Malgré l'envolée des taux, les tensions géopolitiques et les premières interrogations autour du boom de l'intelligence artificielle, Ostrum Asset Management se veut positif quant à la dynamique des actions pour la fin de l'année. La société de gestion table encore sur un potentiel d'environ 3%, porté par une dynamique bénéficiaire robuste. Mais derrière cette apparente sérénité, les fragilités s'accumulent : financement de l'IA, marges historiquement élevées, tensions sur le crédit et risque souverain français...
Après bientôt cinq années de progression presque ininterrompue des marchés actions, la fête peut-elle encore continuer longtemps ? Chez Ostrum AM, la réponse est positive mais mesurée. "On devrait avoir de la volatilité mais pas de changement de tendance", croit savoir Frédéric Leguay, responsable de la gestion actions fondamentales au sein de la société. Selon lui, les investisseurs conservent ainsi une forte volonté de rester exposés aux actifs risqués. "On n'a pas l'impression que la musique va s'arrêter", constate le gérant.
Pour la fin de l'année, la société de gestion vise une performance de 3% au-dessus des niveaux actuels, une cible volontairement prudente alors que novembre et décembre constituent traditionnellement une période favorable aux actions.
Les bénéfices tiennent la Bourse
La principale raison de cet optimisme tient aux entreprises. En Europe, la croissance attendue des bénéfices par action approche désormais 20% en 2026, contre environ 14% anticipés en début d'année. Une partie de cette révision tient à l'amélioration des perspectives bénéficiaires du secteur énergétique, portée par la hausse des cours du pétrole. Mais l'activité et les marges des entreprises ont également mieux résisté que prévu.
Plus largement, le commerce mondial a déjoué les pronostics. Et la statistique a même de quoi surprendre : malgré les droits de douane, les conflits et les perturbations des grandes routes commerciales, les échanges internationaux ont progressé de plus de 7% sur un an.
Cette résistance doit beaucoup à l'intelligence artificielle, avec notamment des ventes de semi-conducteurs qui ont plus que doublé en un an. Attention, toutefois, au potentiel retour de flamme : c'est en effet au sein de ce moteur que se niche aussi l'un des principaux risques.
L'IA, un moteur performant... qui pourrait caler ?
S'il est difficile de contester le potentiel de transformation de l'IA, les interrogations quant au coût financier exorbitant de cette technologie sont légitimes (sans parler des coûts environnementaux, sociaux, énergétiques...). Axel Botte, directeur de la stratégie marchés chez Ostrum AM, rapporte que l'ensemble des investissements associés à l'IA représente désormais environ 5 points de PIB américain, tandis que les dépenses liées aux centres de données et aux équipements associés avoisineraient 1 000 milliards de dollars.
"On peut donc se demander dans quelle mesure on n'est pas dans une bulle de surinvestissement", s'interroge le stratégiste, qui considère d'ailleurs que "Nvidia se comporte un peu comme le banquier du secteur", évoquant notamment l'importance grandissante des créances commerciales dans les comptes du géant américain. Les hyperscalers représenteraient désormais 4% à 5% du marché européen du crédit.
Pour Frédéric Leguay, le modèle économique des grands modèles de langage reste également à démontrer face à l'émergence de concurrents. Et personne ne serait totalement protégé contre un retournement : "Ce n'est pas parce que vous êtes Nvidia et que vous fournissez les hyperscalers, surtout si vous financez vos clients, que vous échapperez au ralentissement de toute la chaîne."
Les taux, l'autre ligne rouge
Autre point de vigilance : le marché obligataire. Si les actions ont jusqu'ici résisté à l'envolée des rendements, cette déconnexion ne pourra peut-être pas durer éternellement.
Pour Axel Botte, un rendement du 10 ans américain autour de 6% commencerait à devenir "très problématique" pour les marchés. Mais plus encore que le niveau absolu des taux, le véritable signal d'alarme serait une difficulté des États-Unis à placer leur dette.
"Là où il faut s'inquiéter, c'est dès lors que les adjudications se passent mal", insiste-t-il. Une adjudication de dette américaine à cinq ans avait d'ailleurs récemment été mal accueillie par le marché, alimentant la remontée des rendements.
Avec des stocks de dette considérables, les États doivent continuellement revenir sur les marchés pour refinancer leurs échéances. Une adjudication ratée pourrait donc provoquer un brusque regain d'aversion pour le risque et contaminer les actions. "C'est plus un climat peut-être qu'un seuil", résume le stratégiste.
France : pas qu'un problème de dette
Dans ce paysage déjà chargé, la France occupe une place particulière. La Bourse de Paris accuse une sous-performance d'environ 10% par rapport à la zone euro cette année. Si l'écartement du spread souverain avec l'Allemagne joue évidemment un rôle, le problème est aussi microéconomique. À horizon 2028, les bénéfices des entreprises françaises afficheraient environ 20 points de croissance cumulée de retard sur ceux de la zone euro.
Paris souffre notamment de sa faible exposition à la technologie et aux banques, mais aussi du poids du luxe, de l'automobile et de l'agroalimentaire. "Tout n'est pas expliqué par le spread souverain", insiste Frédéric Leguay. Sans oublier la situation politique délicate et les risques de blocage politique jusqu'à la présidentielle, des éléments jugés "objectivement assez inquiétants" par Ostrum AM.
Des marges au sommet
Paradoxalement, la rentabilité exceptionnelle des entreprises peut aussi être une source d'inquiétude en raison des niveaux de valorisation qu'elle entraîne. En zone euro, les marges nettes ont doublé depuis la crise financière de 2009. Aux États-Unis, les profits représentent environ 12% du PIB, contre une fourchette historique de 6% à 8%. "On valorise avec des multiples élevés des niveaux de profitabilité élevés", résume Frédéric Leguay. Sauf que si les marges venaient subitement à se normaliser, les valorisations apparaîtraient brutalement beaucoup plus tendues.
Dans ces conditions, Ostrum AM n'identifie pas encore de raison de quitter la piste de danse. Mais la société recommande de miser sur des portefeuilles bien équilibrés et de ne pas rester excessivement exposé aux grands gagnants de 2026. La hausse peut en effet se poursuivre. Mais après cinq années de progression des actions et en pleine frénésie autour de l'IA, la marge d'erreur se réduit.
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