De la fumée s'élève à Deir Seryan, dans le sud du Liban, après une frappe israélienne le 2 mars 2026 ( AFP / Rabih DAHER )
La guerre au Moyen-Orient s'aggrave lundi sur de multiples fronts avec de nouveaux raids aériens massifs américains et israéliens sur l'Iran, qui continue à viser les pays du Golfe et même le territoire de l'Union européenne à Chypre.
Raffinerie saoudienne touchée par un incendie, suspension de la production de gaz naturel liquéfié au Qatar, pétrolier touché au large d'Oman: l'inquiétude sur l'extension du conflit a gagné les marchés, faisant grimper les cours des hydrocarbures et baisser les Bourses, sans toutefois provoquer à ce stade la panique des investisseurs.
Au troisième jour de la guerre, chaque camp affiche sa détermination à poursuivre les hostilités et les pays du Golfe ont menacé de riposter si nécessaire à "l'agression" iranienne.
"Nous irons aussi loin que nécessaire", a prévenu le ministre américain de la Défense, Peter Hegseth, avec pour objectif affiché par les Etats-unis et Israël de renverser la République islamique en place depuis 1979.
- Téhéran ville fantôme -
Israël a étendu ses opérations au-delà de l'Iran en menant des frappes massives au Liban, qui ont fait 31 morts, en riposte à une attaque du mouvement chiite Hezbollah en soutien à Téhéran.
Un incendie dans un immeuble après une frappe israélienne dans un quartier au sud de Beyrouth, le 2 mars 2026 ( AFP / - )
Le gouvernement libanais a vivement réagi en proclamant "l'interdiction immédiate" de toutes les activités sécuritaires du Hezbollah, avec le souci de ne pas plonger le pays dans une nouvelle guerre meurtrière avec Israël après celle de 2023 et 2024.
En Iran, de violentes explosions ont secoué différents quartiers de Téhéran, où le Quartier général des Gardiens de la Révolution a été détruit par des frappes américano-israéliennes. Des frappes ont également été annoncées dans le centre et l'ouest du pays.
La capitale iranienne a des airs de ville fantôme déserté par ses habitants. Certains, valises et bagages en main, s'apprêtent à faire de même. Miaulements de chats et cris d'oiseaux ont remplacé par endroits le vacarme habituel des embouteillages.
La façade de l'hôpital Gandi à Téhéran, endommagée le 1e mars lorsqu'un projectile percuté une tour de télécommunications de la télévision d'État et des bâtiments voisins de l'autre côté de la rue, lors de la campagne militaire américano-israélienne sur la capitale, le 2 mars 2026 ( AFP / ATTA KENARE )
Seuls signes d'activité, les clients faisant provision de fruits et de pain dans les rares commerces ouverts et les automobilistes patientant devant les stations-services.
A chaque détonation, les Iraniens sont partagés entre angoisse et espoir d'une nouvelle ère.
"Chaque fois que nous entendons ces bruits, nous avons peur pendant une seconde. Mais nous ressentons aussi de la joie et de l'excitation ", confie une avocate de 45 ans, dans un message vocal envoyé à un proche résidant en Europe.
- Chypre en alerte -
Malgré la mort de nombreux responsables, dont celle du guide suprême Ali Khamenei, le chef du Conseil suprême de sécurité nationale, Ali Larijani, a affirmé que son pays se battrait "quel que soit le prix" pour "défendre farouchement" sa "civilisation vieille de 6.000 ans".
Des membres des forces de sécurité iraniennes montent la garde dans une rue de Téhéran, près d'un panneau d'affichage à l'effigie du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, le 2 mars 2026 ( AFP / - )
"L'Iran, contrairement aux Etats-Unis, s'est préparé à une longue guerre", at-il lancé, rejetant toute négociation avec Washington.
La République islamique a continué à lancer des missiles et des drones en direction d'Israël, disant avoir visé les bureaux du Premier ministre Benjamin Netanyahu, et les riches pays du Golfe, qui abritent plusieurs bases militaires américaines.
Le Koweit a été parmi les plus touchés. Une épaisse fumée noire s'est élevée dans la matinée au-dessus de l'ambassade des Etats-Unis et d'une centrale électrique dans le nord.
Des avions de la compagnie Emirates stationnés sur le tarmac de l'aéroport international de Dubaï, le 2 mars 2026 ( AFP / Fadel SENNA )
Trois avions de combat ont par ailleurs été abattus par erreur par la défense aérienne koweïtienne. Les six membres d'équipage se sont éjectés et sont sains et saufs.
Des journalistes de l'AFP ont également constaté des explosions aux Emirats arabes unis, au Qatar, en Arabie Saoudite ou à Bahreïn.
A Chypre, le pays de l'UE le plus proche du Moyen-Orient, une base aérienne britannique à Chypre a été frappée par des drones iraniens, entraînant des évacuations dans le sud de l'île méditerranéenne.
Le Premier ministre britannique Keir Starmer avait annoncé dimanche autoriser les Etats-Unis à utiliser les bases britanniques dans sa guerre contre l'Iran, dans un objectif "défensif".
- "Finissons le travail" -
C'est une guerre de "nombreux jours" qui s'annonce, a averti Israël, Donald Trump misant lui sur "quatre à cinq semaines", selon une déclaration au New York Times.
Questionné par le journal sur l'avenir de l'Iran, et plus particulièrement sur qui il souhaitait voir à la tête du pays, le président américain a répondu: "J'ai trois très bons choix", avant d'ajouter: "Je ne les dévoilerai pas pour l'instant. Finissons d'abord le travail".
L'annonce de la disparition du guide suprême Ali Khamenei, qui a dirigé l'Iran d'une main de fer durant près de 37 ans, a donné lieu dimanche à Téhéran à un rassemblement de milliers de partisans du pouvoir, criant "mort à l'Amérique", "mort à Israël", selon un journaliste de l'AFP sur place.
Carte du Moyen-Orient montrant les frappes iraniennes des 28 février, 1er et 2 mars sur les bases militaires abritant du personnel américain ou sur les aéroports dans la région, en riposte aux attaques d'Israël et des Etats-Unis depuis le 28 février (recensement non exhaustif) ( AFP / Luca MATTEUCCI )
La nouvelle a aussi été accueillie avec des acclamations de joie dans les rues, selon des vidéos vérifiées par l'AFP.
Le président iranien, Massoud Pezeshkian, a déclaré dimanche que venger la mort du guide suprême était un droit "légitime". Et le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a averti que l'Iran ne se fixait "aucune limite" dans son droit à se défendre.
Outre Ali Khamenei, tué samedi, et son épouse Mansoureh Khojasteh Bagherzadeh, qui a succombé lundi, plusieurs hauts responsables iraniens, dont le chef des Gardiens de la Révolution, Mohammad Pakpour, un conseiller du guide suprême, Ali Shamkhani, et le chef d'état-major de l'armée, Abdolrahim Moussavi, sont morts dans l'attaque israélo-américaine, selon les médias iraniens.

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