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« La dette du secteur Pétrole & Gaz est de 3100 milliards de dollars » (CPR AM)

Boursorama07/03/2016 à 17:20

« La dette du secteur Pétrole & Gaz est de 3100 milliards de dollars » (CPR AM)

L’évolution des cours du pétrole reste un sujet sensible sur les marchés actions malgré leur récent retour au calme. Chiffres à l’appui, la société de gestion CPR AM montre que les dettes du secteur sont en effet élevées, mais que les enjeux financiers restent parfaitement maîtrisables.

Depuis plusieurs jours, le pétrole se fait plus discret dans l’actualité des marchés. Ayant rebondi de 20 à 30% depuis ses plus bas du mois dernier, l’or noir inquiète moins les investisseurs qu’il y a quelques semaines. L’éloignement de ces inquiétudes a profité aux marchés actions qui ont également pu enregistrer un rebond significatif depuis le 11 février dernier.

« Le baril fait la tendance du marché à lui seul »

Pour autant, qu’on ne s’y trompe pas : le rebond simultané du pétrole et des cours de Bourse ne fait que renforcer encore davantage la corrélation désormais très forte entre l’évolution des prix du pétrole et les marchés boursiers dans leur ensemble.

« La corrélation moyenne annuelle entre le cours du baril de brut et le MSCI World (…) était de 0,32 en 2012, de -0,12 en 2013, de -0,66 en 2014, et de 0,55 l’année dernière. Néanmoins, cette corrélation bondit à 0,72 depuis le début de l’année 2016, et à 0,84 en février ! », remarque Thomas Page-Lecuyer, stratégiste chez CPR Asset Management.

Pour rappel, un indice de corrélation peut varier entre -1 (relation parfaitement inversée entre deux variables) et +1 (variations parfaitement identiques). Une corrélation de +0,84 entre le pétrole et un indice représentatif de l’ensemble des marchés actions à l’échelle mondiale (MSCI World) est extrêmement forte et significative. « Le baril fait la tendance du marché à lui seul », résume le stratégiste.

Cette forte corrélation n’est pourtant pas illogique. « Il est naturel que le pétrole devienne le vecteur principal du marché puisqu’il s’avère être une possible source de crise (…). La chute du cours entraine une hausse des taux de défauts dans le secteur Pétrole & Gaz, dans toutes les zones géographiques et plus précisément aux Etats-Unis où ce taux monte à plus de 7% selon Moody’s, dès lors que le cours du baril est passé sous les 40 dollars en décembre », souligne-t-il.

Les dettes du secteur Pétrole & Gaz représentent 1,5x la dette publique française

Malgré leur récent rebond, les prix du baril restent précisément en-dessous des 40 dollars/baril, et nombreuses sont les entreprises du secteur qui ne parviennent pas à atteindre leur seuil de rentabilité dans ces conditions... sans parler des entreprises parapétrolières qui subissent de plein fouet la chute des investissements dans les infrastructures pétrolières. Le problème est d’autant plus ennuyeux que les dettes des entreprises sont assez élevées dans ce secteur.

« En ce qui concerne le marché du crédit et le risque d’effet domino des taux de défaut, il faut savoir que la dette actuelle du secteur Pétrole & Gaz est actuellement de 3100 milliards de dollars, dont 1500 milliards pour l'Amérique du Nord, 800 milliards pour les pays émergents et 700 milliards pour l’Europe », relève ainsi Thomas Page-Lecuyer. À titre de comparaison, la dette publique française atteint 2000 milliards d’euros.

« Mais ces dettes ont une particularité, elles sont principalement portées par des investisseurs finaux, ou des asset managers [sociétés de gestion, hedge funds… ndlr] et seuls 500 à 550 milliards de dollars sont supportées par les banques », relativise le stratégiste.

Le risque de contagion financière serait donc plus faible qu’il y paraît. « Certes, il peut paraître inquiétant de voir des institutions comme JP Morgan, ou Wells Fargo accumuler des fonds de secours pour faire face à une explosion du taux de défaut, mais il convient de relativiser lorsqu’on constate que ces réserves se montent à 1,5 milliard de dollars, un bien faible montant pour les grandes banques quand on sait qu’elles ont dû s’acquitter de 66 milliards de dollars d’amendes du fait de fraudes sanctionnées par les régulateurs financiers en 2014, et de 27 milliards en 2015 ».

Nouveaux subprimes ? Signal d’une Chine en perdition ? Non !

Depuis environ deux mois, une question se pose au sein de la communauté financière : les crédits pétroliers sont-ils en train de devenir les nouveaux « subprimes » ? Non, répond sans ambiguïté Thomas Page-Lecuyer en se basant sur des données chiffrées. « En 2008, les crédits immobiliers américains pesaient 15.000 milliards de dollars dont près de 2300 milliards très risqués étaient supportés par les banques, américaines pour la grande majorité ». Les montants de crédits pétroliers actuellement supportés par les établissements bancaires seraient donc environ 4,5 fois plus faibles.

Le risque de ralentissement de la demande chinoise de pétrole a également été soulevé par certains commentateurs, y voyant également l’une des causes de la chute des prix de l’or noir. Or, pour Thomas Page-Lecuyer, « la conjoncture chinoise n’est pas ou peu responsable de la chute du cours. En effet, l’atonie passagère provient d’une moindre demande des pays de l’OCDE et nous constatons que le commerce de brut se déplace vers l’Est où la Chine et les autres pays d’Asie vont augmenter leurs importations de l’ordre de 2,4 millions de barils par jour d’ici 2020 ».

« L’inquiétude s’avère donc a priori excessive, et c’est peut-être la raison pour laquelle nous assistons à un rebond des marchés depuis près de trois semaines », évoque le stratégiste.

Enfin, malgré sa situation délicate sur le plan financier, l’industrie du pétrole de schiste américain continue à résister mieux que les analystes l’envisageaient. La baisse continue des coûts d’extraction permet à certaines entreprises de réduire drastiquement leurs pertes. « Le seuil de rentabilité du pétrole de schiste que les observateurs évaluaient entre 60 et 70 dollars il y a encore un an, (…) ces mêmes analystes l’estiment à 45 dollars aujourd’hui. On évalue même ce seuil à 25 dollars dans certaines régions du Texas ».

« Le marché serait bien inspiré de ne pas surestimer les menaces dues au cours du pétrole. Et enfin, il devrait éviter de rester focalisé sur ce seul indicateur car d’autres menaces pourraient apparaître ailleurs sans qu’on en ait tenu rigueur », conclut Thomas Page-Lecuyer sur une note prudente.

X. Bargue (redaction@boursorama.fr)

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