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Les tensions sur l'obligataire ravivent le débat sur l'interdépendance de banques et dette souveraine
information fournie par Reuters 21/10/2026 à 12:39

par Valentina Za, Tommy Reggiori Wilkes et Jesús Aguado

MILAN/FRANCFORT/LONDRES/MADRID, 20 octobre (Reuters) - L a flambée des coûts d'emprunt des États de la zone euro ravive les craintes d'une répétition de la crise de la dette souveraine qui a secoué le bloc il y a quinze ans, mais les analystes et les économistes estiment que les banques sont désormais mieux préparées contre les turbulences des marchés obligataires.

Dans le passé, la fragilité des finances publiques a engendré un "cercle vicieux" reliant les établissements bancaires et la dette de leurs pays respectifs.

Les pertes subies sur les portefeuilles d'obligations détenues par les banques avaient alors, dans certains cas, contraint les États à intervenir pour les renflouer - donr, à titre d'exemple, Citibank ou Etats-Unis ou ABN Amro aux Pays-Bas - ce qui a encore alourdi la charge budgétaire.

"Il existe une limite à la protection contre le risque de crédit national", estime Simon Ainsworth, directeur exécutif des institutions financières chez Moody's Ratings, tout en soulignant que si les banques partent d'une situation plus favorable, elles ne sont pas à l'abri.

Depuis la crise des années 2010, le bloc a réformé la surveillance bancaire et doté la Banque centrale européenne (BCE) d'outils d'intervention, tandis que les banques ont renforcé leurs mesures de protection, grâce à des années de bénéfices records.

Les inquiétudes liées à la dette souveraine ont quand même contribué à une baisse de 10% des actions des banques européennes .SX7P au cours des six dernières semaines, un recul cinq fois cinq fois supérieur à celui de l'indice paneuropéen Stoxx 600 .STOXX , qui intervient après une longue période de gains, avec des sommets de 16 ans.

En France, le actions des trois principales banques, Société générale SOGN.PA , BNP Paribas BNPP.PA et Crédit agricole

CAGR.PA ont reculé d'environ 17% sur la même période.

La deuxième économie de la zone euro se trouve dans l'oeil du cyclone : le rendement de de l'OAT à 10 anns FR10YT=RR a dépassé ce mercredi les 5% pour la première fois depuis juillet 2002, dans un contexte de déficit élevé que les autorités peinent à maîtriser et alors que les mouvements sociaux de grande ampleur et l'approche de l'élection présidentielle de 2027 accentuent l'incertitude.

ACTIFS SÛRS

Les banques sont autorisées à comptabiliser les obligations d'État comme des actifs sans risque dans leur bilan.

Elles sont prises en compte pour le calcul des exigences réglementaires en matière de liquidité et servent de garantie pour les prêts accordés par les banques centrales et d'autres établissements de crédit.

Les avoirs des banques de la zone euro en dette souveraine ont doublé depuis la crise d'il y a quinze ans, atteignant 4.300 milliards d'euros fin juin, selon une analyse de Reuters fondée sur les données de l'Autorité bancaire européenne (ABE).

Cependant, les réserves de capital des banques ont augmenté encore plus, ce qui a ramené le ratio des actifs souverains par rapport aux fonds propres que les établissements détiennent pour couvrir d'éventuelles pertes à moins de 2,5, contre 2,7 en 2013.

Plus ce ratio est faible, plus les banques sont capables d'absorber l'impact de la baisse des prix des obligations souveraines.

David Benamou, directeur des investissements d'Axiom Alternative Investments, et Aneeka Gupta, stratégiste actions chez WisdomTree, ont tous deux calculé que l'exposition à la dette nationale des grandes banques françaises représente environ 15% à 30% de leurs fonds propres de meilleure qualité.

À titre de comparaison, ce taux dépassait les 100% enregistrés par les banques italiennes lors de la crise de 2011-2012, souligne Aneeka Gupta.

