Aller au contenu principal
Fermer

Les risques de crises systémiques dans l’après-Covid
information fournie par Le Cercle des économistes 07/06/2021 à 08:55

André Cartapanis
André Cartapanis

André Cartapanis

IEP Aix-en-Provence

Professeur

https://www.sciencespo-aix.fr/

(Crédits photo : Unsplash - Matthew Henry )

(Crédits photo : Unsplash - Matthew Henry )

Les fragilités économiques nées de la pandémie peuvent-elles provoquer des ondes de choc, entraîner des réactions en chaîne ? André Cartapanis revient sur les mécanismes des crises systémiques et explique la manière dont il est possible de les prévenir

Certaines notions « s'amortissent dans un usage de routine « (J. Lacan). Mais le recours récurrent à la notion de crise, en matière économique, loin de s'amortir, révèle plutôt une réalité permanente. Et ces crises se diffusent désormais à l'échelle internationale, on l'a vu avec les deux premières crises systémiques du XXIème siècle, la Grande crise financière de 2008-09 et la crise du Covid de 2020-21. Il faut donc se préparer aux prochaines crises systémiques.

Les crises économiques combinent toujours deux ordres de facteurs. D'abord, des fragilités ou des risques latents qui hypothèquent la pérennité ou la soutenabilité des équilibres de marchés, des situations macroéconomiques ou sectorielles, et qui suscitent des tensions, un temps maitrisées mais sujettes à l'épuisement des capacités de résilience, à des chocs endogènes. Ensuite, l'apparition de chocs exogènes, c'est-à-dire des évènements ou des phénomènes qui rendent insoutenables les situations préalables (sur le marché des changes, au sein d'un système financier, dans l'équilibre entre offre et demande globale au plan macroéconomique, sur les marchés pétroliers…) ou qui influent sur les perceptions de l'avenir et les anticipations des agents économiques, provoquant des revirements dans l'investissement, suscitant des ajustements des portefeuilles d'actifs ou une inflexion des choix de politique monétaire du côté des banques centrales.

Les chocs exogènes sont souvent des chocs locaux qui contaminent les risques globaux, jusqu'alors latents. La globalisation amplifie l'effet de ces chocs à cause de l'intensité des mobilités et des interdépendances internationales : imbrication des systèmes financiers, migrations incessantes des hommes et des femmes, intégration des chaînes de production à l'échelle internationale, dépendance vis-à-vis du commerce international et ruptures d'approvisionnements. En un mot, des risques latents se transforment en crises systémiques.

Pour tenter de prévenir les crises systémiques, il importe alors de se demander quels sont les risques globaux qui pèsent sur le monde de l'après-Covid, et donc quels sont les facteurs fondamentaux, les tendances lourdes, les principales sources de tensions susceptibles de se transformer en crises de vaste ampleur face à des chocs, par nature imprévisibles, mettant en cause la soutenabilité de la reprise ou provoquant de graves déséquilibres macroéconomiques au plan mondial ? Telle est l'ambition d'une révision toute récente opérée par le Fonds Monétaire International (FMI) dans la fonction de surveillance macroéconomique et financière qui lui est dévolue, soit à l'échelle de chaque pays-membre (avec les rapports annuels imposés par l'article 4 de ses statuts), soit à l'échelle globale (avec les World Economic Outlooks semestriels ou les External Sector Reports annuels).

Dans une série de rapports  publiés en mai 2021, tout récemment approuvés par le Board du FMI, l'institution de Washington tire les enseignements du passé récent et justifie une surveillance profondément renouvelée de l'économie mondiale et des pays-membres en fonctions des risques et des profondes incertitudes pesant sur la soutenabilité des situations macroéconomiques et financières face au nouveau paysage de l'économie mondiale. Plus que d'évaluer les déséquilibres monétaires ou financiers, il s'agit d'intégrer les risques globaux et les profondes incertitudes qui hypothèquent une croissance économique tout à la fois élevée, soutenable et inclusive. Cela recouvre ainsi les menaces suscitées par les technologies digitales, les impératifs du changement climatique, les risques du ralentissement des gains de productivité, la montée des inégalités de revenus et de patrimoines, le poids du vieillissement des populations, mais aussi les tensions géopolitiques. Et s'y ajoutent évidemment la nécessité d'anticiper et de réduire tous les mécanismes de contagion (spillovers) adossés à l'intégration internationale, tant à l'échelle des chaînes de production et du commerce international qu'à celle de la finance globale.

