables, mais qui vendent une "promesse" ou un projet révolutionnaire.
Pourquoi ces actions suscitent-elles encore de l'intérêt ? La réponse est : spéculation.
Des bucket shops au Loup de Wall Street
L'histoire des penny stocks est indissociable de la spéculation boursière américaine. Le terme trouve son origine aux Etats-Unis, pour des actions s'échangeant sous la barre des 1 USD (et par extension, sous les 5 USD selon la définition moderne de la SEC, le gendarme boursier américain).
A la fin du XIXe siècle, alors que la Bourse officielle était réservée à l'élite fortunée, des établissements non régulés appelés bucket shops permettaient au grand public de parier sur les variations de cours avec des sommes dérisoires. On ne possédait pas vraiment l'action, on pariait sur son prix. C'est l'ancêtre spirituel du trading spéculatif, avec des produits dérivés ou des penny stocks : une accessibilité maximale pour une spéculation maximale. Les bucket shops ont été bannis après la crise de 1929.
Dans les années 1980 et 1990, les penny stocks ont connu une popularité sulfureuse grâce au développement du démarchage téléphonique. C'est l'époque immortalisée par le film Le Loup de Wall Street. Des courtiers peu scrupuleux négociaient des actions de sociétés coquilles vides (les fameuses pink sheets américaines, nommées ainsi à cause de la couleur du papier sur lequel les cotations étaient imprimées) à des épargnants naïfs, en leur promettant fortune rapide.
Avec l'avènement d'Internet, le téléphone a été remplacé par les forums, les réseaux sociaux et les messageries (Telegram, Reddit), mais la dynamique reste ancrée dans cette histoire de spéculation en marge des marchés régulés classiques.
De quoi la penny stock est-elle le nom ?
Pourquoi ces actions sont-elles si particulières ? Il ne s'agit pas seulement d'un prix bas, mais d'une structure de marché différente.
Une entreprise ne naît pas penny stock , elle le devient. L'origine du problème est une grande détresse financière, qui fait que l'entreprise brûle du cash et n'a pas de modèle économique pérenne. La glissade de l'action provient généralement du recours à des systèmes de financement coûteux et/ou dilutifs, faute de pouvoir accéder au circuit classique à cause d'un profil de risque trop élevé. Pour survivre, ces entreprises émettent donc constamment de nouvelles actions (via des obligations convertibles, d'autres instruments dilutifs ou des augmentations de capital). Cela augmente le nombre de parts et fait mécaniquement baisser le prix de l'action, diluant les actionnaires existants. Généralement, c'est une spirale infernale impossible à enrayer. Ces sociétés-zombies ne survivent que parce que leur exploitation est assurée par des levées de fonds chroniques.
En matière de négociations sur le marché, cette précarité et cette insolvabilité latente entraînent les cours vers le fond. Sporadiquement (communiqués de presse, manipulation, attrait sectoriel soudain...) les penny stocks rebondissent et connaissent des périodes de frénésie. Mais ce sont généralement des épisodes sans lendemain, incapables de contrecarrer la chute inexorable.
Ce phénomène de volatilité est accru par la faible liquidité réelle de ces actions. Ou plutôt par les déséquilibres de carnets d'ordres, puisque certaines sociétés, à force d'émettre des instruments dilutifs, se retrouvent avec des centaines de millions voire des milliards de titres en circulation. Ce sont par conséquent des vecteurs idéaux pour la manipulation de cours (pump and dump), qui permet à des investisseurs peu scrupuleux de faire artificiellement monter le cours (pump) pour attirer les petits porteurs, avant de revendre massivement leurs titres (dump), provoquant l'effondrement du cours.
Une centaine de penny stocks en France
En France, on compte une centaine de sociétés cotant moins de 1 EUR sur les marchés Euronext au début de l'année 2026. Celle dont le cours est le plus faible ressort à 0,0001 EUR. On y retrouve toutes sortes d'acteurs. Des anges déchus et des tickets de loterie, dont beaucoup de sociétés qui ont signé des accords de financement dilutif avec des organismes qui se remboursent sur le marché avec le produit de cession des actions obtenues en contrepartie, ce qui crée un flux vendeur permanent.
Pour terminer, voici deux enseignements majeurs, à garder en tête en toute circonstance :
- Une action n'est pas "bon marché" parce que son prix est bas. Une action à 0,50 EUR peut être infiniment plus chère (en matière de valorisation de l'entreprise) qu'une action à 500 EUR, si la première entreprise est au bord de la faillite et la seconde en pleine croissance.
- Une action qui vaut 0,01 EUR peut encore baisser, et même baisser fort : il n'y a pas de plancher pour les cotations.
Les penny stocks sont des investissements ultra-risqués. Les amateurs de trading peuvent y trouver de l'attrait, mais les investisseurs de long de terme ont généralement intérêt à passer leur chemin : il y a beaucoup plus de coups à prendre que de pépites dans la liste.
A lire aussi
-
Donald Trump a poussé vendredi les grands groupes pétroliers à se lancer à l'assaut des vastes réserves du Venezuela, sans sembler emporter la conviction de tous les dirigeants autour de la table. Le chef d'Etat a réuni autour de lui à la Maison Blanche des poids ... Lire la suite
-
par Sheila Dang Le directeur général d'Exxon Mobil, Darren Woods, a déclaré vendredi que la major pétrolière américaine pourrait être opérationnelle très rapidement au Venezuela et qu'elle était prête à étudier la possibilité d'un retour dans le pays. "Il est ... Lire la suite
-
par Jarrett Renshaw et Bo Erickson Le président américain Donald Trump a pressé vendredi les dirigeants de certaines des plus grandes compagnies pétrolières du monde à investir au Venezuela, évoquant le nécessité d'y consacrer 100 milliards de dollars afin d'accroître ... Lire la suite
-
Des diplomates américains sont vendredi au Venezuela, signe d'une volonté de rétablir les relations diplomatiques rompues depuis 2019, moins d'une semaine après la capture par des troupes américaines de Nicolas Maduro à Caracas. Le gouvernement de la présidente ... Lire la suite
Mes listes
Une erreur est survenue pendant le chargement de la liste
0 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer