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La hausse des taux longs et la campagne présidentielle en France (Cercle des économistes)

Le Cercle des économistes06/02/2017 à 10:36

La hausse des taux longs et la campagne présidentielle en France (Cercle des économistes)

Les aléas politiques qui ponctuent la campagne pour l’élection présidentielle influencent-ils les marchés, au point de renchérir le remboursement de notre dette ? Selon André Cartapanis, la réponse relève moins du politique que des performances relatives de l’économie française en zone euro.

La remontée des taux d’intérêt sur les emprunts d’Etat est amorcée depuis l’automne 2016 parmi l’ensemble des pays industriels. Mais cette hausse ne s’opère pas partout avec la même ampleur, et tel est le cas au sein de la zone euro. Le 2 février dernier, les taux à 10 ans, en France, ont grimpé à 1,04 % tandis que les taux allemands s’élevaient à 0,43 %, creusant ainsi le spread, et donc la prime de risque, entre la France et l’Allemagne, et même avec les taux belges. D’où l’explication apportée par de nombreux commentateurs qui invoquent l’inquiétude des marchés ou des investisseurs devant les vicissitudes de la campagne présidentielle en France et la course en tête de Marine Le Pen dans les sondages.

Il est vrai que les taux longs peuvent réagir aux anticipations quant aux orientations futures de politique économique dont sont porteurs les différents candidats. Nombre de mesures annoncées par Marine Le Pen dans ses 144 engagements présidentiels (sortie de l’euro, retraite à 60 ans, prime de pouvoir d’achat pour les revenus inférieurs à 1.500 euros, défiscalisation des heures supplémentaires, baisse de 10 % de l’IRPP pour les premières tranches…) peuvent effectivement créer un climat d’inquiétude de nature à contribuer à cet écart accru entre les taux français et allemand, à cause des risques de dégradation marquée du déficit budgétaire et du niveau de l’endettement public que cela signifierait pour la France dès l’été 2017.

Mais cette explication est hypothétique. D’abord, parce que la présence, probable, de la candidate du Front National au second tour de la présidentielle n’augure en aucune manière son succès final, qui reste très improbable, si ce n’est impossible, ce que les sondages expriment clairement à ce jour. Ensuite, parce qu’on ne doit pas exagérer le poids des facteurs politiques dans la formation des taux longs, au-delà des bruits de très court-terme. Les spreads de taux d’emprunt à long terme entre la France et l’Allemagne répondent principalement aux performances comparées des deux pays pour tout un ensemble de facteurs macroéconomiques (taille des nouvelles émissions de Bons du Trésor, soutenabilité du ratio dette publique/PIB, taux de croissance, taux d’inflation observé ou anticipé…). C’est là que se trouve l’origine des écarts de taux.

Toutefois, les échéances politiques sont toujours l’occasion d’un réexamen de la situation macroéconomique d’un pays. Et sans doute les marchés et les investisseurs redécouvrent-ils une situation de l’économie française qui reste fragile, et, surtout, qui singularise la France vis-à-vis des autres pays-membres de la zone euro : un déficit extérieur très élevé, compensé par des entrées de capitaux à court-terme ; un déficit public largement financé par les achats de la Banque de France dans le cadre du quantitative easing de la BCE. Sans parler de la décrue très lente du taux de chômage ou de la croissance décevante du PIB qui a plafonné à 1,1 % en 2016, même si les prévisions du FMI ou de l’OCDE sont plus optimistes pour 2017 et 2018, respectivement à 1,3 % et 1,6 %.

S’agissant de la montée des spreads sur les taux longs français, on ne saurait donc conclure que les marchés et les investisseurs projettent aujourd’hui une opinion partisane. Ils tiennent compte, peut-être plus attentivement qu’il y a quelques semaines, des performances relatives de l’économie française au sein de la zone euro.

André Cartapanis

Professeur d’Economie et de Finances à Sciences Po Aix-en-Provence

Membre du Cercle des économistes

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