* Fiat-Chrysler propose une fusion à €30 mds avec Renault
* Paris pourrait avoir la main dans les discussions sur
l'emploi
* Les usines de Fiat moins compétitives que celles de
Renault
par Richard Lough et Giuseppe Fonte
PARIS/ROME, 30 mai (Reuters) - La proposition d'un
rapprochement à 30 milliards d'euros entre les groupes Renault
RENA.PA et Fiat Chrysler (FCA) FCHA.MI a enthousiasmé les
investisseurs, obtenu l'appui conditionnel de la France et de
l'Italie et même un soutien prudent de la part des syndicats.
Mais sous ce vernis, la tentative audacieuse de créer le
troisième constructeur automobile mondial n'est pas à l'abri
d'une ornière politique, en raison des relations tendues entre
le président europhile Emmanuel Macron et les dirigeants
eurosceptiques italiens.
Et même si le vice-président du Conseil italien Matteo
Salvini a qualifié l'idée de "brillante opération", les usines
de Fiat Chrysler devraient supporter le gros des économies de
coûts de production d'un nouvel ensemble formé avec Renault.
Selon les deux groupes automobiles, des économies de plus de
cinq milliards d'euros par an pourraient être obtenues en
combinant des plates-formes de production, en mutualisant des
investissements et en tirant partie des augmentations
d'échelles.
Matteo Salvini et le ministre français de l'Economie Bruno
Le Maire ont parlé d'une "bonne opportunité" de former un
champion européen capable de rivaliser avec la Chine et les
Etats-Unis, mais ont aussi tous deux déclaré vouloir des
garanties sur les emplois dans leur pays respectif.
"Ce n'est pas tous les jours que je suis d'accord avec
Salvini", a déclaré Bruno Le Maire.
PARIS INFORMÉ EN AMONT
Sur fond d'élections européennes, les dirigeants politiques
à Rome n'ont été informés que peu de temps avant la révélation
du projet, selon une source au sein de FCA. Ce qui contraste
avec la façon dont le gouvernement français a été traité.
Le président de Fiat Chrysler John Elkann, qui parle
couramment le français, en avait informé les autorités
françaises il y a plusieurs semaines, selon une source
gouvernementale française.
Cela reflète le souci de FCA d'avoir le soutien du président
Emmanuel Macron, le groupe laissant ainsi à la France le temps
de préparer sa position. Bruno Le Maire a posé mardi quatre
conditions au feu vert de l'Etat, dont la protection des emplois
industriels français.
Dans le même temps, le gouvernement italien a semblé pris de
court et la suggestion de Matteo Salvini d'une prise de
participation de l'Etat italien dans une entité fusionnée pour
défendre les intérêts nationaux est un signe d'inquiétude.
Les entreprises françaises ont été les principaux
investisseurs étrangers dans les entreprises italiennes au cours
de la décennie écoulée, avec des opérations totalisant 43,3
milliards de dollars, selon les données de Refinitiv.
Certaines sont étroitement surveillées par Rome, qui
s'inquiète de la vulnérabilité de grandes entreprises, comme
Telecom Italia (TIM) TLIT.MI dont la Cassa Depositi e Prestiti
(CDP) est devenue récemment le deuxième actionnaire derrière
Vivendi VIV.PA .
L'Etat français, qui détient 15% du capital de Renault,
semble avoir d'autres atouts dans ce dossier. Lorsqu'il faudra
discuter emplois, Renault sera mieux armé que Fiat Chrysler pour
faire face aux surcapacités et aux évolutions technologiques.
DOUBLONS SUBSTANTIELS
Bruno Le Maire a exhorté les syndicats français à regarder
le potentiel de création d'emplois d'un ensemble franco-italien
qui serait doté d'une puissance de feu financière suffisante
pour assurer son indépendance dans des technologies stratégiques
comme les batteries électriques et les véhicules autonomes.
"On devrait être fier de créer un grand ensemble industriel
européen. Et lorsqu'on en crée, on dit : 'ah, mais il y a des
Italiens qui vont être peut-être devant nous!' Ce n'est pas le
sujet", a-t-il déclaré mardi sur RTL. "Le sujet, c'est de savoir
si (...) face à un grand constructeur automobile chinois, nous
sommes capables de créer un champion mondial automobile."
Le président Emmanuel Macron a déjà balayé par le passé les
objections des syndicats, notamment sur le projet de fusion
entre Alstom ALSO.PA et les activités ferroviaires de Siemens
SIEGn.DE , finalement bloqué par Bruxelles au nom de la
concurrence.
Des deux côtés des Alpes, les salariés se demandent jusqu'où
les garanties sur le maintien des emplois industriels pourront
être tenues. "Les doublons en termes de produits et de
plates-formes sont substantiels en Europe", souligne David
Lense, analyste chez UBS.
Renault a déjà considérablement restructuré sa base
française en lançant dès 2013 un vaste plan de compétitivité,
avec plus de 8.000 départs volontaires et le compactage des
usines, n'hésitant pas à transformer un site historique de
véhicules haut de gamme en usine pour fourgons, comme à
Sandouville (Seine-Maritime).
Le constructeur français emploie aujourd'hui environ 48.000
personnes en France et, selon une estimation d'analyste, ses
cinq principales usines d'assemblage en France tourneront cette
année en moyenne à 75% de leurs capacités.
BILAN CARBONE
Dans les six usines italiennes de Fiat, la configuration est
bien moins optimale. Le site historique de Mirafiori, à Turin,
où est assemblé le SUV Maserati Levante, ne devrait utiliser que
5% de sa capacité de production cette année. Selon LMC
Automotive, seuls deux sites du groupe - qui produisent la Fiat
Panda et la Fiat 500 - tournent à plus de 50%.
"Les défis à relever sont potentiellement d'importants
freins au projet, et plus importants encore pour FCA que pour
Renault", a commenté Deutsche Bank dans une note. "Renault n'a
pas besoin de se restructurer en France, et il a des émissions
de CO2 bien inférieures."
Le bilan en dioxyde de carbone - principal gaz à effet de
serre - de FCA s'est monté l'an dernier à 124 grammes par
kilomètre, contre un objectif européen de l'ordre de 95 grammes
fin 2020. Ce qui explique un accord conclu en avril avec Tesla
TSL.O pour comptabiliser les voitures électriques du groupe
californien moyennant plusieurs centaines de millions d'euros.
Les émissions moyennes de Renault atteignent quant à elles
113 grammes de CO2 au kilomètre.
(Avec Laurence Frost et Gilles Guillaume à Paris, Dominique
Rodriguez pour le service français)
Les tensions entre Paris et Rome jettent une ombre sur FCA-Renault
information fournie par Reuters 30/05/2019 à 13:25
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