Les taux souverains ont fortement progressé ces derniers temps, entraînant dans leur sillage les taux hypothécaires. Le rendement de l'obligation américaine à 30 ans vient d'atteindre son plus haut niveau depuis 2007, à 5,30%, celui de la France a retrouvé un sommet inédit depuis 2008, à 4,90%, tandis que celui du Japon a atteint un record historique au-delà 4%, pour ne citer que ces trois pays.
Bien que plusieurs facteurs contribuent à cette hausse, une partie importante du mouvement peut se justifier par la perspective d'une croissance nominale durablement élevée. Qu'il s'agisse de politiques monétaires jugées insuffisamment restrictives, en particulier aux États-Unis, de déficits publics excessifs, notamment aux États-Unis, au Japon et en France, ou encore de l'envolée des cours de l'énergie, tous ces facteurs contribuent à entretenir la croissance nominale, qui combine croissance réelle et inflation.
Pour le moment, la hausse des taux obligataires n'a pas provoqué de perturbation économique majeure, même si elle réduit déjà la capacité d'emprunt des entreprises et des ménages. Elle pourrait néanmoins commencer à peser davantage sur les pays européens les plus endettés ainsi que sur le Japon. La croissance nominale de ces économies, structurellement plus faible - autour de 3 % au Japon et de 4 % en Europe -, est désormais inférieure aux taux obligataires de long terme, ce qui complique la stabilisation du ratio dette publique/PIB. Aux États-Unis, où la croissance nominale fluctue entre 5 % et 7 %, les taux actuels pourraient bientôt devenir un problème.
Une inversion durable de cette tendance nécessitera un ralentissement de la croissance nominale, plus précisément de l'inflation. À court terme, une réouverture complète du détroit d'Ormuz pourrait contribuer à détendre les cours de l'énergie et à réduire la prime d'inflation intégrée dans les rendements. À plus long terme, le reflux des taux obligataires nécessitera probablement de l'orthodoxie budgétaire (réduction des déficits publics) et/ou monétaire (hausse des taux directeurs) afin de ralentir l'économie et, par conséquent, les pressions inflationnistes. Cela pourrait toutefois pousser le taux de chômage à la hausse.
Le problème est que, pour le moment, le nouveau président de la Fed traîne des pieds pour remonter les taux et que l'administration Trump ne cherche plus à réduire le déficit. En Europe et au Japon, les déficits sont également élevés et la consolidation budgétaire n'est pas à l'ordre du jour.
Le secrétaire au Trésor américain a fait la une mercredi en annonçant qu'il allait doubler le montant de ses rachats d'obligations face à l'envolée des taux obligataires. Mais, comme l'a très bien dit Cullen Roche, fondateur et directeur des investissements de Discipline Funds, racheter des obligations tout en enregistrant un déficit de 2 000 MdsUSD, c'est comme prendre de l'Ozempic tout en consommant 4 000 calories par jour...
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