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« La hausse des marchés est simplement une bulle » (Carmignac)

Boursorama23/10/2015 à 12:42

Les indices boursiers poursuivent leur décollage suite aux propos de Mario Draghi. Carmignac s'inquiète néanmoins de la divergence entre la conjoncture économique réelle et le parcours des indices boursiers.

Malgré l’enthousiasme des opérateurs suite au discours de Mario Draghi prononcé jeudi, Carmignac affiche une grande prudence. Les marchés européens et américains progressent depuis déjà quelques temps sans que les fondamentaux l’expliquent, estime la société de gestion.

Le discours de prudence de Carmignac est clairement à contre-courant de l’enthousiasme qui anime les opérateurs de marché suite au discours de Mario Draghi. Celui-ci a évoqué jeudi un réexamen en décembre prochain du plan de « quantitative easing », la fameuse politique monétaire de relance de la BCE débutée en mars dernier. Cette déclaration a entrainé un bond des indices boursiers, qui se poursuivait vendredi matin.

Pour Carmignac, l’idée est simple : les mauvais signes économiques s’accumulent à l’échelle mondiale, mais les opérateurs ignorent de nouveau ces risques, portant bien plus d’intérêt aux politiques monétaires de la BCE et de la Fed, qui ne veulent pas brusquer les marchés. En découle un décollage des indices boursiers, sans que celui-ci soit soutenu par de solides fondamentaux économiques. Ce manque de corrélation entre la bourse et les fondamentaux n’est pas une nouveauté et est déjà venu à l’esprit de plus d’un investisseur. Quoi qu'il en soit, Carmignac évoque une situation de « bulle » et s’attend à une prise de conscience des opérateurs à l’avenir.

Plusieurs signaux économiques dans le rouge

« La croissance émergente s’effrite » relève Frédéric Leroux, gérant global de Carmignac, alors qu’en parallèle, la dette de ces mêmes pays émergents « a fortement augmenté », notamment dans le secteur privé. La conjugaison des deux éléments « correspond à ce qui s’est vu dans l’univers développé pré-Lehman », affirme le gérant, en référence à la croissance de l’endettement privé qui s’était observée dans les années fastes de l’économie américaine avant les difficultés de l’année 2008.

Carmignac ne s’inquiète que modérément du dossier chinois, alors que le pays ne devrait « pas subir de crash landing » (« atterrissage catastrophe »), contrairement à ce que l’on a pu croire récemment. Les pouvoirs chinois auraient en effet de la marge de manœuvre pour aider l’économie à atterrir en douceur si besoin, l’Etat ayant un très faible déficit et la banque centrale de Chine ayant différents leviers à sa disposition. Un œil est néanmoins gardé sur les flux de capitaux qui sortent du pays depuis maintenant plusieurs mois.

La société de gestion se fait un peu de soucis pour l’Europe alors que les exportations allemandes ont reculé significativement le mois dernier. Un peu d’inquiétude également vis-à-vis des Etats-Unis, où l’activité industrielle ralentit au point que le pays « est proche d’une récession industrielle ». Pour cette raison, « la dynamique économique [américaine] risque de décevoir le consensus », évoque toujours la société de gestion. Quant à l’économie japonaise, celle-ci ne parvient toujours pas à redécoller comme on pouvait l’espérer en début d’année, le pays subissant « l’influence des émergents » ainsi qu’une baisse des commandes à l’industrie. Mais comme en Europe, la banque centrale pourrait prochainement agir pour augmenter son « quantitative easing ».

Doutes sur l’efficacité du « quantitative easing » (QE)

Problème : Carmignac met en doute l’efficacité des plans de « quantitative easing » pour doper l’activité économique. « Si le QE de la Fed a marché à partir de 2009, c’est parce que le rebond économique était déjà en cours. Or, l'actuel QE européen se déroule alors que les craintes de rechute économique sont plus fortes ». Depuis sa mise en place, « le QE n’a pas réduit le surendettement global », notamment l’endettement public, remarque la société de gestion, qui affirme que « la soutenabilité de la dette n’est toujours pas assurée ». Surtout, « le QE n’a pas évité la baisse tendancielle de la croissance mondiale » et « n’a pas supprimé les pressions déflationnistes ». « Le QE n’améliore plus la profitabilité opérationnelle des entreprises » ajoute encore Carmignac.

Prenant l’exemple américain, la société de gestion remarque que le revenu réel médian des ménages n’a pas progressé depuis 2011, alors que les indices boursiers ont décollé pendant la phase de QE achevée en 2014 aux Etats-Unis. Pour Frédéric Leroux, « la hausse des marchés est simplement une bulle ». Le gérant poursuit : « les autres sociétés de gestion disent "bad news is good news" [car cela incite les banques centrales à agir], mais nous nous démarquons de ce discours. En effet, il n’est pas évident qu’en-dehors de l’effet d’annonce, le QE ait un effet positif [sur l’économie] ». Sans compter que « la succession des QE semble faire perdre leur efficacité économique [aux Banques centrales] », affirme Carmignac.

Gestion « très défensive »

« Il faut que le marché se rende compte d’un écart entre les attentes de bénéfices et la performance des entreprises en bourse », poursuit Frédéric Leroux. « Compte tenu des incertitudes sur la croissance, les actions ne sont plus bon marché » ajoute-t-il.

« Pour l’instant, le début de la saison des résultats trimestriels aux Etats-Unis montre que les chiffres d’affaires se réduisent. La prochaine étape pourrait être une déception sur les marges. Ce serait un signe que l’économie réelle ne suit plus les attentes optimistes du marché », estime pour sa part Didier Saint-Georges, membre du comité d’investissement de Carmignac

La position de Carmignac est claire : « Le marché n’a pas pris la mesure de ce qui est en train de se passer », affirme Frédéric Leroux. « Depuis le mois d’août, on perçoit vraiment que quelque chose a changé » affirme pour sa part Rose Ouahba, directrice de la gestion obligataire chez Carmignac.

Seul 7% du fonds « Carmignac Patrimoine » est actuellement exposé au marché actions, une proportion faible qui reflète la prudence de la société de gestion. « Nous sommes très défensifs », commente Frédéric Leroux.

Interrogé sur le sujet « positif » des faibles prix du pétrole pour l’économie européenne, Didier Saint-Georges explique sans enthousiasme que « la baisse des prix du pétrole a plutôt augmenté le phénomène de déflation qui participe à mettre en échec les banques centrales, et la baisse des prix du carburant ne s’est pas traduite par une accélération de la consommation des ménages, mais par davantage d’épargne ».

Pour Carmignac, même une éventuelle absence de hausse des taux de la Fed n’est pas un sujet d’enthousiasme. Ceci serait surtout le signe que « l’économie américaine ne pourrait pas supporter le moindre durcissement de la politique monétaire », ce que Didier Saint-Georges juge « inquiétant » car la Banque Centrale américaine n’aurait dès lors plus de levier majeur pour réguler le cycle économique.

X. Bargue (redaction@boursorama.fr)

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