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Les risques liés au système financier ont augmenté depuis 2008 selon Carmignac

Boursorama09/12/2015 à 16:33

Pour Didier Saint-Georges (Carmignac), il est temps de réduire son exposition aux marchés actions alors que les risques baissiers dominent aux Etats-Unis et en Europe.

Cela fait plusieurs mois que Carmignac affiche une forte prudence vis-à-vis des perspectives des marchés actions. Didier Saint-Georges, membre du comité d’investissement, réaffirme ce point de vue dans sa lettre de gestion du mois de décembre.

Pour Didier Saint-Georges, le constat n’est pas nouveau, mais la formulation est tranchante : « Notre conviction aujourd’hui, c’est qu’il y a lieu de remettre en cause la tendance de marché des sept dernières années », affirme-t-il.

Le membre du comité d’investissement de Carmignac avait déjà déclaré en octobre dernier : « La hausse des marchés est simplement une bulle », des propos assumés en novembre sur le plateau d’Ecorama.

Etats-Unis : fin de cycle haussier

Détaillant son point de vue, Didier Saint-Georges explique : « Aux États-Unis, le marché n’a pas pris la mesure du risque de ralentissement économique qui s’annonce. Les résultats des entreprises ont amorcé leur décrue au troisième trimestre [alors que] le cycle économique est déjà vieux de sept années. Les marges des entreprises avaient considérablement augmenté jusqu’à récemment, pour atteindre des niveaux historiques, principalement portées par la contraction des coûts salariaux et la baisse des taux d’intérêt ». Or, ces deux facteurs positifs sont sur le point de se retourner.

On attend en effet une première remontée des taux directeurs de la Fed la semaine prochaine, vouée à se poursuivre progressivement. « Par conséquent, les marges des entreprises vont inexorablement baisser, a fortiori si le dollar s’apprécie », remarque Didier Saint-Georges. « Le moteur des exportations est lui-même très vulnérable aujourd’hui. Le ralentissement de l’activité industrielle chinoise se poursuit, poussant les entreprises à liquider leurs surcapacités sous la forme d’exportations à bas prix, ce qui renforce la pression sur les chiffres d’affaires des exportateurs américains », explique-t-il.

« Cette perspective globale n’est pas aujourd’hui reflétée dans l’indice S&P 500, toujours à 2% de ses plus hauts niveaux. L’une des raisons majeures est que l’engineering financier, et en particulier les considérables programmes de rachat d’actions [des banques centrales], a continué de gonfler les bénéfices par action », ajoute-t-il. En somme, le marché américain serait affecté par une phase de bulle, correspondant aux propos déjà tenus le mois dernier par Didier Saint-Georges.

Europe : « l’embellie a épuisé l’essentiel de son potentiel »

Le membre du comité d’investissement de Carmignac  n’est pas plus optimiste pour le marché européen que pour le marché américain.

Pour lui, « L’embellie cyclique que connaît l’Europe depuis le début de l’année a épuisé l’essentiel de son potentiel. Selon les dernières statistiques disponibles, le quatrième trimestre devrait confirmer la poursuite de l’embellie. Mais il y a de plus en plus de raisons d’anticiper une décélération de la zone euro dans les prochains trimestres ».

Les raisons sont les suivantes : « la très forte baisse de l’euro, l’effondrement du prix de l’énergie, un peu moins d’austérité fiscale et l’amélioration de la confiance sont en train de voir leurs effets  s’estomper, tandis que l’environnement global devient moins favorable. Dans le même temps, la croissance des prêts bancaires, qui avait commencé à s’améliorer à partir de février 2014, peine aujourd’hui à dépasser le rythme annuel de 1%, et est même retombée à 0,4% en octobre. Le trillion d’euros de prêts en arriérés d’intérêts qui reste encore dans les livres des banques européennes y est certainement pour quelque chose.

Certes, le président de la BCE Mario Draghi pourrait prendre de nouvelles mesures pour aider les opérateurs à ne pas broyer du noir. Mais « face au cycle économique global et aux pressions déflationnistes qu’exacerbe le ralentissement émergent, on est en droit de ne pas se faire trop d’illusions sur l’impact de ces mesures »

« Cette analyse peut sembler alarmiste ou prématurée », reconnaît lui-même Didier Saint-Georges, « mais force est de constater que sept ans après la grande crise de 2008, le traitement de cette dernière par les Banques centrales n’a pas permis d’atteindre davantage qu’une croissance économique très médiocre, tandis que les risques liés au système financier ont augmenté ».

En effet, « Le ralentissement émergent, ainsi que la tentative de normalisation de la politique monétaire américaine, élèvent aujourd’hui significativement selon nous le niveau de fragilité des marchés. Le moment nous semble venu, pour toute gestion active soucieuse de préservation du capital (…), de réduire son exposition au risque de marché », conclut-il sans tergiverser.

Xavier Bargue (redaction@boursorama.fr)

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