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Le marché obligataire américain frôle les 5%, que faut-il prévoir ?
information fournie par Reuters 08/09/2026 à 12:00
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par Karen Brettell, Chuck Mikolajczak, Svea Herbst-Bayliss et Gertrude Chavez-Dreyfuss

La vente massive d'obligations américaines, amorcée par la guerre au Moyen-Orient, a poussé le rendement des bons du Trésor à 10 ans

US10YT=RR à avoisiner les 5%, un niveau inédit depuis près de deux décennies et dont les répercussions seraient diverses.

Certains analystes estiment que les actions et autres marchés pourraient souffrir de la hausse des coûts d'emprunt pour les consommateurs et les entreprises. Mais la situation est plus complexe.

Selon certains analystes, la frénésie d'investissements alimentée par l'essor de l'intelligence artificielle (IA) est le principal moteur de cette croissance, et la hausse des rendements témoigne généralement d'une économie robuste où la demande de capitaux est forte. Tant que le boom de l'IA se poursuit, les marchés en général suivront la même tendance, affirment les partisans de cette analyse.

Une autre théorie a gagné du terrain cet été. Les gouvernements des pays riches, menés par les États-Unis, se sont lancés dans une frénésie de dépenses. Dans ce pays, le déficit budgétaire s'est creusé récemment et la dette publique a franchi la barre des 40.000 milliards de dollars (34.420 milliards d'euros). La vente massive d'obligations, aussi modérée soit-elle selon de nombreux indicateurs, pourrait-elle annoncer des difficultés plus importantes à venir ?

Avec le S&P 500 .SPX à l'aube d'un nouveau record, tour d'horizon des éventuelles répercussions de l'envolée des rendements au retour d'un week-end prolongé pour les marchés américains fermés lundi en raison de la fête du Travail ("Labor Day") :

COÛTS D'EMPRUNT DES ENTREPRISES

La hausse des rendements à dix ans entraînera une augmentation du coût des emprunts pour les entreprises, rendant plus onéreux le refinancement de leur dette et le financement des acquisitions et des investissements. Cela pourrait peser sur leurs bénéfices, les entreprises augmentant leurs emprunts pour financer leurs investissements dans l'IA et les centres de données.

Malgré tout, la hausse des rendements des bons du Trésor pourrait être avantageuse pour les investisseurs et stimuler l'achat de titres de créance de toutes sortes, dès lors que les rendements auront suffisamment augmenté pour les rendre plus attractifs. Les écarts de taux des obligations de qualité se situent à des niveaux historiquement bas, témoignant de la solidité des plus grandes entreprises et des perspectives d'investissement, mais indiquant que les investisseurs disposent d'une protection limitée en cas de détérioration des conditions de crédit.

MULTIPLES D'ACTIONS

Les actions ont souvent semblé surévaluées durant le marché haussier des dernières années, mais elles risquent de faire face à une concurrence accrue de la part des obligations avec la hausse des rendements.

Albert Edwards, de Société Générale, affirme dans un récent commentaire que le ratio du rendement des bons du Trésor américain à 30 ans US30YT=RR sur le rendement des dividendes sur les actions est à son plus haut niveau depuis l'éclatement de la bulle Internet en 2000, ce qui explique en partie pourquoi certains investisseurs craignent une fragilité des gains boursiers.

Les sceptiques pourraient remettre en question les inquiétudes concernant les rendements des dividendes, compte tenu de la solidité des bénéfices et du fait que peu d'investisseurs achetant des valeurs technologiques à l'origine de la hausse du marché le font pour percevoir des dividendes. Cependant, Albert Edwards affirme qu'un marché surévalué est un marché fragile.

"Bien que la valorisation ne déclenche pas en soi un marché baissier, elle rend certainement le marché plus vulnérable aux mauvaises nouvelles", a-t-il déclaré.

LE RAPPORT RENDEMENT/PIB

Le lien entre le rendement des obligations du Trésor à dix ans et la croissance économique nominale américaine a peut-être été négligé lors de la vente massive d'obligations. Cependant, les analystes qui suivent ce ratio ne s'en inquiètent pas particulièrement.

Le rendement de référence s'est établi à 4,8% vendredi et a atteint plus tôt dans la semaine son plus haut niveau depuis octobre 2023. Toutefois, la croissance nominale du PIB en glissement annuel s'est établie à 6,07% au premier trimestre et a progressé à 6,56% au deuxième trimestre, maintenant ainsi les coûts d'emprunt en dessous du taux de croissance de l'économie.

Les économistes affirment que cette marge de croissance permet à Washington d'accroître les déficits sans que le fardeau de la dette ne devienne incontrôlable.

La situation pourrait changer si les calculs s'inversent. Lorsque les rendements des bons du Trésor dépassent la croissance, la dette devient de plus en plus difficile à supporter, car les coûts d'intérêts s'accumulent plus vite que les recettes. Face à la hausse des rendements et à l'importance des déficits, les analystes estiment que la marge de manoeuvre se réduit.

CROISSANCE RÉELLE

Les inquiétudes liées à l'inflation refont surface sous la direction de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale (Fed), mais les craintes concernant les prix sont loin d'être le principal facteur expliquant la hausse des rendements cette année. Le taux d'intérêt réel moyen à long terme du Trésor américain, qui reflète la moyenne non pondérée des rendements réels proposés sur tous les titres indexés sur l'inflation en circulation dont l'échéance résiduelle est supérieure à dix ans, a atteint 2,92% cette semaine, contre 2,55% à la fin de l'année dernière.

Il conviendra de surveiller ce chiffre au fil de l'année, car la hausse des taux réels est cohérente avec une croissance économique solide, ce qui constitue la recette de l'administration pour gérer les inquiétudes liées à la dette.

"La récente hausse des rendements des obligations du Trésor à long terme est principalement due aux taux réels", a déclaré Gennadiy Goldberg, responsable de la stratégie des taux américains chez TD Securities USA.

RUMEURS SUR LES TRANSACTIONS

L'année qui s'annonçait comme celle des méga-transactions est désormais mise à rude épreuve par la flambée des coûts d'emprunt. Les investisseurs décrivent un changement d'attitude radical.

Un gestionnaire de fonds spéculatifs a décrit comment la peur s'insinuait dans les conversations avec d'autres investisseurs et banquiers quelques jours avant la fête du Travail ("Labor Day"), lundi, qui marque depuis longtemps la fin non officielle de l'été et le retour à des volumes d'échanges plus importants ainsi qu'à une activité de transactions accrue.

De nombreux acteurs du marché se préparent désormais à un ralentissement potentiel, selon plusieurs investisseurs, ce qui pourrait retarder de plusieurs mois la conclusion des transactions. Certains investisseurs estiment que les négociateurs peuvent compenser ce ralentissement par des ajustements de prix et de structure, mais ils constatent également une baisse notable des prix que les acheteurs sont prêts à payer, une nouvelle qui ne rassure pas Wall Street.

"Le coût de toutes les opérations augmente et cela va avoir un impact sur la conclusion des transactions", a déclaré un autre investisseur.

(Rédigé par Gertrude Chavez-Dreyfuss, Karen Brettell, Svea Herbst-Bayliss et Chuck Mikolajczak ; version française Coralie Lamarque, édité par Augustin Turpin)

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