Des manifestants rassemblés après avoir appris le décès de la retraitée Maricarmen Abascal, expulsée de son logement, dans un hôpital à Madrid, le 7 octobre 2026 ( AFP / Thomas COEX )
Maricarmen Abascal, l'octogénaire dont l'expulsion a suscité une vague de protestations énorme en Espagne ayant abouti à la convocation d'élections anticipées, est morte mercredi, un décès qui a suscité l'émotion et l'indignation chez les militants du droit au logement.
"Maricarmen vit, la lutte continue", "On ne tolérera pas une expulsion de plus !", ont entonné mercredi soir des centaines de manifestants rassemblés près du Parlement, dans le centre de Madrid.
Beaucoup sont venus de la toute proche Puerta del Sol, où des centaines de manifestants campent depuis dix jours pour exprimer leur colère, installés sur cette très touristique place du centre de Madrid depuis le début de ce mouvement né dans la foulée de l'expulsion de Maricarmen Abascal, le 23 septembre.
Sur le campement, l'ambiance est au deuil : au sol, des rangées de bougies éclairent faiblement les dalles de la place. Des militants s’enlacent, émus, après avoir observé une minute de silence en mémoire de l'octogénaire.
"Nous avons le regret d'annoncer que Maricarmen est décédée aujourd'hui", avait annoncé quelques instants avant mercredi soir le syndicat des locataires de Madrid dans un communiqué, saluant le combat de Maricarmen Abascal, "un tournant dans l'histoire de ce pays".
L'octogénaire était devenue un symbole des difficultés auxquelles sont confrontés nombre d'Espagnols sur le marché du logement quand elle avait été expulsée de son appartement de Madrid sur un brancard après le rachat de son logement par une société immobilière qui en avait fortement augmenté le loyer.
Triste ironie de l'histoire : conduite à l'hôpital après son expulsion, elle est finalement morte avant d'avoir pu regagner son logement, alors qu'un accord avait finalement été trouvé pour lui permettre de rentrer chez elle.
"On a tué Maricarmen"
"Je me reconnais dans cette situation, et en plus je souffre de la même chose. J'ai un enfant et je n'ai pas de foyer. Mon enfant est avec ma mère parce que je ne peux pas vivre avec lui. Nous allons continuer à nous battre non seulement pour moi, mais pour tous les gens", a affirmé à l'AFP sur la Puerta del Sol Ashely Pérez, 23 ans, une militaire qui vit dans une caserne parce qu'elle ne peut pas payer un loyer.
Des manifestants lèvent les bras lors d'un rassemblement de protestation et de recueillement, après avoir appris le décès de la retraitée Maricarmen Abascal, expulsée de son logement, dans un hôpital à Madrid, le 7 octobre 2026 ( AFP / Thomas COEX )
"On a tué Maricarmen. Les derniers jours d'une femme de 87 ans ont été remplis d'angoisse et se sont passés à l'hôpital", a dénoncé, la voix brisée par l'émotion, Nora Boumghait, une employée du marketing de 25 ans. "Si tout cela a commencé par elle, ça va continuer à cause d'elle", lâche-t-elle.
Le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez a exprimé sur X "toute (son) affection" à la famille et aux proches de Maricarmen Abascal. "J'adresse également une étreinte à tous ceux qui ressentent aujourd'hui cette perte comme la leur", a-t-il ajouté.
Son rival de droite aux prochaines législatives, Alberto Nunez Feijoo, a appelé au "respect", et à éviter "toute utilisation intéressée" de ce décès, à l'aube d'une campagne électorale durant laquelle le logement sera assurément un thème phare.
Face à l'intensification des mobilisations, le gouvernement de gauche - minoritaire - de Pedro Sanchez a promulgué la semaine dernière deux décrets comprenant des mesures visant à tenter de contenir la crise du logement, des textes rejetés vendredi dernier par les députés.
Des personnes rassemblées pour une veillée à la Puerta del Sol après avoir appris le décès de la retraitée Maricarmen Abascal, expulsée de son logement, le 7 octobre 2026 dans un hôpital de Madrid ( AFP / Thomas COEX )
Dans la foulée, après des manifestations massives dans de nombreuses villes d'Espagne au cours du week-end, le Premier ministre a annoncé lundi la convocation d’élections législatives anticipées pour le 29 novembre.
Les principaux syndicats espagnols ont quant à eux appelé mercredi à une grève générale pour le 11 novembre, à moins de trois semaines des élections, pour réclamer "de meilleurs salaires" et "un logement digne".
"La question du logement est au cœur des débats, mais le prix à payer pour en arriver là a été beaucoup trop élevé", a déploré mercredi le syndicat des locataires.

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