La baisse des prix des obligations, qui évoluent à l'inverse des rendements, peut toutefois entraîner des pertes pour les banques si celles-ci sont contraintes d'ajuster leur valeur comptable aux cours du marché, ou de les vendre pour se procurer des liquidités.

Cependant, les propositions visant à retirer aux obligations d'État leur étiquette d'actif sans risque ou à imposer des limites de concentration ont jusqu'à présent échoué.

La Commission européenne a toutefois inclus une diversification accrue des portefeuilles d'obligations souveraines parmi les mesures nécessaires au renforcement du secteur bancaire et présentera ses propositions début 2027.

DÉTENTION JUSQU'À L'ÉCHÉANCE

Même en l'absence de règles formelles, la BCE a incité les banques de la zone euro à réduire leur exposition à la dette de leur pays d'origine.

Les avoirs en obligations d'État nationales représentaient 41% du total à la mi-2026, selon l'analyse Reuters des données de l'ABE, contre plus de 50% en 2013.

Les banques ont triplé la proportion de leurs obligations qu'elles évaluent à leur coût d'acquisition, la portant à 60%, une règle comptable qui permet aux établissements de ne pas enregistrer de pertes lorsque les prix du marché baissent.

En classant les obligations comme des actifs "détenus jusqu'à échéance", les banques peuvent également éviter d'avoir à comptabiliser des pertes en capital dans leurs portefeuilles, sauf si elles sont contraintes de vendre, un risque qui, selon Simon Ainsworth, s'est atténué, car elles dépendent moins qu'auparavant du financement à court terme.

Pour Maria Rivas, analyste chez Morningstar DBRS, la question clé pour les banques est de savoir comment les investisseurs perçoivent les portefeuilles présentant des pertes "latentes", indépendamment des considérations comptables.

"Si cette situation est temporaire, elle ne devrait pas affecter significativement le moral des investisseurs. Cependant, si elle perdure, elle pourrait peser sur la perception du risque", a-t-elle déclaré à Reuters.

"MÉCANISMES ÉPROUVÉS"

Christos Megalou, directeur général de la banque grecque Piraeus BOPr.AT , prévoit une volatilité accrue de la dette souveraine, mais exclut que cela débouche sur une crise.

La Grèce rembourse désormais sa dette à des taux moyens nettement inférieurs à ceux auxquels la Grande-Bretagne emprunte aujourd'hui", dit-il, soulignant le contraste saisissant avec la situation d'il y a dix ans, lorsque Athènes se remettait d'une crise financière qui avait contraint le pays à de multiples plans de sauvetage.

La France, ajoute-t-il, se trouve également dans une situation différente de celle de la Grèce à l'époque.

"La France est une très grande économie et dispose donc de nombreux leviers d'action", affirme-t-il.

"Les autorités de régulation, les responsables et les banques disposent de mécanismes éprouvés pour garantir qu'un problème d'une telle ampleur ne se reproduira très probablement pas".

La flambée des rendements des obligations peut toutefois nuire le secteur en augmentant ses coûts de financement.

Les banques françaises sont les plus grands émetteurs de dette sur le marché de gros de l'UE ; ainsi, un rendement durablement plus élevé augmenterait leur "coût de l'argent à chaque refinancement, et cet effet s'amplifie", explique Aneeka Gupta.

Un ancien haut responsable de la surveillance bancaire, s'exprimant sous couvert d'anonymat, partage cette analyse.

Les banques se livrent une concurrence de plus en plus acharnée pour attirer les dépôts, ce qui reflète les pressions sur leur financement, et les perspectives du secteur dépendront en fin de compte, au moins en partie, des perceptions, a déclaré cette personne.

(Reportage Tom Sims, Valentina Za, Tommy Reggiori Wilkes et Jesus Aguado, avec la contribution de Simon Jessop et Dhara Ranasinghe à Londres et d'Eleftherios Papadimas à Athènes ; version française Diana Mandia, édité par Benoit Van Overstraeten)

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