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Le satellite Taranis à la recherche de la face cachée des orages
information fournie par Reuters 29/01/2020 à 14:54

    par Johanna Decorse
    TOULOUSE, 29 janvier (Reuters) - Après presque dix années de
gestation, le satellite Taranis, dédié à l’étude de la face
cachée des orages, passe cette semaine ses derniers tests
grandeur nature avant son lancement mi-juin de la base de
Kourou, en Guyane.
    Lancée début 2011 à Toulouse par le Centre national d’études
spatiales (Cnes), la mission Taranis vise à observer et
caractériser pour la première fois les phénomènes lumineux,
radiatifs et électromagnétiques qui se produisent entre 20 et
100 kilomètres d’altitude au-dessus des orages.
    Car si l’on connaît bien les éclairs et le tonnerre, ces
manifestations des orages observables de la Terre qui se
produisent dans les couches basses de l’atmosphère terrestre, ce
qui se passe plus haut reste encore énigmatique.
    Lors des orages se forment de gigantesques « flashs
lumineux » de 30 à 90 km de haut qui explosent au-dessus des
nuages. Découverts dans les années 1990, ces phénomènes lumineux
transitoires, appelés TLE pour "Transient Luminous Events",
dessinent de véritables feux d’artifice sous forme de filaments
et de halos, des anneaux en expansion ou des jets colorés dans
le ciel.
    Ils demeurent « mystérieux » pour les scientifiques qui les
ont baptisés « sprites » (lutins), « elfes » ou « blue jets ».
    Ces flashs lumineux sont parfois accompagnés de rayonnements
X et gamma de très forte intensité émis en direction de
l’espace, qu’on appelle TGF pour Terrestrial Gamma-ray Flash.
    "Taranis doit permettre de répondre à plusieurs
interrogations sur la nature physique de ces phénomènes mal
connus qui interagissent avec notre atmosphère, l’univers et le
rayonnement cosmique", explique Christophe Bastien-Thiry, chef
de projet au Cnes.
    "Ont-ils toujours existé ? Qu'est-ce qui les provoque ? Quel
est leur impact sur la composition de l'atmosphère et faut-il
les inclure dans les modèles de prédiction d’évolution du
climat?", s'interroge-t-il.
    
    UN ÉCLAIR SUR DIX
    Au-delà des connaissances fondamentales, la mission Taranis,
au budget de 110 millions d'euros, pourrait aussi avoir une
incidence sur l’aviation civile et militaire.
    "Contrairement aux avions de ligne, certains avions
militaires, des jets privés, passent au-dessus des orages pour
les contourner. Les flashs gamma peuvent avoir des effets sur
les équipements et le personnel navigant ce qui pose la question
de leur sécurité et de leur suivi médical", précise Christophe
Bastien-Thiry.
    Positionné à 700 kilomètres d’altitude, Taranis survolera
durant deux ans minimum des milliers de TLE et TGF. Ce
micro-satellite de 180kg, qui doit son nom au dieu celte de la
foudre, embarquera à son bord huit instruments.
    Son « laboratoire » lui permettra de détecter ces phénomènes
très brefs, d’une durée de quelques millisecondes, et
d’enregistrer à haute résolution leurs signatures lumineuses et
radiatives ainsi que les perturbations électromagnétiques qu’ils
provoquent dans la haute atmosphère terrestre.
    "Des micro-caméras pourront imager les scènes d’orages, à
raison d’environ dix images par seconde et localiser les éclairs
susceptibles de déclencher ces phénomènes. On pense qu’un éclair
sur dix provoque l’un de ses évènements", dit Christophe
Bastien-Thiry.
    Taranis doit être lancé mi-juin de Kourou par Arianespace
avec un lanceur Vega. D'ici là, Taranis subit jusqu’à la fin de
la semaine au centre spatial de Toulouse les derniers tests
grandeur nature dans son « environnement » de lancement.
    Une part du lanceur Vega a été acheminée sur place pour que
les équipes du Cnes puisse tester la compatibilité mécanique et
électrique du satellite, en clair sa capacité à bien s’accrocher
et à se séparer du lanceur. Elles procèdent aussi à des « essais
de choc » en simulant la séparation de la coiffe, le sommet de
la fusée, qui intervient peu de temps après le tir.
    Suivront des « essais de bonne santé » et l’intégration des
éléments manquants, dont les panneaux solaires. Taranis quittera
Toulouse fin avril-début mai pour Kourou où auront lieu les
derniers essais de répétition et de configuration.
    Selon le chef de projet, Taranis sera pleinement
opérationnel fin 2020.

 (Edité par Sophie Louet)
 

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