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La BCE se tromperait-elle en accélérant la relance monétaire en Europe ?

Boursorama01/12/2015 à 16:07

La BCE devrait annoncer jeudi de nouvelles mesures de relance monétaire. Est-ce une erreur ?

Sauf surprise de dernière minute, la BCE devrait décider cette semaine d’accélérer la relance monétaire en zone euro. Mais ce choix est-il bien rationnel ? L’économie européenne redémarre doucement et l’impatience de la BCE peut sembler plus déstabilisante que rassurante.

C’est l’événement tant attendu depuis six semaines : le Conseil des Gouverneurs de la Banque Centrale européenne va se réunir mercredi 2 et jeudi 3 décembre pour décider d’un probable nouvel assouplissement de la politique monétaire européenne.

La politique monétaire désigne tout ce qui touche aux choix de la banque centrale, aussi bien en termes de taux directeurs (taux de refinancement et taux de rémunération des dépôts) qu’en termes de politique de relance (rachats d’actifs sur les marchés financiers, désigné sous le terme de « quantitative easing » ou « QE »). Ces choix ont des conséquences directes ou indirectes sur la dynamique économique d’une zone monétaire.

Depuis plusieurs semaines, les spéculations vont bon train pour savoir quels leviers la BCE pourrait justement choisir le 3 décembre pour accélérer la reprise en zone euro. Pour Quilvest Gestion comme pour une large majorité de gérants, la BCE devrait agir sur plusieurs fronts simultanément. Parmi les possibilités : prolonger le « quantitative easing » débuté en mars dernier, augmenter le montant mensuel des rachats d’actifs (actuellement 60 milliards d’euros par mois), ou abaisser son taux de rémunération des dépôts, déjà actuellement en territoire négatif.

Bouchées doubles alors que tout va bien ?

Accélérer maintenant la relance en Europe peut pourtant sembler surprenant. On pourrait même être tenté de penser que la BCE agit à contretemps ou « encore trop tard » par rapport au cycle de marché.

C’est en effet les craintes de l’été sur la Chine et les émergents qui ont motivé le discours très accommodant de Mario Draghi en octobre dernier, ce dernier ayant promis un « réexamen » de la politique monétaire de la BCE en décembre.

Or, les craintes sur la Chine semblent désormais en grande partie digérées par la communauté financière. Certes, la croissance chinoise ralentit progressivement, et certes, d’autres émergents sont attendus en récession, mais la dynamique économique de l’Union européenne n’en semble que marginalement affectée.

En effet, la banque Barclays explique dans une note de conjoncture parue lundi 30 novembre que « Les statistiques économiques publiées la semaine dernière continuent de témoigner d'une poursuite de la reprise économique au 4e trimestre 2015, malgré les risques liés à la faiblesse du commerce mondial et à la hausse des risques géopolitiques. De fait, les enquêtes pour le mois de novembre ont été supérieures aux attentes : l'indice PMI flash composite pour la zone euro est ressorti en hausse, à un plus haut de quatre ans et demi, soutenu par la bonne tenue des secteurs manufacturiers et services ».

Nous rappellerons plus globalement que la croissance économique en zone euro est attendue à +1,6% sur l’ensemble de l’année 2015 (+1,1% en France), un chiffre relativement correct.

Barclays poursuit : « Au niveau des Etats-membres, l'indice PMI composite allemand a été supérieur aux prévisions grâce à une nette hausse dans le secteur des services, où les nouvelles commandes ont atteint un plus haut depuis 2011, apparaissant en cohérence avec l'enquête IFO sur la même période ».

« La bonne tenue du marché de l’emploi et la faiblesse de l’inflation ont soutenu la consommation privée », note Barclays à l’échelle de l’Europe, même si la dynamique française n’a pas suivi le même entrain (le chômage a significativement augmenté en France au cours du mois dernier).

La même source ajoute enfin que « la reprise des prêts au secteur privé, ménages et entreprises non financières s'est accélérée ». Il semble, dans ce contexte, qu’il n’est plus si nécessaire d’accélérer la relance monétaire en Europe.

La recherche d’une inflation vers 2%, un argument contestable ?

Malgré cela, l’argument phare de la BCE pour justifier une accélération de la relance cette semaine est l’actuel niveau d’inflation en zone euro. L’inflation en rythme annuel reste en effet quasi-nulle en Europe (risque « déflationniste »).

S’inquiéter de l’actuelle faiblesse de l’inflation est pourtant assez peu rationnel si l’on y regarde de plus près. La faible inflation en rythme annuel est toujours due à la forte baisse des cours du pétrole depuis le début de l’année. En éliminant la variable « pétrole », l’inflation dite « sous-jacente » (ou « core ») en Europe est plutôt de l’ordre de 1%, ce qui n’a rien d’inquiétant.

Or, la BCE s’est fixé depuis toujours un objectif immuable d’inflation d’environ 2% en zone euro. D’où son envie d’en faire toujours plus pour s’approcher de cet objectif dès l’an prochain. Pour rappel, une inflation ni trop forte ni trop faible est théoriquement utile pour favoriser la compétitivité économique d’un pays ou d’une zone monétaire, tout en permettant de diluer la dette publique grâce à l’érosion monétaire.

Pour autant, rien n’indique que le plan de « quantitative easing » permette bel et bien d’augmenter l’inflation. Le « quantitatitive easing » n’aurait même de nos jours aucun effet tangible sur l’inflation, expliquait la semaine dernière l’économiste Patrick Artus dans l’émission Ecorama de Boursorama. Les taux faibles, voire négatifs, sont quant à eux censés générer de l’inflation en incitant le crédit, donc la consommation, avec un impact à la hausse sur les prix et donc sur les salaires. Or, cette logique a ses limites. Les taux faibles provoquent également une faible rémunération des investissements (livrets peu rémunérés, obligations à taux négatifs…), ce qui pousse, en sens inverse, à ralentir les sources d’inflation.

Ainsi, en annonçant cette semaine une accélération de la relance monétaire, la BCE pourrait ainsi agir à contretemps par rapport à la conjoncture économique. Au point que la relance pourrait davantage constituer un risque de bulle sur les marchés (actions, obligations, et indirectement immobilier grâce aux taux faibles), qu’une solution pour améliorer l’économie européenne.

Xavier Bargue (redaction@boursorama.fr)

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