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Les entreprises européennes en première ligne face à la menace de nouvelles surtaxes US
information fournie par Reuters 19/01/2026 à 18:23

Un employé ajuste les drapeaux de l'UE et des États-Unis au siège de la Commission européenne à Bruxelles

Un employé ajuste les drapeaux de l'UE et des États-Unis au siège de la Commission européenne à Bruxelles

par Adam Jourdan

La menace du président américain Donald Trump d'imposer de nouveaux droits de douane aux pays s'opposant à son projet de rachat du Groenland place les entreprises européennes en première ligne alors que celles-ci commençaient à peine à digérer les accords commerciaux durement négociés l'an dernier entre Bruxelles et Washington.

Le locataire de la Maison blanche a déclaré samedi qu'il ‍relèverait, à compter du 1er février, les surtaxes sur les produits en provenance du Danemark, de la Suède, de la France, de l'Allemagne, des Pays-Bas et de la Finlande, de la Grande-Bretagne et de la Norvège, jusqu'à ce que les Etats-Unis soient autorisés à acquérir le Groenland. Cette décision a été dénoncée par les principaux Etats membres de l'Union européenne (UE), qui parlent d'un chantage.

Les ambassadeurs de l'UE sont parvenus dimanche à un accord général pour intensifier les initiatives visant à ‌dissuader Donald Trump d'imposer ces droits de douane, tout en préparant un ensemble de mesures de rétorsion au cas où ces surtaxes seraient imposées, ont indiqué des diplomates du bloc.

La décision prise par le président américain a provoqué une onde de choc dans le secteur industriel et des remous sur les marchés, ravivant les craintes d’un retour à la volatilité observée lors de la guerre commerciale de l’an dernier, qui n'avait été atténuée ​qu'après la conclusion progressive d'accords douaniers.

"C'est une situation très grave, d'une ampleur inconnue. Ça pousse tout le monde à se mobiliser, mais il faut se mobiliser au plus haut niveau et de la meilleure manière possible", ⁠a dit Gabriel Picard, président de la Fédération des Exportateurs de Vins et Spiritueux (FEVS) à Reuters.

Il a ajouté que, sur le dernier semestre 2025, une baisse d’activité de 20% à 25% aux États-Unis a été enregistrée et que de nouveaux droits de douane auraient un impact "significatif". Il a exhorté l'Union européenne à rester "unie et coordonnée" et à "parler d'une seule voix".

"On rentre dans une ⁠zone d'inconnue totale," a-t-il ajouté.

RISQUE D'UNE GUERRE COMMERCIALE COMME EN 2025

Les huit pays européens cités ‍par Donald Trump, dans un message publié sur son réseau Truth Social, sont déjà visés par des droits de douane de 10% à 15% imposés l'an dernier ⁠sur toutes leurs marchandises, auxquels s'ajouteraient de nouvelles surtaxes dès le mois prochain.

Le bloc monétaire, dont les échanges de biens et de services avec les Etats-Unis sont estimés à 1.500 milliards de dollars en 2024, semble de son côté prêt à riposter. L'Europe compte de grands constructeurs automobiles en Allemagne, des fabricants de médicaments au Danemark et en Irlande, ainsi que des entreprises de biens de consommation et de luxe en Italie et en France.

Lors d'un sommet en urgence, qui se ​tiendra jeudi à Bruxelles, les dirigeants de l'UE devraient examiner différentes options, dont une série de droits de douane sur les importations américaines d'un montant de 93 milliards d'euros, qui pourraient entrer en vigueur automatiquement le 6 février, après une pause de six mois.

Une autre mesure envisagée est le recours à l'"instrument de lutte contre la coercition", un outil jamais utilisé, qui pourrait limiter l'accès aux marchés publics, aux investissements ou aux activités bancaires, ou encore restreindre le commerce des ⁠services, domaine dans lequel les Etats-Unis ont un excédent avec l'Union européenne.

"La voie la plus probable est un retour à la guerre commerciale qui a été suspendue dans les accords de haut niveau conclus par ​les Etats-Unis avec le Royaume-Uni et l'UE au cours de l'été", estime Carsten Nickel, directeur adjoint d'études chez Teneo.

"La question clé à suivre est de savoir ​si l'UE tentera de limiter la confrontation à une guerre ​commerciale plus 'classique' ou si les appels à une ligne plus dure prévaudront", a-t-il ajouté.

RECHERCHE DE NOUVEAUX MARCHÉS

Le président du directoire du constructeur allemand de sous-marins TKMS, Oliver Burkhard, a déclaré que la menace groenlandaise était probablement le choc dont ​l’Europe avait besoin pour durcir son approche et se concentrer sur le développement de ses propres programmes conjoints afin d’être plus indépendante ⁠des États-Unis.

"Il est probablement nécessaire (…) de recevoir un coup dans le tibia pour réaliser que nous pourrions devoir nous équiper différemment à l’avenir", a-t-il déclaré à Reuters.

Pour Susannah Streeter, responsable de la stratégie d'investissement chez Wealth Club, le risque d'une guerre commerciale crée "un niveau supplémentaire de décision difficile" pour les entreprises qui exportent vers les Etats-Unis.

"Face à cette menace, une guerre commerciale n’entraîne dans l'affaire que des perdants", a souligné Christophe Aufrère, directeur général de la Plateforme française automobile (PFA).

Neil Shearing, chef économiste chez Capital Economics, souligne, pour sa part, que certains pays de l'UE - Espagne, Italie et d'autres - ne figurent pas sur la liste des Etats menacés de nouveaux droits de douane, ce qui pourrait conduire à un "réacheminement" des échanges vers ces pays afin d'éviter les ‌nouvelles surtaxes.

Les analystes notent également que les nouveaux droits de douane, en cas d'application, pénaliseraient probablement aussi les Etats-Unis en faisant grimper les prix et en provoquant un afflux d'importations avant leur entrée en vigueur, tout en encourageant les entreprises à rechercher de nouveaux marchés.

"Pour l'Europe, il s'agit d'un mauvais casse-tête géopolitique et d'un problème économique modérément important. Mais cela pourrait aussi se retourner contre Trump", prévient Holger Schmieding, chef économiste chez Berenberg.

Selon le groupement industriel allemand VCI, de nouveaux droits de douane américains pénaliseraient les industries chimiques et pharmaceutiques des deux côtés de l’Atlantique.

" Une spirale douanière entraînerait des coûts économiques élevés en Europe comme aux États-Unis", a-t-il prévenu dans un communiqué. "Le président (Donald) Trump compte sur une Europe divisée. La réponse de l’Europe ne peut donc être que l’unité : unie, déterminée et à tous les niveaux."

(Reportage Adam Jourdan, Christoph Steitz, Sybille de La Hamaide, Gilles Guillaume et Mathieu Rosemain; avec la contribution de Samuel Indyk, Josephine Mason et Gregor Stuart ‌Hunter; version française Claude Chendjou et Elena Smirnova, édité par Sophie Louet)

1 commentaire

  • 19 janvier 12:18

    Tant pis, les américains mangeront moins de bon roquefort de bons morceaux du Charolais et boiront moins de champagne brut et de cognac. Et les européens mangeront moins de riz américain de beurre de cacahuètes et boiront moins de sprite et de fanta.


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