par David Lawder, Philip Blenkinsop et Michael Martina
WASHINGTON/BRUXELLES/PEKIN, 25 mars (Reuters) - La manière
forte employée par le président américain Donald Trump pour
défendre sa politique commerciale de l"America First" en irrite
plus d'un, que ce soit des chefs d'entreprise, des pays alliés
ou encore des parlementaires, tant républicains que démocrates.
Mais l'un des buts recherchés lui attire en revanche les
suffrages de ceux qui s'opposent à lui partout ailleurs, à
savoir obliger la Chine à renoncer à ce que d'aucuns considèrent
comme des pratiques commerciales déloyales.
Les négociations commerciales entre les deux pays semblant
aborder leur dernière ligne droite, de toutes parts on presse
Trump et son équipe de négociateurs d'arracher à la Chine de
réelles réformes de fond.
Le conflit ouvert déclenché par Trump fait espérer que Pékin
soit obligé de réformer des pratiques que les entreprises et
pays étrangers considèrent comme inéquitables, observe Steve
Gardon, l'un des cadres dirigeants de l'équipementier automobile
américain Lear LEA.N , ajoutant qu'il y a maintenant des
pressions politiques internes pour que ces questions soient
résolues sur le long terme.
Gardon met en relief un changement d'attitude envers les
pratiques économiques et commerciales de la Chine, aligné sur
les objectifs poursuivis par Trump à défaut de l'être sur les
moyens choisis pour les atteindre.
Le représentant au Commerce Robert Lighthizer et le
secrétaire au Trésor Steven Mnuchin se rendront à Pékin dans la
semaine pour poursuivre les négociations sur un nouveau traité
commercial qui serait appelé à faire date.
Sans que l'on sache vraiment si les deux parties peuvent
parvenir à un compromis qui mette un terme à huit mois de
conflit.
Le président Xi Jinping ne semble pas très enthousiaste à
l'idée de procéder à des réformes économiques sous la pression
des Etats-Unis tandis que Trump a dit qu'il pourrait conserver
des droits de douane sur les produits chinois "pendant encore un
bon moment" même si un accord était scellé.
De fait, Xi pourrait bien s'accommoder des droits de douane
que Trump a déjà imposé plutôt que de changer le modèle de
développement économique de son pays.
"PAS DE MAUVAIS ACCORD"
Cela étant, Pékin a proposé de faire de gros achats aux
Etats-Unis pour aider à réduire un déficit commercial record;
les négociateurs américains disent que ces achats dépasserait le
millier de milliards de dollars sur une période de six ans.
Ce qui ne changerait strictement rien à un système de
concurrence déloyale présumé dénoncé par les entreprises
américaines.
Les Etats-Unis accusent la Chine d'enfreindre
systématiquement le droit de la propriété intellectuelle, de
pratiquer des transferts technologiques forcés et de
subventionner allègrement les entreprises locales. Revoir tout
cela exigerait des réformes qui ne pourraient être décidées
qu'aux plus hauts niveaux, à ceux de la présidence et du Parti
communiste chinois (PCC).
La Chambre de commerce américaine avait fait savoir fin
février qu'une majorité de ses membres étaient favorables à un
maintien voire un renforcement des droits de douane sur les
biens importés chinois, souhaitant que Washington se montre
intransigeant envers Pékin pour ce qui est de garantir aux
entreprises américaines un accès sans entrave à ses marchés.
Les droits de douane américains ont en fait encouragé en
Chine même des responsables politiques et des chefs
d'entreprises privées à prôner une accélération des réformes
dans un pays qui a célébré en décembre le 40ème anniversaire de
son ouverture à l'entreprise privée.
Lorsque Trump a repoussé de nouveaux droits de douane bien
avant la date limite du 1er mars initialement imposée pour un
accord commerciale, on a craint qu'il se soit laissé séduire par
les grosses commandes promises et qu'il laisse les problèmes
structurels en plan.
Depuis lors, groupes de pression, chefs d'entreprise,
diplomates étrangers et parlementaires américains se sont
succédés pour prier le président de tenir bon.
"L'idée qu'il acceptait sur un coup de tête un mauvais
accord n'a aucun sens; le président ne voudra jamais d'un
mauvais accord", observe Clete Willems, un conseiller de la
Maison Blanche qui a annoncé vendredi qu'il quittait la Maison
Blanche pour des raisons familiales.
"PERSONNE NE PLAINT LA CHINE"
L'Union européenne (UE) épouse bien des critiques
américaines à l'encontre de la Chine même si les Etats-Unis ont
aussi imposé des droits de douane sur l'acier et l'aluminium
importé, de l'UE entre autres, et menacent de récidiver sur les
importations automobiles.
"Chaque jour, des entreprises se plaignent", a dit à Reuters
un haut fonctionnaire européen basé à Pékin, observant qu'en
dépit des promesses répétées du gouvernement chinois de
faciliter la vie des entreprises étrangères, rien n'a changé
pratiquement.
Pour la commissaire européenne au Commerce Cecilia
Malmström, la Chine "brouille les cartes entre privé et public;
l'Etat y exerce une influence indue". "La propriété
intellectuelle des entreprises est volée, les subventions
publiques, directes ou indirectes sont monnaie courante et tout
cela se ressent localement et à l'étranger".
Mais si l'UE et les USA sont d'accord sur le constat, ils
divergent sur les moyens d'y remédier et l'Union privilégie une
approche multilarétale, argue Malmström, évoquant les travaux en
commun de l'UE, des Etats-Unis et du Japon pour traiter ces
problèmes par le biais d'une réforme de l'Organisation mondiale
du commerce (OMC).
Certains craignent que l'Europe ait tout à perdre d'un
accord bilatéral qui serait passé entre Washington et Pékin pour
réduire le déficit commercial américain. "Si la Chine achète
plus en Amérique inévitablement elle achètera moins en Europe",
a dit un deuxième haut fonctionnaire européen basé à Pékin,
ajoutant que cela pourrait affecter en particulier les grandes
multinationales européennes.
Même si les diplomates et responsables européens ne
soutiennent officiellement que du bout des lèvres l'offensive
engagée par Trump, déplorant sa brutalité, nombreux sont ceux
qui souhaitent secrètement sa victoire.
"Nous sommes contre les mesures unilatérales mais personne
ne plaint la Chine; pour ce qui est du fond, nous pensons qu'il
marque un point", a dit un diplomate européen à Bruxelles.
"Pékin doit comprendre que sans réforme, le système risque tout
simplement la panne".
(Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc
Joanny)
La manière de Trump est contestée, pas ses objectifs
information fournie par Reuters 25/03/2019 à 15:09
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