Si les déséquilibres monétaires et financiers, les tensions macroéconomiques, les situations de surendettement et les surréactions sur les marchés d'actifs sont à la source immédiate des crises en présence de chocs, elles sont perçues comme des sous-produits de ces risques globaux, de ces tendances lourdes, auxquelles n'échappe pratiquement aucune économie nationale et qui, tout à la fois, réduisent les marges de manœuvre des policymakers, fragmentent les sociétés et la cohésion sociale et hypothèquent la croissance économique. Si ces tendances lourdes ne sont pas inversées dans l'après-Covid, leur macro-criticality, selon les termes du FMI, ne pourra qu'engendrer de nouvelles crises systémiques, à l'échelle globale et à celle des sociétés.

Cette chronique est publiée dans le cadre des Rencontres Économiques AIX en Seine. Retrouvez André Cartapanis dans la Session 1 – « Sommes-nous capables d'anticiper de nouvelles crises ? », le vendredi 2 juillet 2021 à partir de 15h30.
________________________________________
Les Rencontres Économiques d'Aix-en-Provence, les 2, 3 et 4 juillet 2021 « Saisir l'avenir, ensemble ». 3 jours de débats qui se tiendront à Aix-en-Provence, accessibles en ligne gratuitement et ouverts à tous.
Retrouvez le programme complet et toutes les informations sur le site lesrencontreseconomiques.fr

1 commentaire

  • 07 juin 11:01

    Là, vraiment, Monsieur Cartapanis écrit pour ne rien dire...


Signaler le commentaire

Fermer

A lire aussi

  • Un employé d'une station-service remplit le réservoir d'une voiture à Quito, le 12 mars 2026 en Equateur ( AFP / Rodrigo BUENDIA )
    information fournie par AFP 13.03.2026 09:45 

    Voici les dernières évolutions économiques mondiales vendredi vers 08H00 GMT, au 14e jour de la guerre au Moyen-Orient: - Pétrole: le baril de Brent à 101 dollars Le baril de Brent, référence internationale pour le pétrole, progressait encore un peu vendredi. Peu ... Lire la suite

  • Le siège d'Euronext, dans le quartier d'affaires et financier de La Défense, à Courbevoie, près de Paris
    information fournie par Reuters 13.03.2026 09:41 

    Les principales Bourses européennes reculent en début ‌de séance vendredi, une fois de plus pénalisées par les prix du pétrole, qui ne donnent aucun ​répit alors que la guerre se poursuit au Moyen-Orient. À Paris, le CAC 40 perd 1,22% à 7.887,28 points vers 08h26 ... Lire la suite

  • Cash & Curious : la nouvelle émission pour prendre en main votre épargne !
    information fournie par Boursorama 13.03.2026 09:27 

    Vous le savez, vous le sentez, vous pourriez votre mieux avec votre épargne et vos placements. Mais le manque de temps, la peur du risque et le sentiment de ne pas être suffisamment expert vous brident dans vos décisions. Alors bienvenue ! Cette nouvelle émission ... Lire la suite

  • La salle de contrôle d'Euronext, société qui gère la Bourse de Paris ( AFP / ERIC PIERMONT )
    information fournie par AFP 13.03.2026 09:13 

    Les Bourses européennes ont ouvert dans le rouge vendredi sur fond de guerre au Moyen-Orient et de tension sur les prix du pétrole, toujours aux alentours du seuil symbolique des 100 dollars le baril. Dans les premiers échanges, la Bourse de Paris perdait 1,06%, ... Lire la suite

Mes listes

Cette liste ne contient aucune valeur.
Chargement...