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Meta accusé d'avoir "appâté" les enfants et "trompé" le public, en ouverture de son procès en Californie
information fournie par AFP 18/08/2026 à 23:23
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Erin Popolo, dont la fille de 17 ans s'est suicidée, s'adresse aux médias devant le tribunal d'Oakland (Californie) ( AFP / Godofredo A. VÁSQUEZ )

Erin Popolo, dont la fille de 17 ans s'est suicidée, s'adresse aux médias devant le tribunal d'Oakland (Californie) ( AFP / Godofredo A. VÁSQUEZ )

Meta a-t-il "appâté" les enfants sur Instagram et Facebook en "cachant la vérité", ou chargé ses équipes d'identifier et de résoudre les problèmes d'usage excessif des réseaux sociaux? Le premier procès fédéral contre le géant américain s'est ouvert mardi à Oakland, près de San Francisco, sur deux récits inconciliables.

"Meta, l'une des plus grandes et des plus puissantes entreprises au monde, a mené une campagne pour tromper, pour induire en erreur ses utilisateurs, les législateurs, les enseignants et les parents", a fustigé Megan O'Neill, procureure générale adjointe de Californie, devant les jurés qui vont examiner l'affaire jusqu'à la fin septembre.

Le patron et cofondateur de Meta, Mark Zuckerberg, assiste à une audition de la commission judiciaire du Sénat américain, à Washington, le 31 janvier 2024 ( AFP / Brendan SMIALOWSKI )

Le patron et cofondateur de Meta, Mark Zuckerberg, assiste à une audition de la commission judiciaire du Sénat américain, à Washington, le 31 janvier 2024 ( AFP / Brendan SMIALOWSKI )

"Il n'y a pas de contestation possible sur le fait que Meta a à la fois reconnu que certaines personnes peuvent avoir du mal à gérer leur usage des réseaux sociaux, et cherché à concevoir des outils pour les aider", a rétorqué Paul Schmidt, énumérant les prises de position du groupe entre 2017 et 2024.

La procureure avait qualifié ces outils de "barrières en papier de soie", seuls 0,2% d'adolescents ayant réellement utilisé la fonction "faire une pause", par exemple.

Déjà condamné deux fois cette année pour son impact sur des mineurs, Meta affronte quatre Etats américains qui lui réclament près de 200 milliards de dollars de pénalités et une refonte de ses deux applications phares.

La Californie, le Colorado, le Kentucky et le New Jersey vont mener le combat dans ce procès, en chef de file d'un total de 29 procureurs généraux qui poursuivent le groupe de Menlo Park depuis 2023.

Il s'agit du premier procès au niveau fédéral pour ce vaste contentieux national, qui vise aussi TikTok, Snapchat et YouTube, cernés par les procédures de familles, de collectivités scolaires et d'Etats américains qui les accusent d'avoir dégradé la santé mentale des adolescents.

"Aucune entreprise, aussi riche, aussi influente, aussi intouchable qu'elle se croie, ne devrait pouvoir se placer au-dessus de la vérité, de la loi et de nos enfants", a déclaré aux médias Lori Schott, fondatrice du collectif Parents RISE, venue manifester devant le tribunal avec d'autres mères accusant les plateformes d'être responsables du suicide ou des troubles mentaux de leurs enfants.

193 milliards

L'accusation tient en trois volets: Meta aurait menti sur la nocivité de ses applications pour les adolescents, conçu certaines fonctionnalités pour les retenir, et collecté les données d'enfants de moins de 13 ans sans consentement parental, en violation d'une loi fédérale.

Le groupe se voit réclamer, selon un chiffrage provisoire, quelque 193 milliards de dollars. Les quatre Etats plaignants ont démenti jeudi viser 1.400 milliards, un total calculé par Meta pour, selon eux, "créer la stupeur".

Pour la défense, l'affaire se résume à un désaccord sur la manière dont Meta a cherché à s'améliorer, sans aucune tromperie démontrable.

Les procureurs ont entamé la bataille en projetant au jury des documents internes dans lesquels des salariés écrivaient que les fonctionnalités du groupe "exploitent les faiblesses de la psychologie humaine".

"Ce document a été écrit par des gens dont la mission est de s'assurer que Facebook ne cause aucun préjudice", a objecté Paul Schmidt, décrivant des salariés qui "identifient les problèmes et travaillent à les résoudre".

Les deux camps ont livré deux versions d'un épisode devenu central dans les procédures contre Meta, celui de l'autorisation des filtres imitant la chirurgie esthétique en 2019-2020.

Meta les avait suspendus, consulté des experts qui ont recommandé de les bannir, puis Mark Zuckerberg avait décidé de les rétablir après avoir été informé de l'impact sur la croissance, avance l'accusation. Non, répond la défense: la suspension a duré dix mois, le temps de trancher entre sécurité et liberté d'expression et de privilégier cette dernière, faute de données solides sur les dangers.

Jury consultatif

Les huit jurés qui vont assister à ces semaines d'argumentations rendront un verdict consultatif fin septembre ou début octobre. Mais c'est la juge Yvonne Gonzalez Rogers, connue pour avoir sanctionné Apple et arbitré le récent procès entre Elon Musk et OpenAI, qui tranchera seule.

Pour conclure la journée, Arturo Bejar, ancien ingénieur de Meta devenu une figure du combat des familles, a été le premier témoin interrogé. La juge avait rejeté la demande de Meta, selon elle "désespérée", de l'écarter.

A son embauche, a-t-il raconté, le slogan "Move fast and break things" (Avancez vite et cassez des choses) régnait: "Il fallait mettre les produits entre les mains des utilisateurs le plus vite possible; par conséquent, les considérations de sécurité passaient après."

Mark Zuckerberg est le témoin vedette annoncé, six mois après sa première comparution devant un jury, à Los Angeles, qui s'était soldée par une condamnation historique, dont Meta a fait appel.

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